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Luce - Première phalange (en écoute) |
Sony, 15 titres, 48 mn.
Luce flotte, comme en apesanteur... Les émissions de télé et de radio se succèdent. Elle sort à l'instant du Fou du roi, sur France Inter et commande une grenadine. Tout s'est bien passé, malgré une grosse frayeur en amont. Dans son quartier parisien, impossible de trouver un taxi. Les minutes passent. Des CRS s'approchent de la jeune femme aux vêtements colorés qui s'agite sur le trottoir. Ils veulent... une petite photo. Depuis la Nouvelle Star, elle ne passe pas forcémentinaperçue. Elle s'exécute, explique la raison de son agacement. C'est dans un fourgon de CRS qu'elle arrive presqu'à l'heure à la maison de la radio...
Tout a commencé comme un pari, avec sa copine Aude, dit Odette. « Et si on s'inscrivait à Nouvelle Star ? » Les voilà parties de Montpellier, où Luce suit une formation d'infirmière, jusqu'à Marseille et la file d'attente du casting. Elles se donnent du courage à grandes lampées de vin. Follement discrètes, les filles ! « Avec notre accoutrement, on était sûres d'être filmées. Et puis, on savait qu'on chantait juste. » Aude est recalée. Pas Luce.
« À la limite du clown ! »
Depuis le collège, elle rêve d'être comédienne. « Être chanteuse touche aussi à l'artistique. Il fallait que je tente ma chance... » Après son bac littéraire option théâtre, elle avait pris la décision d'être infirmière, pour viser ensuite musicothérapie ou art-thérapie. « J'aurais pu m'épanouir dans ce métier, auprès des personnes âgées. » Au sein de la Nouvelle Star, elle bosse : « J'avais du retard. Je ne voulais pas me planter. Et je savais que certains auraient payé pour être à ma place. » Elle a tout de même failli quitter, par deux fois, l'émission. Trop le mal du pays.
Luce a changé de monde mais pense souvent à son Perpignan. À ses parents (son père a été international de rugby) agriculteurs et son frère viticulteur. « Ils ont un modèle de vie que j'aime, que je respecte. » Elle admet ne pas avoir été facile à l'adolescence. « Dans la rébellion. Ils ne comprenaient pas pourquoi je faisais du théâtre, pourquoi je m'habillais ainsi. »
Aujourd'hui, elle porte une robe rose à pois vert d'eau sous une veste vert sapin, boucles d'oreille et chaussures assorties. « Je suis super-coquette », confirme-t-elle dans un éclat de rire. Elle a complété sa tenue par un gros badge Playmobil et deux petits points noirs sous les yeux. « Quand j'ai le temps, je dessine un énorme triangle qui part de l'oeil ! » Elle a les pommettes rouges, « à la limite du clown, insiste-t-elle, ça va pas mal avec mon visage rond »... Un chignon relève ses cheveux orange. Elle admet s'être longtemps vêtue de noir, avoir mis du temps à apprivoiser son physique. Mais après tout, poursuit-elle, « je n'ai jamais été mince, même bébé. Je viens d'une famille de bons vivants, avec une mère excellente cuisinière. »
Ne lui dites pas qu'elle est excentrique, elle vous répondra que c'est vous qui ne l'êtes pas assez. Et que le fait d'avoir deux chansons de Katerine - autre excentrique - sur son disque n'est pas une idée marketing mais bien son choix. Bon, nous, on ne raffole pas de ce qu'il lui a écrit. Par contre, on trouve qu'elle a eu du goût en demandant à Orelsan de co-écrire deux titres. La machine, en duo avec le rappeur caennais, est un petit bijou musical de décryptage de facebook et des blogs. Et Apocalypse, un délire d'impertinence.
Se jeter dans le lac
Autre bonne pioche : sa collaboration avec Mathieu Boogaerts, aux compositions savoureuses, avec notamment un délicieux J'me fume, sorte d'ode à la cigarette. Et il y a la douceur mélancolique de La symphonie d'Alzheimer où elle pense très fort à sa mamie. Et la recette de La compote, dédiée à son papy... Et puis un côté sexy chic avec La fessée...
Dans son chant, pointe son admiration pour Catherine Ringer et Muriel Moreno de feu Niagara. « Je n'ai pas pris de cours, en dehors de l'émission. Je crois que ma force est dans les modulations et l'interprétation. » Et dans de puissants graves.
Bref, il y a de tout dans le premier disque de Luce qui s'est personnellement « mouillée » pour défendre son projet. Sur le mini-clip humoristique de Happée coulée, cette inconditionnelle de Michaël Youn n'a pas hésité à se jeter dans un lac toute habillée, en février. À mourir de froid, mais aussi de rire...
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