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Peut-on nourrir les oiseaux au jardin ou au balcon ?... |
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En 40 ans, la population d’oiseaux a chuté de 25 % en Europe (photo d’illustration). © archives ML - Yvon LOUE
Ils égayent nos villes et villages par leur piaillement. Il est tentant de nourrir les oiseaux sauvages dans son jardin, depuis son balcon ou dans l’espace public. Mais est-ce autorisé ? Le Courrier de l’Ouest vous répond.
Chaque année en Europe, ce ne sont pas moins de 20 millions d’oiseaux qui disparaissent. En 40 ans, la population a décliné de 25 %, selon une étude du CNRS publiée en mai 2023. La principale cause, selon les chercheurs, est à chercher du côté de l’agriculture intensive. L’augmentation depuis les années 80 des pesticides et engrais utilisés dans les champs a pour conséquence la destruction massive des insectes et plantes qui constituent le régime alimentaire de nombreux oiseaux.
Au printemps, partout se font ouïr les gazouillis d’oiseaux et beaucoup de personnes sont donc tentées de vouloir leur venir en aide en les nourrissant dans leur jardin, au balcon ou dans des espaces publics. A-t-on le droit de donner des déchets dans mon jardin aux oiseaux ?
s’interroge Nino de La Roche-sur-Yon. Et au-delà , est-ce conseillé ?
Le Courrier de l’Ouest vous répond :
Bien sûr, nourrir les oiseaux sauvages part la plupart du temps d’un bon sentiment. Mais cette action peut s’avérer contre-productive voire interdite. L’article R1331-54 du Code de santé publique stipule : Il est interdit d’attirer ou de nourrir systématiquement ou de façon habituelle des animaux, notamment les pigeons et les chats, quand cette pratique est une cause d’insalubrité.
Dans certains départements ou certaines communes, des arrêtés durcissent cette interdiction, comme à Paris, où le nourrissage des oiseaux est passible d’une amende de 68 euros. La Direction de l’information légale et administrative précise que cela a pour but de prévenir la transmission de maladies entre animaux de la faune sauvage et animaux domestiques ou de compagnie ou entre animaux de la faune sauvage et humains
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Mais elle vise également à protéger les animaux sauvages. Car non, nourrir systématiquement les oiseaux ne leur est pas nécessairement bénéfique. Cela aboutit à la perte d’un instinct naturel, les rendant dépendants de l’humain. Lorsque l’être humain ne leur fournit plus leur alimentation, ils risquent de mourir, notamment en période de grand froid. La Ligue de protection des oiseaux conseille ainsi de ne nourrir les oiseaux qu’en période de froid prolongé, de mi-novembre à fin mars.
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En devenant dépendants de l’humain, les oiseaux perdent leur instinct naturel et risquent de mourir en période de grand froid (photo d’illustration). Archives CO - Marie DELAGE
Une alimentation inadaptée
L’alimentation en elle-même est très souvent inadaptée. Jean-Jacques Goldman, Mary Poppins, Jean Yanne… L’idée de donner du pain aux oiseaux est ancrée. Elle leur est pourtant néfaste en créant des problèmes intestinaux et des malformations des ailes les empêchant de voler. S’ils le pouvaient, les poussins vous diraient : Je ne mange pas de graines !
Car celles-ci, comme les boules de graisse ne sont pas adaptées aux petits qui doivent être nourris exclusivement de protéines
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Ce besoin en protéines est difficilement satisfait lorsque les poussins naissent trop tôt. Or, les couples d’oiseaux ayant accès à plus de nourriture pondent ainsi plus tôt, d’après plusieurs études citées par la LPO.
Inciter plusieurs individus de différentes espèces à se nourrir au même endroit favorise la propagation d’infections en période chaude comme la salmonellose. Pour les mêmes raisons, il faut impérativement que les mangeoires et abreuvoirs soient nettoyés et désinfectés (naturellement avec de l’huile d’arbre à thé ou du vinaigre par exemple) régulièrement.
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Comment aider les oiseaux ?
Si vous souhaitez malgré tout aider les oiseaux au printemps ou en été, vous pouvez mettre de l’eau à disposition de la faune sauvage toute l’année, à condition de maintenir les abreuvoirs propres. L’eau doit être changée toutes les semaines du printemps à l’automne pour éviter la prolifération des moustiques. Veillez également à placer les mangeoires en hauteur dans un endroit dégagé, à bonne distance des dangers potentiels comme les chats, loin des vitres également pour éviter les collisions. En hiver, mélangez un tiers de graines de tournesol noir, un tiers de cacahuètes fraîches ou d’arachides avec la coque et un tiers de maïs concassé, le tout non grillé et non salé.
D’autres actions sont possibles : l’observation utile par les sciences participatives, la création d’un jardin écologique ou le bénévolat. Toutes les informations sont disponibles sur lpo.fr.
Comme Nino, posez vos questions au Courrier de l’Ouest et la rédaction tentera d’y répondre :