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Sans budget national et sans perspective, « les élus ruraux sont dans l’attente mais surtout dans l’angoisse »... |
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Les élus ruraux ont interpellé les parlementaires par rapport au projet de loi de finances actuellement en débat. © Illustration CO
Le contexte politique et budgétaire national pèse sur les maires ruraux du Maine-et-Loire qui doivent commencer à élaborer leurs budgets avec la crainte de voir leurs dotations baisser.
 Les Français en ont ras le bol ! Ça, on l’entend tous les jours… Trouvez un accord entre vous. Nous, dans nos communes, on fait continuellement des compromis pour arriver à trouver des solutions.Â
Ce cri du cœur, à destination des parlementaires, signé par Marie-Ange Fouchereau, la maire de Bécon-les-Granits, résume bien l’état d’esprit, mêlé de craintes, des maires ruraux par rapport à l’élaboration de la prochaine loi de finances, toujours en discussion à l’Assemblée nationale.
Lors de leur assemblée générale – la dernière du mandat – ce jeudi 6 novembre à Varennes-sur-Loire, ils ont été nombreux à interpeller les députées et sénateurs du Maine-et-Loire présents pour savoir  à quelle sauce ils seront mangésÂ
en 2026. D’autant plus qu’ils relèvent une iniquité de traitement par rapport aux communes nouvelles.
 D’une commune à une autre, cela peut aller de 15 € à 300 € de dotation globale de fonctionnement par habitant (DGF), on ne peut continuer comme ça avec des niches fiscales aussi inéquitables, sans donner l’impression qu’il existe des citoyens de seconde zoneÂ
, lâche un élu en rappelant que la municipalité de La Séguinière a porté plainte au tribunal administratif pour inégalité des citoyens devant l’impôt.
La moitié des efforts pour les collectivités locales ?
Plus globalement, la différence de traitement entre les communes rurales et celles plus urbaines, qui disposent de moyens administratifs et juridiques pour aller chercher des subventions, se fait ressentir dans les rangs.  On a le sentiment d’être lésé. Dès fois, il n’y a plus que les ordinateurs de Bercy qui comprennent quelque chose aux paramètres d’attributionÂ
, souffle Gilles Talluau, maire de Varennes-sur-Loire et président des maires ruraux du 49.

Gilles Talluau (à droite) garde « la foi » malgré le contexte politique et budgétaire. Archives CO
Alors, dans le contexte d’instabilité politique et budgétaire avec la dette, les « petits » maires s’inquiètent d’une baisse conséquente de la DGF vu que le gouvernement a fixé à 4,6 milliards d’euros (Md€) l’effort demandé aux collectivités locales. Tout en assurant entendre leurs craintes, les parlementaires ne les ont guère rassurés sur ce point.  4 Md€, c’est ce qui est annoncé mais si on globalise, cela pourrait être entre 7 et 8 Md€ de coupes budgétaires… La moitié des efforts pour la baisse des dépenses publiques sera ainsi supportée par les collectivités localesÂ
, remarque le sénateur Blanc en évoquant d’autres dispositifs d’aides.
Députées et sénateurs avouent aussi  avoir des doutes sur l’adoption d’un budget nationalÂ
.  On a un vrai problème de timing entre l’Assemblée nationale et le Sénat, le risque étant qu’on se retrouve dans un trou noir jamais connu, sans budget le 14 décembreÂ
, note Emmanuel Capus avec le recours alors à  des ordonnancesÂ
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« Marre de la complexité des dossiers, de l’administratif »
Un manque de perspectives qui n’est pas forcément au goût des maires.  Je me mets à la place d’une équipe nouvellement élue (lors des municipales de mars 2026), ça va être compliqué : elle va se baser sur des budgets précédents alors qu’il y aura des baisses de dotation. On a besoin de confianceÂ
, signale Jean-Pierre Antoine, le maire de Courchamps.  Les élus ruraux sont dans l’attente mais surtout dans l’angoisse
, poursuit Gilles Talluau. Et si on doit dégager des capacités d’autofinancement, c’est souvent des projets de voirie que l’on repousse en premier.Â
En attendant, le maire de Varennes-sur-Loire fait partie de ceux qui ont  encore la foiÂ
pour se représenter et se projeter sur un nouveau mandat.  Je me dis qu’il y a des raisons d’espérer et qu’on arrivera à faire des choses une fois l’orage passé. Mais une partie d’entre nous ne vont pas repartir parce qu’ils en ont marre de la complexité des dossiers, de l’administratif… Entre les études, les autorisations et les financements, il nous faut cinq ans pour mener à bien un projet malgré toute la bonne volonté du monde. C’est ce mille-feuille administratif qui nous freine.Â