|
Odeurs, bruit, colère des riverains… Arrêt forcé pour la plateforme de compost de biodéchets au nord de Nantes... |
1
Terra Ter : l’histoire d’une cohabitation impossible entre cette (petite) unité de compost de biodéchets et les riverains de La-Chapelle-sur-Erdre. © Archives Franck Dubray / Ouest France
INFO OUEST-FRANCE. Les mesures que la préfecture demande de mettre en place, d’ici neuf mois, à la plateforme de biodéchets de La Chapelle-sur-Erdre, signe l’arrêt de ses activités. « Un soulagement » pour les riverains incommodés. La « confiance » de trouver un nouveau site d’ici là , pour son directeur.
C’est la fin d’une expérimentation locale qui s’annonçait ambitieuse – du moins sur le papier. Après plusieurs années d’activité, la plateforme Terra Ter (1) de biodéchets, en service depuis 2022 à La Chapelle-sur-Erdre, près de Nantes, est mise en demeure de changer une grosse partie de son processus de fabrication d’ici neuf mois. Autant dire que c’est fini.
« Arrêt définitif des opérations de compostage sur des parcelles agricoles » , obligation de garder le mélange sur place, dans un « bâtiment fermé »… L’arrêté préfectoral, publié ce jeudi 13 novembre, qui évoque les « nuisances sonores et olfactives », et un « risque sanitaire non maîtrisé », ne laisse aucune chance aux entrepreneurs de trouver des solutions. Ce site pionnier dans le traitement de biodéchets sur place – récupérés au plus près (2) pour les rendre à la terre en engrais – fermera définitivement ses portes dans les prochains mois. En revanche, l’activité de centralisation des déchets verts pourra perdurer.
Pas vraiment une surprise pour le directeur de TerraCompost, Étienne Pineau, qui parle de « frustration ». Il n’était pas là quand tout a commencé (2). Et est à l’aise pour reconnaître que l’équipement était installé trop près des habitations. « On n’a jamais nié qu’il était au mauvais endroit. » Avant de poursuivre : « On a fait le max pour améliorer les installations, réduit les odeurs et le bruit… » Des efforts vains et une cohabitation impossible.
« Soulagement pour tous ceux qui souffrent depuis des années »
Pas suffisant face à la mobilisation des riverains incommodés, rassemblés dans le collectif Ça respire à La Chapelle et n’ont cessé de revendiquer leur « droit à vivre tranquille » chez eux, avec des recours juridiques (3).
« C’est un soulagement pour tous ceux qui souffrent depuis des années » , témoigne, à chaud, l’émotion dans la voix, Jean Iemmolo, président de l’association, quand Ouest-France lui apprend la « bonne nouvelle ». Signe que, parfois, « le pot de terre peut gagner contre le pot de fer ». Une décision attendue qui met un terme aux longues heures de réunion, de rendez-vous sur place, à la préfecture, en mairie, avec l’avocat… consacrés à ce combat mené avec détermination. « 260 signalements » qui ont fini par « nous miner de l’intérieur » .
S’il parle volontiers de « victoire » , celle-ci est teintée d’un sentiment de gâchis, d’amertume. « Tout ça pour ça. En maintenant coûte que coûte ce projet, certes vertueux dans l’idée, ils en ont fait quelque chose d’invivable, pour eux comme pour nous. C’est ridicule » , dit le petit-fils d’agriculteur, encore blessé d’avoir été perçu comme un « bobo de la ville ».
Compostage de proximité et contraintes urbaines compatibles ?
Cette fermeture pose la question de la compatibilité entre compostage de proximité (petite unité) et contraintes urbaines – un équilibre encore fragile, mais essentiel à l’avenir des filières locales de valorisation des biodéchets. Terra Ter devait d’ailleurs servir de site pilote avant d’être déployé dans toute la métropole nantaise.
L’exploitant reste confiant. Fort de cette expérience, il continue de repenser le modèle et cherche du foncier. L’entreprise a d’ailleurs failli déménager sur une parcelle agricole d’environ 2 ha, à Mouline, situé à deux pas. L’opération n’a pas pu aboutir car les terres passaient en zone Natura 2000. « On a semé d’autres graines qui pourraient aboutir » , espère Étienne Pineau. « Rien n’est fait. » Mais celui qui se prépare à la Journée mondiale des sols en décembre, à Angers, parle de « mutualisations » possibles avec le Campus Nantes Terre Atlantique du lycée agricole Jules-Rieffel, à Saint-Herblain par exemple. Ou bien encore avec l’association l’Étable nantaise.
(1) Le site d’exploitation à La Chapelle-sur-Erdre s’appelle Terra Ter. Il est géré par deux Sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC) : Nord Nantes (3 600 tonnes de déchets verts par an), menée par Ludovic Fabre (trois salariés) ; et Terra compost (2 500 tonnes de déchets alimentaires annuelles), avec Étienne Pineau à sa tête (treize salariés). Dans les Scic, on parle création d’emplois plus que de chiffre d’affaires à tout prix.
(2) Biodéchets provenant des cantines, Ehpad, grandes surfaces, restaurants, hôpitaux, entreprises… alentours.
(3) En parallèle, pour cette installation, se sont mêlées des situations de conflits d’intérêts pour deux élus de la commune, dont l’ancien maire devenu député Fabrice Roussel.