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Interdire les réseaux sociaux aux enfants : pas aussi facile que cela en a l’air... |
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Sept pays sont engagés pour l’exigence d’une vraie vérification d’âge des usagers des réseaux sociaux. © Archives AFP - Philippe LOPEZ
Après le drame de la mort d’une surveillante poignardé par un collégien en Haute-Marne, l’interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans, annoncée par le président de la République, ne s’avère pas aussi aisée que cela.
L’interdiction en France des réseaux sociaux aux moins de 15 ans d’ici  quelques moisÂ
, annoncée par le président Emmanuel Macron mardi après le meurtre d’une surveillante par un collégien, suit un mouvement lancé par l’Australie pour tenter de limiter l’exposition des plus jeunes à certaines dérives, sans solution technique évidente jusqu’ici.
- Pourquoi certains pays souhaitent-ils une interdiction ?
L’utilisation des réseaux sociaux par les enfants et adolescents a suscité ces dernières années des inquiétudes, concernant notamment le temps passé devant les écrans et le manque de modération sur certaines plateformes.
Mi-mai, le président français a mis en garde contre certaines dérives, notamment  une épidémie de harcèlement sur ces réseaux, de dérèglement du rapport entre les garçons et les fillesÂ
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- Quels pays ont interdit les réseaux sociaux aux plus jeunes ?
L’Australie a frappé fort en votant fin 2024 l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans, qui doit s’appliquer d’ici à la fin de l’année. Cette nouvelle loi ne fournit toutefois quasiment aucun détail sur ses modalités d’application, si bien que certains experts ont exprimé des doutes sur la faisabilité technique de cette interdiction.
Le gouvernement néo-zélandais a proposé en mai une loi similaire, tandis qu’en Espagne, une mesure semblable a été intégrée à un projet de loi qui devrait être examiné par les parlementaires, sans calendrier précis.
En Norvège, le gouvernement s’est donné pour objectif de fixer un seuil d’accès à 15 ans mais le pays ne dispose à ce stade pas d’échéance, ni de piste pour le mettre en œuvre.
En France, une loi votée en juin 2023 a instauré une  majorité numériqueÂ
à 15 ans mais celle-ci n’est pas encore entrée en vigueur, dans l’attente d’une réponse de la Commission européenne sur sa conformité au droit européen.
Mercredi, la ministre française en charge du Numérique Clara Chappaz a indiqué sur X qu’au niveau européen,  7 pays (sont) engagés pour l’exigence d’une vraie vérification d’âgeÂ
pour accéder aux réseaux sociaux : la France, la Grèce, le Danemark, l’Espagne, l’Italie, Chypre et la Slovénie.
Le cas des régimes autoritaires offre de rares exemples d’interdictions efficaces car internet y est étroitement contrôlé par l’État.
La Chine, qui a instauré des mesures de restriction d’accès pour les mineurs depuis 2021, exige ainsi l’identification via un document d’identité. Les moins de 14 ans ne peuvent passer plus de 40 minutes par jour sur Douyin, la version chinoise de TikTok, et le temps de jeu en ligne des enfants et adolescents est limité.
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- Quelles sont les difficultés d’une telle interdiction ?
Pour Olivier Ertzscheid, la mise en Å“uvre de ces mesures soulève essentiellement des problèmes de compatibilité entre droit et technique.  Juridiquement, cela existe déjà  : quand vous vous enregistrez sur une plateforme, on vous demande votre âgeÂ
, remarque-t-il. Mais, pour instaurer un contrôle efficace, on est obligé d’ouvrir une brèche dans le domaine du respect de la vie privéeÂ
, estime l’enseignant.
Garante des droits des Français, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) signale ainsi que le contrôle de l’âge conduit  à collecter des données personnelles et présente des risques pour la vie privéeÂ
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Interrogés par l’AFP en mai sur l’éventualité d’une interdiction avant 15 ans, les principaux réseaux sociaux, qui ont placé à 13 ans la limite d’âge pour s’inscrire, n’avaient pas donné suite.
Et comme l’a montré début juin en France le géant des sites pornographiques Aylo, certaines plateformes sont prêtes à couper leurs services dans un pays qui impose une identification obligatoire à la connexion.