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POINT DE VUE. Notre souveraineté culturelle menacée... |
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Pour faire face à la puissance d’Hollywood, la France a créé en 1946 le Centre national du cinéma (CNC). Photo d’illustration. © Elsa Rancel, Ouest-France
Après la Seconde Guerre mondiale, face à une Amérique qui avait déjà compris que la conquête des esprits était un enjeu décisif pour la maîtrise du monde, la France a opté pour la défense de sa souveraineté culturelle. Une souveraineté aujourd’hui menacée, estime Jean-François Bouthors, journaliste et éditeur, membre de l’Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste (ASPDH).
Après la Seconde Guerre mondiale, face à une Amérique qui avait déjà compris que la conquête des esprits était un enjeu décisif pour la maîtrise du monde, la France a opté pour la défense de sa souveraineté culturelle.
Pour faire face à la puissance d’Hollywood, elle a créé en 1946 le Centre national du cinéma (CNC). Son système de financement est indépendant et vertueux, alimenté par des taxes qu’il perçoit directement sur les recettes d’exploitation que génèrent les films, y compris étrangers, en France. Le CNC peut soutenir la production cinématographique française, en subventionnant des projets soumis à des jurys professionnels indépendants, sans peser sur le budget de l’État.
Grand bien nous en a pris? : le cinéma français a fait mieux que résister, alors que les naguère puissants cinémas italiens et allemands, pour ne citer qu’eux, ont beaucoup souffert du développement de la télévision, puis des écrans, et du déferlement des blockbusters américains.
Cannes accueille le plus important festival international du film. Aujourd’hui, par le jeu des coproductions, le CNC participe à la défense de la souveraineté culturelle française, mais aussi européenne. Par ailleurs, le secteur de la production cinématographique est pourvoyeur d’emplois et générateur d’importantes recettes à l’exportation. Enfin, il contribue au rayonnement de la France à l’étranger.
Le budget du CNC visé
Cette politique de souveraineté est menacée. Le RN, de longue date, en a fait sa cible. Et pour cause, le cinéma est, avec la télévision publique, un des derniers outils qui participent à la formation d’une culture partagée sans être uniformisée, marchandisée ou caporalisée. Certains voudraient en réduire l’indépendance et en faire disparaître la fonction «?critique? », son côté parfois poil à gratter. Il devrait se contenter de divertir le peuple.
Le CNC est en outre accusé de soutenir des projets élitistes, mais sans lui, les films sur le monde rural, comme « Petit paysan », ou mettant en scène des handicapés, comme « Hors normes », auraient sans doute eu du mal à voir le jour. Sans lui, bien des projets de premier film, comme « Les choristes », seraient restés dans les cartons.
Récemment, un amendement à la loi de finances, voté par le RN et une partie des macronistes, proposait d’amputer le budget du CNC de 34?millions d’euros en réduisant la taxe perçue sur les chaînes hertziennes. S’il est mis en œuvre, les subventions que le CNC accorde aux chaînes qui soutiennent la création cinématographique diminueront d’autant. Alors que Canal +, premier «?banquier du cinéma? », est contrôlé par le groupe Bolloré, avec les choix idéologiques qu’on lui connaît, France Télévisions, l’autre grand soutien du cinéma, sera la grande perdante de l’opération.
Voudrait-on que le financement de notre cinéma dépende davantage de Netflix et d’autres grands groupes américains? ? Ce serait vraiment un «?mauvais film? »? !