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Comment la grande marée et le débit du fleuve font battre le record de hauteur d’eau de la Loire... |
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La Loire en crue en Loire-Atlantique, ici à Varades (Loireauxence). La grande marée de ce mercredi a encore fait monter le niveau, jusqu’au record qui devrait être enregistré ce jeudi 19 février. © Simon Torlotin / Ouest-France
D’un côté, l’eau qui dévale de l’amont avec un débit de 5 000 m³ par seconde. De l’autre, une grande marée qui s’engouffre dans la Loire jusqu’à Nantes. Des conditions d’un record de hauteur d’eau.
Deux phénomènes conjugués entraînent des conditions d’un record de hauteur d’eau, notamment dans le pays d’Ancenis. Explications avec l’hydrologue Yoann Terliska, adjoint au chef de division hydrométrie, hydrologie et prévision des crues à la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement des Pays de la Loire
Jusqu’où les marées remontent-elles en amont de la Loire ?
L’estuaire, c’est un fonctionnement complexe, puisque c’est le lieu de croisement des influences maritimes et fluviales. Lorsqu’on est en situation d’étiage, c’est-à -dire le régime de basses eaux, en général en été, on observe la montée des marées jusqu’à Ancenis et un peu au-delà .
Le point de montée de la mer est variable en fonction des saisons. Nous avons une station hydrométrique à Montjean-sur-Loire, en aval d’Angers, qui enregistre le débit de référence le plus en aval non influencé par la mer.
À Nantes, on peut observer l’effet de la marée toute l’année, avec des pics hauts et bas en fonction des marées hautes et basses. À l’étiage, on peut avoir des variations de cinq mètres (hauteurs mesurées pouvant varier de deux à sept mètres). En ce moment, on est plutôt à 1,50 m de variation entre haute et basse mer.
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La Loire, ici aux alentours d’Oudon, affiche un débit de 5 000 m³ par seconde. Simon Torlotin / Ouest-France
C’est ce qui explique la hauteur d’eau qui va atteindre son record du XXIe siècle…
Oui, nous allons atteindre environ 8 m ce mercredi (18 février) au pic de pleine mer et un peu plus encore ce jeudi matin. La référence haute à la station de Nantes (pont Anne-de-Bretagne) était de 7,88 m en 2010.
Il y a deux explications : tout d’abord, le débit est très important. Nous n’avons pas mesuré un débit aussi important de la Loire depuis 1994 ; nous allons atteindre 5 000 m³ par seconde ce jeudi. Ceci est lié aux précipitations en amont, qui grossissent la Loire tourangelle, mais également aux crues de la Vienne et du bassin de la Maine.
Ensuite, côté maritime, les coefficients de marée sont élevés et une surcote liée à la perturbation qui balaie le territoire va accroître les niveaux de pleine mer à Saint-Nazaire.
Ces deux phénomènes combinés vont entraîner des hauteurs importantes à Nantes. Les hauteurs de la Loire aux pics de pleine mer vont atteindre des niveaux que notre station n’a pas enregistrés depuis sa création, en 1999.

Ce graphique de Vigicrues montre qu’au début du mois, la différence entre le haut (marée haute) et le bas (marée basse) de la crête est importante. Depuis quelques jours, la variation est plus réduite et le niveau de hauteur d’eau continue de monter. Capture Vigie crue
Y a-t-il des risques d’un étalement important des zones inondées ?
Tous les bords de Loire vont être affectés, notamment les promenades, comme on peut déjà le constater. On attend une dizaine de centimètres en plus au pic de pleine mer jeudi matin par rapport au pic de pleine mer de ce mercredi.
À noter que les pluies en cours n’entrent pas en ligne de compte dans les hauteurs observées à Nantes. En matière de comportement, il faut rappeler des règles de prudence et de bon sens, comme ne pas se rapprocher des cours d’eau ou s’engager en voiture sur des voies inondées. Pour rappel, à partir de 30 cm, une voiture peut être emportée.