Accueil Info Info en continu REPORTAGE. « On n’a jamais eu peur » : à 87 ans, Joseph n’entend pas quitter sa maison entourée par la Loire en crue

REPORTAGE. « On n’a jamais eu peur » : à 87 ans, Joseph n’entend pas quitter sa maison entourée par la Loire en crue

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photo  joseph sochas, 87 ans, a toujours vécu à la rougeauderie, un lieu-dit d’anetz, encerclé par les eaux lorsque la loire est en crue.  ©  ouest-france 4

Joseph Sochas, 87 ans, a toujours vécu à la Rougeauderie, un lieu-dit d’Anetz, encerclé par les eaux lorsque la Loire est en crue. © Ouest-France

Au sud de la digue SNCF, dans le pays d’Ancenis, des habitants vivent entourés par les eaux de la Loire en crue. C’est le cas de Joseph Sochas, plus qu’habitué, puisqu’il vit toujours dans la maison qui l’a vu naître, il y a 87 ans.

Cela fait maintenant plus de trois jours que Joseph Sochas, 87 ans, vit comme coupé du monde dans sa maison encerclée par les eaux de la Loire en crue à Anetz (Vair-sur-Loire), au sud de la digue SNCF. « C’est la Loire : un fleuve irrégulier et imprévisible, expose-t-il en habitué. Là, on a droit à une belle crue. »

Le seul véritable tracas qui pèse sur sa vie de tous les jours ? Pas les 70 cm d’eau qui ont inondé son rez-de-chaussée et le poussent à vivre dans une pièce à l’étage. « J’ai mes repères, ce n’est pas la première fois. » Non, ce qui l’embête peut prêter à sourire dans le contexte : « Je ne reçois plus mon journal ! »

Il faut dire que pour rallier le nord de la digue SNCF, où l’on a les pieds au sec, et le domicile de Joseph Sochas, sorte d’îlot qui dépasse des flots, il faut franchir les voies SNCF via des passages piétons aménagés et surtout traverser plus d’une centaine de mètres de champs inondés par plus d’un mètre – parfois deux – d’eau. La barque est devenue l’unique moyen de locomotion. « On ne reçoit pas trop d’invités ces temps-ci. On est devenus très sélects », rigole Sylvie, 58 ans, la fille de Joseph, qui vit dans la maison mitoyenne.

photo pour rallier le domicile de joseph sochas, au loin derrière les arbres, il faut d’abord traverser les voies sncf avant de franchir en barque une zone inondée.  ©  ouest-france

Pour rallier le domicile de Joseph Sochas, au loin derrière les arbres, il faut d’abord traverser les voies SNCF avant de franchir en barque une zone inondée. Ouest-France

« La Loire, on sait quand elle arrive, pas quand elle repart »

Père et fille ont un point commun : ils sont nés ici, à la Rougeauderie, propriété familiale depuis maintenant cinq générations. Alors, des crues, ils en ont connu ! Et ils ont surtout appris à vivre avec. « La Loire, on sait quand elle arrive, pas quand elle repart », glisse Joseph. En 1982, la plus importante crue de l’histoire récente, la bâtisse familiale était restée entourée par l’eau durant deux mois.

« À l’époque, c’était autre chose. J’étais éleveur laitier, j’avais 30 à 40 vaches. Il fallait bien anticiper pour les mettre à l’abri dans l’étable, à côté de la maison, ou dans des champs de l’autre côté de la digue. » En ce temps-là, dans les hameaux voisins de Belle-Croix, Bréluce ou encore le Bois-Vert, « il y avait d’autres agriculteurs. On s’entraidait ».

photo seul moyen pour rallier le domicile de joseph sochas, encerclé par les eaux de la loire : la barque.  ©  ouest-france

Seul moyen pour rallier le domicile de Joseph Sochas, encerclé par les eaux de la Loire : la barque. Ouest-France

photo l’un des abris, dans le jardin de joseph sochas, à anetz.  ©  ouest-france

L’un des abris, dans le jardin de Joseph Sochas, à Anetz. Ouest-France

« On n’a jamais eu peur »

Ces dernières heures, des voisins de Joseph Sochas ont évacué, « paniqués » face à la montée des eaux. Pas question de suivre le mouvement pour l’octogénaire. « On n’a jamais eu peur, puisque l’on a toujours connu ça, les crues. » En plus, la famille à de quoi tenir : « On essaye d’avoir toujours des réserves de nourriture, les congélateurs sont pleins… On pourrait rester un mois sans sortir de la maison je pense », avance Sylvie. Peut-être même plus si la réglementation ne leur interdisait pas de pêcher dans leur jardin inondé. « Avant, on pouvait », se souvient Joseph, qui se revoit attraper sandres, brochets ou carpes depuis sa terrasse. « Avec ça, on pouvait vivre. » Joseph Sochas a appris à s’en passer. Plus que son journal qui lui manque au quotidien.

Pour l’anecdote, à l’occasion de notre rendez-vous, on le lui a apporté, son Ouest-France. Et on ira lui porter celui du jour pour qu’il puisse lire l’article qui le concerne.

 
Basile Caillaud    Ouest-France  

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