|
REPORTAGE. « On est nés le derrière dans l’eau » : les crues menacent leurs maisons, ils ne se voient pas vivre ailleurs... |
2
Marie-Françoise Collineau vit près de la Maine, à Angers, depuis 1995. Elle vit au rythme des crues. © Ouest-France
La Maine déborde près de la promenade Reculée, à Angers (Maine-et-Loire). L’eau s’infiltre dans les jardins, garages et maisons. Les habitants s’entraident pour mettre les objets à l’abri et se rassurer les uns et les autres.
Toutes les heures, il faut mesurer, évaluer le niveau de l’eau et pondérer le risque. C’est la première chose que j’ai faite en me levant ce matin.
Marie-Françoise Collineau vit le long de la promenade de Reculée, à deux pas de la Maine, à Angers (Maine-et-Loire), depuis 1990.
Lire aussi : Quelles sont les routes bloquées par les inondations en Maine-et-Loire ?
La rivière déborde, elle est à sa porte et même dans son garage, en contrebas. Je suis habituée, je sais bien qu’il vaut mieux ne pas stocker de vin dedans
, plaisante-t-elle. Pour le moment, sa maison est épargnée. Mais cette crue-là , je ne la sens pas mieux que celle de 1995 »,
grimace-t-elle.
« Là , à 13 h, on va être à 6 mètres »
Mais la retraitée n’est pas seule. À ses côtés, ce 17 février 2026, trois bénévoles de l’association du Village de Reculée. Jean-Yves Manac’h, son président, a sorti le mètre. Là , à 13 h, on va être à 6 mètres,
détaille-t-il auprès de la retraitée. Je vous fais un petit trait sur le mur, pour vous faire un point de repère.
Les bénévoles font le tour des maisons du quartier, notamment chez les habitants les plus vulnérables. On essaie de s’entraider au mieux. Mais bon, on est nés le derrière dans l’eau dans ce quartier, alors on a tous un peu l’habitude
, relativise Jean-Yves Manac’h.
Depuis la veille, il reste en contact permanent avec les habitants : coups de téléphone, SMS et visites pour s’assurer que tout va bien et prêter main-forte si besoin.
Les habitants solidaires
À l’intérieur de la maison de Marie-Françoise Collineau, tout est presque prêt. Le salon est vidé, grâce à quelques habitants venus en renfort la veille. Des installations de fortune sont là , au cas où. J’ai mis des tréteaux avec une échelle dessus, pour pouvoir poser le canapé et le protéger
, explique l’habitante aux trois bénévoles de l’association du Village de Reculée.

Plusieurs bénévoles de l’association du Village de Reculée se sont rendus chez Marie-Françoise Collineau pour s’assurer que tout allait bien. Ouest-France
On se contacte demain matin et on réunit une équipe si besoin
, rassure Anne Bossé, trésorière. L’idée, c’est d’être solidaire
, complète son mari, Gérard Bossé.
Marie-Françoise Collineau le sait, si la Maine monte, certains objets ne résisteront pas. Je pense qu’on pourra bouger le réfrigérateur parce qu’il n’est pas lourd, mais pas la machine à laver…
70 cm d’eau en 1995
Pour la retraitée, cette crue n’est pas la première. En 1995, l’eau s’était déjà infiltrée dans le garage et jusque dans sa maison. Il y avait 70 cm d’eau partout dans le salon
, se souvient-elle.
Lire aussi : Les images impressionnantes des inondations de janvier 1995 en Maine-et-Loire
L’habitante vit au rythme des crues et décrues. Un travail harassant de préparation et de nettoyage. Pourtant, ni elle ni les bénévoles de l’association ne se verraient vivre ailleurs. On vit avec le rythme de la Maine mais on est tous très heureux,
sourit Anne Bossé. Tous les gens qui vivent ici sont amoureux du secteur.
Gérard Bossé, lui, complète : On sait tous que l’eau bouge et on aime la voir bouger. Quand on aime, on mouille la chemise !
Marie-Françoise se sait entourée et épaulée. Cette amoureuse de la Nature s’inquiète un peu mais se souvient des quelques trésors que la Maine avait laissés dans son sillage en 1995. J’avais eu le bonheur de trouver six œufs de cane dans mes fleurs à la décrue… Et je les ai mangés !