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Perte de cheveux : romarin, eau froide, compléments en tout genre… Que valent vraiment ces « remèdes » ?... |
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La perte de cheveux cristallise une véritable « panique », observe le Dr Philippe Assouly. © dpa Picture-Alliance via AFP
C’est un marché extrêmement lucratif : les produits luttant contre la chute capillaire. Les fabricants et vendeurs font preuve d’une créativité à toute épreuve pour inventer de nouvelles recettes miracles. Fonctionnent-elles vraiment ? Le Courrier de l’Ouest a démêlé le vrai du faux avec le Dr Philippe Assouly, dermatologue spécialiste du cheveu.
Coiffeuse dans le Maine-et-Loire, Nathalie reçoit souvent cette interrogation de la part de sa clientèle :  Perd-on davantage ses cheveux à l’automne ? Et si oui, que peut-on faire contre ?Â
Le Courrier de l’Ouest a interrogé le Dr Philippe Assouly, dermatologue spécialiste du cheveu au Centre Sabouraud de l’hôpital Saint-Louis et membre de la Société française de dermatologie.
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Le Courrier de l’Ouest vous répond :
Pour comprendre la chute du cheveu, il convient de connaître le cycle pilaire.  Il inclut trois phases : anagène, catagène et télogèneÂ
, introduit le Dr Assouly. La première correspond à la croissance active du cheveu, la deuxième au repos et la troisième à la chute. La plus grande concentration de cheveux en phase télogène s’observe en juillet,  il est donc logique que sous trois mois environ, on ait une perte importanteÂ
, poursuit le dermatologue. Un phénomène cyclique combiné parfois à des régimes alimentaires restrictifs pendant l’été, fait de  l’automne le plus gros pic de l’année.Â
Cette perte est homogène sur le crâne.
Il n’y a donc  rien à faire qu’attendre. Les petites usines que sont les follicules font leur boulotÂ
, tempère le médecin. À quel moment faut-il malgré tout s’inquiéter et consulter un(e) professionnel (le) de santé ?  Lorsque la chute crée de l’alopécie c’est-à -dire un manque de cheveux, si cela n’est pas uniforme et forme des plaques, qu’elle dure plus de quatre mois ou que d’autres symptômes cutanés y sont associés (des rougeurs, des boutons ou des croûtes par exemple).Â
Certains facteurs peuvent néanmoins accélérer la chute de cheveux : une alimentation déséquilibrée, des fluctuations hormonales liées à la grossesse, la puberté, la ménopause ou des changements dans la contraception… Des coiffures trop serrées peuvent aussi être à l’origine d’une chute de cheveux, localisée.
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La calvitie est liée à un faible taux d’androgène (photo d’illustration). dpa Picture-Alliance via AFP
Une peur « panique entretenue »
Pourtant, la perte de cheveux, même naturelle,  entraîne une véritable forme de panique chez certaines personnesÂ
. Une peur  entretenueÂ
par  un marché colossal qui peut être soutenu par certains acteurs à l’esprit peu scientifique ou motivés par de tout autres désirs que de rassurer ou prendre en charge avec rigueurÂ
 ; ils peuvent y voir une manne financière importante.  Il y a des gens qui se ruinent ! Avec le temps, j’ai compris que mon rôle est autant de rassurer que de soignerÂ
, souffle le médecin qui sait combien la mission est sacerdotale.
D’autant plus quand on constate les moyens de communication mis en place pour faire infuser des croyances qui rapportent gros. Parmi les traitements  miraclesÂ
 : les compléments alimentaires.  Sous forme de comprimés, de piqûres, de lotions… liste le Dr Assouly. Or, s’il y a une carence, il y aura toujours des symptômes associés.Â
La tendance est aussi aux produits extraits du romarin.  Ça se base sur une étude mal faite publiée dans une revue pas très fiable et régulièrement reprise.Â
Tout comme celles sur les lampes LED,  une technologie peu onéreuse habituellement qui, quand elle concerne les traitements capillaires, est vendue à des sommes astronomiquesÂ
. Mais encore faut-il avoir les compétences pour dépouiller les études afin de vérifier leur fiabilité alors même que car la profusion d’études de mauvaise qualité peut jeter un trouble dans la communauté scientifique qui sans le vouloir va donner un écho à telle ou telle méthode ou produit inutile. Les essais sont parfois surprenants. Les essais sont parfois surprenants comme le jet d’eau froide, les massages crâniens, les garrots, voire… Le poirier !  Ça peut faire du bien, mais ça ne fait rien pousser.Â
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Une méfiance vis-à -vis du chimique
Ces faux remèdes viennent aussi conforter une forme de méfiance vis-à -vis des produits chimiques et de la médecine qu’observe le dermatologue.  Alors que les plus grands poisons sont dans la nature ! Être d’origine naturelle n’est pas un gage de sécurité ou de douceur : il peut y avoir des effets toxiques, corrosifs, allergisants ou de perturbation endocrinienne car ils ne sont pas testés comme les médicaments. Vu les bénéfices financiers possibles, l’industrie du médicament explore les résultats que peuvent apporter les produits traditionnels dans le monde, pour en extraire lorsque cela est intéressant les molécules anti infectieuses, anti cancéreuses, etc.Â
Les traitements qui fonctionnent vraiment
Aujourd’hui, deux substances ont véritablement prouvé leur efficacité sur la perte de cheveux pathologique, lorsqu’il n’y a pas une maladie responsable particulière responsable à soigner : le minoxidil, à appliquer sur le cuir chevelu (plus rarement par voie orale en gélules), à vie s’il s’agit d’une alopécie androgénétique c’est-à -dire la calvitie, et le finasteride, discuté pour ses effets secondaires également pour l’alopécie androgénétique, uniquement chez l’homme. Ces traitements sont sans intérêt dans les chutes saisonnières. Quant aux plantes, shampooings miracles et autres astuces de grand-mère pour accélérer la pousse, le Dr Assouly est formel :  Rien ne fonctionneÂ
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Dr Philippe Assouly, dermatologue spécialiste du cheveu au Centre Sabouraud de l’hôpital Saint-Louis et membre de la Société française de dermatologie. DOCUMENT REMIS
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