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Maltraitances au sein de la congrégation du Bon Pasteur à Angers : une commission va enquêter... |
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Marie-Christine Vennat et Éveline Le Bris, membres de l’association « Les filles du bon pasteur », s’étaient confiées à Ouest-France sur les maltraitances qu’elles avaient subies. © Archives Ouest-France
Une commission indépendante va être mise en place dès le 14 décembre pour « faire la lumière » sur des accusations de maltraitances graves dénoncées par d’anciennes pensionnaires de la congrégation du Bon Pasteur à Angers (Maine-et-Loire), dans les années 1950 et 1960.
Une commission indépendante va être installée le 14 décembre pour « faire la lumière sur des défaillances » révélées par d’anciennes pensionnaires de maisons d’éducation tenues par des religieuses, a annoncé vendredi 9 décembre 2022 la congrégation Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur dans un communiqué.
Après la Seconde Guerre Mondiale, l’État avait confié une mission de protection de l’enfance à cette congrégation fondée en 1835 dont la maison mère est basée à Angers (Maine-et-Loire). La vocation affichée de cette congrégation est « d’aider les femmes bafouées dans leur dignité à se reconstruire ».
Entre 1950 et 1970, des jeunes filles mineures avaient été placées dans ces établissements, appelés communément maisons de correction, par le juge des enfants ou l’aide sociale à l’enfance. « À cette époque, le ministère de la justice souhaitait trouver un moyen d’éviter la prison ou des conditions de vie très difficiles pour des jeunes dits délinquants », précise ce communiqué.
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Humiliations, châtiments corporels et travail gratuit
En 2020, l’association Les filles du Bon Pasteur a été fondée par d’anciennes pensionnaires pour dénoncer des maltraitances subies dans ces établissements.
Un film documentaire, Mauvaises Filles, sorti en salles le 23 novembre dernier, a mis au jour la parole de cinq d’entre elles. Elles y racontent notamment les humiliations, les châtiments corporels et le travail gratuit vécus dans ces établissements.
La congrégation, qui se dit « attachée au droit de savoir », a fait appel à l’ancien recteur d’académie Christian Philip pour présider cette commission. Celui-ci s’est entouré d’anciens magistrats, juge des enfants, préfet et responsable des archives pour mener ce travail de mémoire qui devrait durer dix mois.
Identifier les « manquements, carences et abus »
Cette commission aura pour mission d’écouter les personnes ayant souffert, d’évaluer le contexte sociétal, psychologique et les pratiques éducatives de l’époque, d’identifier les « manquements, carences et abus » et d’évaluer les responsabilités des acteurs concernés. Elle devra enfin « émettre des préconisations pour l’accès aux archives et d’éventuelles réparations ».
Selon Marie-Christine Vennat, 74 ans, ancienne pensionnaire de ces établissements entre 15 et 18 ans, devenue secrétaire de l’association Les filles du Bon Pasteur, 300 témoignages lui sont déjà parvenus. « Et cela continue à arriver », a-t-elle précisé à une correspondante de l’AFP. « Nous n’en voulons pas à l’Église catholique mais nous demandons justice à la congrégation », a-t-elle ajouté.
L’association est également en contact avec un cabinet d’avocats en vue d’une éventuelle action juridique. La congrégation indique sur son site internet être « présente dans 74 pays dans le monde ».