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Le panthéon de l’Anjou. Le roi René, celui qui aimait les arts... |
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René d’Anjou organisait des fêtes somptueuses et protégeait les artistes car, épris de beauté, il se piquait de littérature, d’art et de chasse © Boz
Notre galerie des Illustres s’intéresse, ce dimanche 19 juin, à René d’Anjou (1409-1480), duc d’Anjou.
Le « bon roi René », comme son surnom le laisse bien augurer, fait l’objet, en Anjou, d’un culte que, depuis des siècles, rien ne vient émousser. Et pourtant, si la personnalité historique la plus célébrée en Anjou (à grands coups de statues – déplacées –, de boulevards, de spécialités gastronomiques…) n’était pas légèrement surcotée au regard de son œuvre politique ? Autrement dit, et si le roi René n’était pas l’objet d’un grand malentendu ?
René est le second fils de Louis II, duc d’Anjou, et de Yolande d’Aragon. Il passe son enfance entre la cour d’Anjou et la cour de France. Il a 8 ans quand son père meurt. Son frère aîné, Louis, hérite de la plupart de ses titres, mais sa mère parvient à faire attribuer au cadet la terre de Guise (Aisne), puis plus tard, l’héritage du duché de Bar (Meuse), dans lequel René vient s’installer alors que sa mère, fine mouche, négocie son mariage avec Isabelle de Lorraine, unique enfant (et donc seule héritière) du duc Charles II de Lorraine.
Roi de Naples et de Jérusalem
L’union est scellée en 1420 et neuf enfants en naîtront. À la mort de son beau-père, sur fond de guerre de Cent Ans, René rentre, non sans mal, en possession de l’héritage de sa femme, après une lutte forcenée au cours de laquelle il est fait prisonnier à deux reprises et ne se libère qu’en payant une rançon.
En 1434, la mort de son frère, sans descendance, le met à la tête d’un territoire très morcelé, puisqu’outre la Lorraine, le Barrois, il devient souverain d’Anjou, de Provence et hérite des titres de roi titulaire (entendez qu’il en a les titres mais pas la possession) de Naples et de Jérusalem (son surnom de « roi » René vient de là ). Malgré quatre ans de campagne et plusieurs tentatives militaires pour faire valoir ses droits sur le royaume de Sicile à partir de 1438, il ne retrouvera jamais le trône.
Protecteur des artistes
Dès lors, guéri de toute tentation guerrière, il se partage entre Anjou et Provence, se consacrant à ses possessions. Construisant (ou embellissant) ses châteaux (Saumur, Angers, Baugé, Tarascon…), soutenant la prospérité des villes (Angers, Avignon, Aix…), organisant des fêtes somptueuses, protégeant les artistes car, épris de beauté, il se pique de littérature, d’art, de chasse. C’est dans ces domaines qu’il réussit le mieux : ses tournois marquent les esprits et ses poèmes connaissent un vrai succès.
À la mort d’Isabelle, son épouse, en 1453, il abandonne la Lorraine à son fils, Jean II, et se remarie, l’année suivante, avec Jeanne de Laval. Mais, malgré les fêtes et les plaisirs, la fin de son règne est assombrie par les manœuvres de son oncle, Louis XI, qui parvient à obtenir de René qu’il abandonne, à sa mort, l’Anjou à la couronne de France.
C’est à Aix-en-Provence qu’il meurt, en 1480. Les Provençaux ayant décidé de garder sa dépouille, Jeanne de Laval doit cacher son corps dans un tonneau pour pouvoir le ramener à Angers et le faire inhumer dans un somptueux tombeau que René s’est fait construire dans la cathédrale d’Angers.
Entre ici, René d’Anjou, mécène heureux et militaire malheureux !
À Baugé et à Angers, dans les pas du roi René
De nombreux sites sont emblématiques de la passion que le roi René entretenait (entre autres) pour les bâtiments. Vous partez à la rencontre de deux d’entre eux, en commençant par celui que l’intéressé qualifiait de « pavillon de chasse » et qu’il convient bien de considérer comme un véritable palais : le château de Baugé.

Le château de Baugé, « pavillon de chasse » du roi René. Archives Ouest-France
Sur les ruines d’un château plus ancien, posé au milieu de la ville close de Baugé, René d’Anjou fait élever un manoir (achevé en 1465) des plus élégants, afin de courre le cerf dans les giboyeuses forêts voisines.
Désaffecté après sa mort, il est tour à tour gendarmerie, caserne des pompiers, annexe du (très joli) palais de justice voisin, avant qu’une grande restauration, au milieu du siècle dernier ne lui rende sa splendeur.
L’harmonie des volumes extérieurs, les hautes lucarnes, les tourelles, les encorbellements, les échauguettes, la somptuosité des pièces de réception, la délicatesse de l’escalier en voûte de palmier, le raffinement de l’oratoire, tout ici est pétri de ce goût si sûr du duc d’Anjou.
Une scénographie récente permet de visiter le château jusqu’aux combles à la foisonnante charpente, et de découvrir la vie (et la cour) du roi René.
Le couvent de la Baumette, joyau longtemps fermé au public
Vous revenez vers Angers pour découvrir un autre joyau voulu par René d’Anjou, longtemps fermé au public, et qui est maintenant ouvert régulièrement à la visite : l’ancien couvent de la Baumette.
Perché sur un éperon rocheux (en schiste ardoisier) dominant la Maine, en aval d’Angers, son aménagement s’inspire de la grotte de la Sainte-Baume, en Provence où, dit-on, vécut Marie-Madeleine (de là vient son nom de Baumette) et que vénérait particulièrement le souverain angevino-provencal.
Construit entre 1452 et 1454, le monastère accueille des cordeliers puis des récollets, qui vont y rester jusqu’à la Révolution. Vendu comme bien national, il passe entre plusieurs mains avant d’être racheté, en 1830, par les ancêtres des propriétaires actuels.
Là encore, tout est charmant à la Baumette : la chapelle du XVe siècle, blottie sous le rocher, est ornée d’un très beau retable du XVIIe siècle. Le cloître, plus tardif (XVIIIe), est sculpté dans le roc. Les jardins, nombreux, s’étagent en terrasses au-dessus de la rivière…
Château de Baugé, place de l’Europe, à Baugé (Baugé-en-Anjou).