Accueil Info Info en continu La question du jour. Regrettez-vous la disparition des bistrots de campagne et des bars de quartier ?

La question du jour. Regrettez-vous la disparition des bistrots de campagne et des bars de quartier ?

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Regrettez-vous la disparition des bistrots de campagne et des bars de quartier ? © Archives CO

La disparition de milliers de bars-tabacs ces dernières décennies et du lien social qu’ils incarnaient, surtout en zone rurale, favorise la montée du vote d’extrême droite, constate une récente étude.

La France a perdu 18 000 bars-tabacs entre 2002 et 2022, un chiffre que le Centre pour la recherche économique et ses applications (Cepremap) a croisé avec ceux des résultats aux élections présidentielles et législatives sur la même période. Résultat, la fermeture de ces établissements a contribué à la progression du vote pour le Front national, devenu le Rassemblement national (RN).

L’étude, parue le 30 janvier, révèle un effet significatif mais différé de la fermeture d’un bar-tabac sur le vote RN. À la première élection post-fermeture, l’effet est quasi nul. Il croît ensuite régulièrement : + 0,23 point après cinq ans, + 0,67 après 10 ans, + 0,92 après 15 ans, et + 1,28 point après 20 ans. Pour les présidentielles, l’effet atteint + 1,38 point.

En zone rurale, l’effet est de + 1,3 point pour les législatives et + 3,3 pour les présidentielles - contre + 0,3 et + 1,1 respectivement en zone urbaine.

Pour les auteurs, le RN a su politiser le déclin des bars-tabacs.

Ni tout à fait un café, ni seulement un débit de boissons, le bistrot est une scène de vie, un théâtre du quotidien où se tissent, jour après jour, les fils invisibles du lien social, écrivait le député RN Julien Odoul dans sa proposition pour inscrire les bistrots français au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, en juin 2025.

À l’inverse, quand les partis de gouvernement évoquent les buralistes, ils le font dans un registre technique : fiscalité, réglementation, santé publique, souligne l’étude.

« Mort du village »

Souvent, le café, bar-tabac, PMU reste le dernier commerce dans un petit village. C’est un lieu de convivialité, où les gens se retrouvent, explique Pierre Bosche, président de la Confédération des commerçants de France.

On propose une multitude de produits, précise François Dupin, président de la fédération des buralistes Pyrénées-Atlantiques/Pays basque, qui vend des piles, de la papeterie, des sandwichs ou encore des disques de stationnement.

Donc la disparition du bistrot d’une commune, c’est très emblématique, pour Pierre Bosche, c’est quelque part la mort du village.

Or, depuis plusieurs décennies, de nombreux territoires français connaissent une érosion continue de ces lieux de sociabilité, sous l’effet conjoint de la désertification commerciale et du retrait progressif de l’État, indique l’étude.

De 200 000 établissements en 1960, la France n’en compte plus que 38 800 en 2023, soit une baisse de plus de 80 %.

L’étude relève aussi que, dans 22 % des cas, l’année suivant la fermeture du bar-tabac, la commune ne compte plus aucun équipement où les habitants peuvent se rencontrer : ni restaurant, ni salle polyvalente, ni bibliothèque, ni équipement sportif ou culturel.

Perte de confiance

Pour Pierre Bosche, c’est plus important que la disparition des services publics. Les habitants n’en ont pas grand-chose à faire que le centre des impôts ferme. Mais quand ce sont les commerces de proximité de première nécessité, il y a un sentiment très fort d’abandon.

L’affaiblissement du lien social local fait qu’on va croiser moins de gens au quotidien, on a moins d’occasions de discuter, de s’entraider, d’échanger des bons plans, décrypte l’auteur de l’étude, Hugo Subtil. Donc il y a de moins en moins de personnes en qui on a confiance.

Or, ce réseau de solidarité affecte les comportements de vote. Tant qu’on garde confiance, on peut voter à gauche. Si on n’a plus confiance, on va voter à droite et à l’extrême droite, explique le chercheur.

Quand un service public ferme, on s’adresse à l’État en disant + vous nous abandonnez +, analyse Pierre Bosche. Quand un commerce de proximité ferme, on ne sait pas à qui s’adresser, donc on met un bulletin de protestation dans l’urne.

Hugo Subtil souligne toutefois que la dynamique est réversible : l’ouverture d’un bar-tabac dans une commune est associée à une baisse du vote RN, tout comme le retour d’associations, de kermesses, de terrains de foot, de lieux de brassage, insiste le chercheur.

 
Courrier de l'Ouest  

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