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Jean-Yves et Olivier Papin, à la tête du groupe Hofica, entrepreneurs de l’année... |
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Maulévrier, le 13 novembre 2025 : Jean-Yves Papin (à gauche), est toujours président du groupe Hofica mais il a passé le témoin à son fils Olivier Papin à la tête de l’entreprise. © CO-Josselin CLAIR
TROPHÉES DE L’ÉCONOMIE DU COURRIER DE L’OUEST. Avec la maroquinerie de luxe en cœur d’activité, le groupe Hofica a vécu une croissance exponentielle depuis deux décennies. Basé à Maulévrier, il a longtemps été dirigé par Jean-Yves Papin, qui a passé la main à son fils, Olivier, élu par le public « Entrepreneur de l’année ».
C’est l’histoire d’une société qui vous oblige à mettre vos informations à jour tous les six mois ou presque. L’histoire d’une petite société qui n’a cessé de grossir durant les deux dernières décennies. Jusqu’à devenir un acteur important du haut de gamme et du luxe, pour la mode mais pas seulement. Pensez-vous : quand vous poussez les portes d’Hofica, rue de l’Europe, à Maulévrier, vous entrez dans un groupe fort de 800 salariés (dont 700 dans le Maine-et-Loire ; chiffre d’affaires de 58 millions d’euros pour l’exercice 2024-2025)*.
Son président, Jean-Yves Papin, a connu le temps -les années 1990- où ils étaient dix fois moins. Une autre époque. L’intéressé, 65 ans, est toujours de la partie. Président d’un groupe dont il a récemment laissé la direction a son fils, Olivier, 38 ans.
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« Je viens d’un monde plutôt ouvrier. On a toujours l’objectif de faire mieux »
Ce jour de novembre, les deux nous reçoivent chez eux, dans une ville de Maulévrier où le groupe a posé ses valises en 1987. Cinq ans après sa création, à Cholet, par Michel Baudry. À l’époque, on ne parle pas d’Hofica mais de Pact-Europact, société spécialisée dans la sérigraphie pour la chaussure. Parmi ses clients, des historiques aujourd’hui disparus : La Fourmi, GEP…
Les années 1980 et 1990 sont cruelles pour nombre d’entreprises du choletais et des Mauges. La délocalisation emporte nombre d’emplois.  Une période compliquée, très compliquéeÂ
, commente Jean-Yves Papin. Il n’a pas vocation à devenir chef d’entreprise :  Je pensais faire carrière dans la comptabilité. Vous savez, je viens d’un monde plutôt ouvrier. On a toujours l’objectif de faire mieux.Â
Entré chez Pact-Europact à l’été 1990, il met les mains dans le cambouis à la fin de la décennie. Il est alors directeur administratif et financier. La diversification s’amorce. Elle sera salvatrice pour Hofica, nom de la holding créée en 2003 et dont il prend les commandes en 2006.  Le point de départ, c’est la mise en place de l’activité maroquinerie. On voyait que c’était en plein développement.Â
Le tremplin se trouve non loin d’ici, à Segré : les sacs Longchamps.
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« Petit, j’accompagnais mon père au travail le samedi matin »
Depuis, le groupe -porté par le savoir-faire de ses salariés- est un partenaire régulier des grandes maisons, dont il se doit de taire le nom. Une (forte) discrétion qui n’engendre pas de frustration.  C’est une forme de paradoxe qu’on arrive à gérerÂ
, commente Olivier Papin, qui préfère mettre en avant la  confianceÂ
nouée avec les clients.
Lui non plus n’était pas prédestiné à devenir dirigeant, après des études dans le domaine du contrôle de gestion. Il a même, un temps, travaillé chez Motul, connue pour ses huiles pour moteur.  Ça s’est construit avec le temps
, raconte-t-il dans un sourire. Je me souviens, petit, j’accompagnais mon père au travail, le samedi matin.Â
En 2013, Jean-Yves Papin pose le débat lors d’une réunion familiale.  J’étais en contact avec un potentiel repreneur du groupe. Je suis curieux, alors j’ai été au bout de l’échange, mais je n’avais pas envie de le céder.Â
Le retour du fils attendra 2017,  par la petite porte, chez Cosy Design (sellerie et garnissage, conception et fabrication « d’équipements d’exception pour le yachting, l’agencement, la gainerie et le loisir »)Â
.  Il y a une vraie dynamique qui fait qu’on est pris dans l’engrenageÂ
, décrit aujourd’hui le trentenaire, qui travaille avec ses deux sœurs, Charlène Bariset et Mathilde Papin, elles aussi associées.
Trois pôles, sept sociétés, deux départements
Cette dynamique s’articule autour de trois pôles : maroquinerie, qui reste l’activité principale, sellerie et agencement, ennoblissement sur matériaux souples. Des activités disséminées dans sept sociétés (Pact Europact, Marofica, Cosy Design, Cosy Équipement, Evidence, Hoficoupe et l’Atelier douessin) et à travers deux départements (Maine-et-Loire et Mayenne, de Maulévrier à Saint-André-de-la-Marche en passant par Saint-Denis-d’Anjou et Doué-en-Anjou).
Après une faim de recrutements pas si facile à calmer -malgré un partenariat avec France Travail et la formation en interne-, l’heure est  à la stabilisation en termes d’effectifs et de productionÂ
. Le contexte international (États-Unis, conflit israélo-palestinien, invasion de l’Ukraine…) n’y est pas pour rien. Mais le luxe sait faire le dos rond.
Pour Olivier Papin, qui ne veut pas  faire de la croissance pour faire de la croissanceÂ
, l’occasion est belle d’entrer dans  une phase de restructurationÂ
. Cela passera par un  programme de transformation numériqueÂ
sur plusieurs années, baptisé Galilée. De nouvelles têtes sont aussi apparues dans l’organigramme. Symboles d’une gouvernance qui se veut  plus collaborativeÂ
.
Symbolique, aussi, le déménagement à venir de Pact-Europact. La société (90 salariés) va quitter Maulévrier pour Cholet (livraison été 2026). Là où tout a commencé il y a 38 ans. Une autre époque.
*Ils n’étaient que 410 début 2016.