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Angers. Michel Vaissier raconte Ernest Bazin, l’extraordinaire inventeur angevin... |
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Angers. Michel Vaissier raconte Ernest Bazin, l’extraordinaire inventeur angevin
L’inventeur Ernest Bazin (1826-1898) sort enfin de l’ombre grâce au nouveau livre de Michel Vaissier qui raconte la vie aventureuse de ce scientifique surdoué à l’imagination débordante.
Mais que n’a-t-il pas inventé ? L’inventaire de l’inventeur angevin Ernest Bazin a des airs de poème surréaliste : le wagon à suspension pneumatique, le fusil électrique, la lampe sous-marine, la brouette militaire, la laveuse d’or, la cafetière hydrostatique, le bateau rouleur, etc.
On lui doit aussi le signal d’alarme des chemins de fer, un appareil « excessivement simple et fort peu coûteux »
s’enthousiasmait la revue « L’Illustration » du 21 décembre 1861 ; le lochomètre destiné à mesurer la vitesse des navires ; ou encore le phare de Montmartre, un projecteur surpuissant qui servait à débusquer l’ennemi lors de la guerre de 1870.
« Ernest Bazin fut un Angevin extraordinaire, aujourd’hui malheureusement oublié
», remarque Michel Vaissier qui raconte dans un livre la vie de cet étonnant personnage né à Angers en 1826 (rue Cordelle, à deux pas de la place du Ralliement) et mort en 1898, presque en même temps que ce siècle de progrès scientifiques qu’il incarna à sa façon. Ce Bazin-là est effectivement bien moins célèbre que l’écrivain René Bazin dont il fut l’oncle, ou que l’ancien président de l’Académie Goncourt Hervé-Bazin dont il fut l’arrière-grand-oncle.
Des énigmes et un œil de verre
À 88 ans, Michel Vaissier a passé cinq ans dans le sillage de ce personnage hors du commun qui a laissé énormément de traces dans les journaux scientifiques de l’époque, mais peu dans les autres archives. Son existence est une succession d’énigmes : « Il a commencé sa vie comme mousse, en entrant dans la marine à l’âge de 15 ans, mais il n’a jamais été capitaine au long cours comme on le lit parfois. Il n’a pas été non plus ingénieur »
, assure Michel Vaissier qui voit plutôt en lui un enfant surdoué et autodidacte.
Son livre est truffé d’anecdotes, plus savoureuses les unes que les autres. Ainsi, du temps de sa jeunesse, Bazin aurait été honoré comme un demi-dieu par une tribu africaine à cause de son œil de verre qu’il pouvait ôter et remettre en place à volonté. Trop beau pour être vrai ? Ce qui est certain en revanche, c’est que son imagination n’avait aucune limite dès qu’il s’agissait de trouver un nouveau procédé susceptible de faire progresser la science.
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La « fée électricité » dans les ardoisières
En Anjou il travailla en 1863 sur l’éclairage des ardoisières de Trélazé. « Pour cela, il s’associa à Zénobe Gramme, l’inventeur belge de la dynamo, qui s’installa dans une maison de la rue de la Chalouère, à côté de celle où vivait Ernest Bazin »,
raconte Michel Vaissier. Les premières expériences étant concluantes, « les deux compères-inventeurs ne purent résister à l’organisation d’une démonstration publique, et c’est alors que « tout Angers » put voir l’avenue et le jardin du Mail éclairés la nuit comme en plein midi, par les rayons éblouissants de la lumière électrique
» écrit-il dans son livre. Mais la facture finale s’avérant bien trop élevée, il fallut attendre quinze ans pour voir la « fée électricité » brandir sa baguette magique au fond des ardoisières.
Il eut beaucoup plus de succès avec les « extracteurs Bazin » qui, fabriqués à Nantes, servirent à creuser le canal de Suez, inauguré en 1869. Ou avec sa machine qui fut utilisée pour forer le tunnel ferroviaire du Mont-Cenis entre la France et l’Italie. Michel Vaissier raconte également comment Bazin partit en Espagne à la recherche du trésor des galions échoués dans la baie de Vigo, ainsi que l’incroyable épopée du « bateau rouleur » qui termina sa vie métamorphosé en café-concert dans le port du Havre.
Des souvenirs introuvables
Ernest Bazin mourut le 18 janvier 1898, âgé de 71 ans. On ne sait où il fut enterré. Il aurait raconté lui-même sa vie dans des mémoires intitulées « Les Souvenirs d’un inventeur ». Le nom de l’ouvrage figure bien dans les fichiers de la bibliothèque municipale d’Angers, mais celui-ci est introuvable. Michel Vaissier ne désespère pas de mettre un jour la main dessus. En attendant, son livre permet de faire sortir de l’ombre cet homme qui éclaira les mines et le fond des mers, et qui, tout au long du XIXe siècle, invita la vie à se réinventer.
Pierre-Louis AUGEREAU.
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Retraité de l’informatique depuis 1988, Michel Vaissier, 88 ans, a déjà écrit cinq autres livres : Henri Bouriché, sculpteur angevin ; Anjou, terre secrète du Graal ? ; Une urne de Cana en Anjou ; Un explorateur en Asie Centrale ; L’épopée des grands dirigeables et du Dixmude.