|
Angers. Match perdu volontairement : l’entraîneur-joueur des Loups attaque son club aux prud’hommes... |
1
Thomas Salat, à gauche, ici en démonstration devant des jeunes avec David Pilard, serait « très affecté » par son licenciement, selon son avocat, Me Bertrand Salquain. © Archives Ouest-France
Le club ne voulait pas gagner la dernière rencontre de poule de Ligue des champions pour des raisons financières. Il a été exclu des compétitions européennes. Et le salarié a été licencié.
Les Loups ont-ils mordu un bouc émissaire ? Le club de tennis de table d’Angers s’enfonce dans une drôle de polémique. L’histoire remonte au mardi 10 décembre 2019. Ce jour-là , les pongistes angevins se déplacent à Irun, de l’autre côté de la frontière espagnole, dans le Pays Basque, pour une rencontre décisive de Ligue des champions. Pour ce dernier match de poule, les Français peuvent continuer en quarts de finale, en cas de victoire, ou descendre, s’ils perdent, dans la moins prestigieuse European table tennis union (ETTU) cup, la Ligue Europa du ping-pong.
Choix « sportif et financier »
Le club aligne ses deux entraîneurs : David Pilard, 43 ans, 1153e français, qui n’a pas touché une raquette en compétition depuis trois ans, et Thomas Salat, 31 ans, 207e français, éloigné des tables depuis un an. Un choix « sportif et financier » assumé à l’époque par le président, qui sait que la poursuite de la compétition en Ligue des champions va coûter 15 000 €. « La Fédération européenne nous oblige à payer les coûts de production télévisuelle », détaille Gérard Sarazin.
Consignes plus explicites
« Il est hors de question de dire aux joueurs de perdre », prévient alors le président. Mais après le match, les joueurs racontent comment ils auraient suivi des consignes, beaucoup plus explicites, de leurs entraîneurs. En particulier Thomas Salat, qui revient sur un temps mort où il mène au score… avant de perdre.
« Manquement à l’éthique sportive »
Mauvaise interprétation ou franchise malvenue ? Quatre jours plus tard, le président se désolidarise de ses joueurs dans un communiqué. « Le club des Loups d’Angers tennis de table est profondément affecté par [ces] déclarations. » Le 30 décembre, le club est exclu de la compétition européenne pour « manquement à l’éthique sportive ». Mis à pied le 18 décembre, Thomas Salat est licencié le 7 janvier. « Il sert de fusible », peste son avocat, Me Bertrand Salquain, qui vient de saisir le conseil des prud’hommes pour contester cette rupture du contrat de travail. « Tout le monde sait qu’il est allé là -bas pour perdre. Mon client ne voulait pas jouer. »
Silence du président
L’avocat et son client réclament 50 000 € de préjudice. De son côté, le président Gérard Sarazin se mure dans le silence. « Je n’ai aucun commentaire à faire », se contente-t-il de répondre.