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« Une crue, ça dure un mois » : la Maine monte, inondé, le Village de Reculée fait figure de poste avancé à Angers... |
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Angers, promenade de Reculée, 18 février 2026. Stéphane Mocher a mis son embarcation à l’abri sur sa terrasse, prêt à intervenir pour dépanner ses voisins. En période de crue, les habitants du Village de Reculée savent encore se serrer les coudes. © CO - Josselin Clair
La promenade de Reculée, qui borde le hameau pittoresque et millénaire du même nom à Angers, a disparu sous les eaux de la Maine en crue. Mais ses habitants ne sont pas d’une nature à se faire du mouron.
Deux canards se sont réfugiés mercredi matin sur la terrasse de Stéphane Mocher. Il faut dire que la Maine flirtait avec les 6 mètres et n’était plus très loin de passer par-dessus le muret de cet habitant du Village de Reculée. Une figure locale qui a grandi ici et ne se verrait pas vivre ailleurs.
Cet ancien hameau de pêcheurs, de pouilleux à la base
, corrige-t-il, est devenu un quartier prisé d’Angers, sur la rive droite, même s’il est aux premières loges et le plus exposé quand la rivière sort de son lit et s’infiltre dans les ruelles de ce front bâti, sur environ 800 mètres.
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Les maisons de la promenade de Reculée sont toutes accessibles depuis la rue Haute-de-Reculée. Sauf celle proche du Cercle de voile angevin (CVA). Les agents municipaux ont installé mercredi matin des batardeaux à l’attention de ses occupants. CO - Anthony PASCO
« On est habitué à ça »
Les trois quarts des habitations ont été construites après la crue de 1910. C’est la cote qui correspond au niveau du jardin
, montre ce jeune retraité, pas inquiet pour un sou. La marge est en effet d’un mètre par rapport au record historique de 1995 qui avait marqué les esprits.
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La rivière a envahi la promenade de Reculée. La crue reste toutefois inférieure à celles de 1995 (7,02 m) et même de 2000 (6,24 m). CO - Anthony PASCO
L’eau est entrée dans la cave mais on est habitué à ça. On y a mis la laverie et l’atelier. On habite au-dessus, comme la plupart des gens
, rapporte Stéphane Mocher qui reconnaît toutefois scruter les dernières prévisions : Depuis trois jours, la Mayenne et la Sarthe ne montent plus. Mais c’est la Loire qui fait ch… : elle retient énormément d’eau. Sans compter les Basses Vallées Angevines, un énorme réceptacle en amont s’il continue de pleuvoir. Je pense que la Maine va s’arrêter à 6,15 mètres. Si c’est ça, on s’en fout
.
Depuis le bow-window de leur maison, Véronique et Jean-Yves Manac’h profitent du même spectacle sans se lasser. Le président de l’association de quartier et son épouse ont la Maine presque à portée de main.
La rivière a effacé du paysage la promenade de Reculée, réaménagée l’an passé par la Ville. Elle culmine déjà à 2,50 mètres au-dessus de la chaussée mais à distance respectable, encore, de leur pièce de vie recouverte de tommettes.
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La Maine s’étend jusque devant les jardins des habitants du Village de Reculée. CO - Anthony PASCO
Le couple sirote son café avec la même sérénité : La Maine, on la connaît par cœur. Quand elle monte, c’est tranquillement, sans accélération. Elle s’écoule à l’horizontale
, explique Jean-Yves Manac’h qui s’est contenté de sortir sa voiture du garage et de faire le tri dans son bazar
.
La mise en route des nettoyeurs haute pression, qui marquera le retour à la normale, n’est pas pour demain, concède-t-il : Les anciens nous le disaient : une crue, ça dure un mois
.