|
« Il restera des traces » : un documentaire, présenté à Angers, raconte les violences au Bon Pasteur... |
2
Le documentaire « Mauvaises filles » d’Émérance Dubas filme des anciennes pensionnaires du Bon Pasteur. Ici, Michèle (en bleu à droite) raconte à ses petites-filles et sa fille les maltraitances subies. © Arizona Distribution
Le film Mauvaises filles d’Émérance Dubas a été présenté à l’Estival de Premiers plans, à Angers (Maine-et-Loire), vendredi 26 août. Il retrace l’enfance douloureuse de cinq femmes envoyées en pensionnat auprès de la congrégation du Bon Pasteur.
« Toute seule entre quatre murs. » La caméra s’arrête sur des parois gravées, au Bon Pasteur de Bourges (Cher), témoins du calvaire vécu par des pensionnaires de la congrégation religieuse, au siècle dernier. Le documentaire Mauvaises filles, d’Émérance Dubas, était présenté au festival Estival de Premiers, au 400 Coups, à Angers (Maine-et-Loire), vendredi 26 août.
Puissance de la caméra
Un film politique et mémoriel qui recueille le témoignage de cinq femmes, dont Marie-Christine et Éveline que nous avions rencontrées. Le spectateur découvre aussi Michèle, placée par sa mère parce qu’« on ne pouvait rien tirer d’elle ». Et Fabienne, envoyée par l’aide sociale.

Émérance Dubas est venue présenter son documentaire, au cinéma Les 400 Coups d’Angers (Maine-et-Loire), à l’occasion du festival Estival de Premiers Plans, vendredi 26 août. Ouest-France
La puissance de la caméra, serrée sur le visage d’Éveline, révèle les atrocités qu’elle a subies avant d’être envoyée au Bon Pasteur. Les viols répétés de son voisin, alors qu’elle n’avait que 11 ans. « C’est la première fois que je le raconte comme ça », s’émeut Éveline, immense sur l’écran. « Tout s’est rejoué au moment du tournage », commentera ensuite Émérance Dubas.
« L’intime est politique »
Des visages, et des lieux. Filmés lentement, les souvenirs d’Édith en voix off. « Il fallait incarner le récit, détaille la réalisatrice. Lorsque j’ai filmé le Bon Pasteur de Bourges, le lieu était illisible pour moi. C’est Édith qui ensuite a reconnu les pièces, et m’a décrit le chemin depuis la porte d’entrée jusqu’à son lit. »
Ce récit de leur quotidien rappelle combien « l’intime est politique », insiste Émérance Dubas. Contrôle des corps par l’humiliation et l’enfermement. Interdiction de lien entre les filles par l’obligation du silence et du vouvoiement. « Ce film raconte en creux la place des femmes dans la société. »
Le public, bouleversé, remercie la réalisatrice et ces femmes qui ont témoigné. Éveline et Marie-Christine sont là , les yeux rougis. « Je ne connaissais pas cette histoire, et il faut que ça se sache », lance une spectatrice. Comme en écho à la phrase d’Édith qui clôture le film : « Je suis contente que vous soyez passé, comme ça, il restera des traces. »
Mauvaises Filles d’Émérance Dubas, sortie nationale le 23 novembre.