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« En prison, je me suis mis à écrire »... |
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Les détenus ont également écrit des textes à partir de photographies.
Jean*, 30 ans, est incarcéré à la maison d'arrêt d'Angers depuis quelques mois. Il s'évade grâce aux ateliers d'écriture.
« Quand tu rentres ici, tu n'as plus le droit d'être introverti, timide ou sensible. Tu oublies ta fierté. Sinon, c'est un aveu de faiblesse. Moi, si je tiens, c'est grâce à ma famille, ma femme et mon fils. » Incarcéré à la maison d'arrêt d'Angers, c'est aussi grâce aux ateliers d'écriture que Jean tient le coup. Il y participe depuis le mois de mars dernier.
« On vit à deux, voire à trois, par cellule. Les toilettes sont au milieu de la pièce. Un muret qui nous arrive aux genoux et un tout petit rideau qui est censé nous cacher : bonjour l'intimité ! Mon codétenu vient de partir ce matin. Je vais pouvoir faire mes besoins tranquille. » Jean retrouve de l'intimité dans la lecture et l'écriture. « Enfermés, on a le temps de se concentrer sur nous-mêmes. »
« Envie d'écrire sur le présent »
« Ce qui me manque le plus ? La liberté ! Et plus matériellement, de quoi cuisiner. Parce que la gamelle qu'on nous sert n'est pas très appétissante », raconte-t-il. « On mange trop tôt. Le midi, à 11 h 30. Le soir ¯ si on peut dire le soir ¯ à 17 h 30. On vit de façon décalée. A 17 h 45, la vaisselle est faite, les soirées, souvent longues, débutent. »
Pour s'évader, penser à autre chose, Jean écrit. Souvent le soir dans sa cellule. Des textes ou de la poésie. Sur son expérience en prison, sur l'enfermement, l'absence de liberté et sur son passé. « Ou alors j'essaye de cuisiner. Mais avec pour matériel un seul petit réchaud, c'est compliqué. »
« Et puis, tout est payant : 1,15 € la merguez, c'est trop ! On achète aussi notre gel douche, l'accès à la télévision si on veut, les magazines, etc. Je travaille au sein de la prison. Il faut au moins 50 € par semaine pour vivre ici. Pour ceux qui ne travaillent pas et qui n'ont pas d'argent envoyé par leur famille, tout devient plus compliqué. »
Alors il reste les livres. Le but des ateliers, qui viennent de s'achever, était d'écrire sur ses récits d'enfance. « Mais je sentais qu'ils avaient surtout envie d'écrire sur le présent, sur ce qu'ils vivent en prison », note Catherine Malard, auteure qui a participé aux séances d'écriture. « On essaye de montrer aux détenus qu'il y a différents styles d'écriture », commente Evelyne Roger, directrice de l'association de soutien et de développement de l'action socioculturelle et sportive de la maison d'arrêt d'Angers.
L'écriture permet à Jean de parler de sa famille, de son passé, des sujets qui le touchent particulièrement. « Avant, je n'écrivais pas, je ne lisais pas. Maintenant, grâce aux ateliers d'écriture, je me remets en question. J'ai même commencé à suivre une psychothérapie en prison. Chose qui me paraissait totalement impensable avant d'entrer ici. »
Claire BAUDIFFIER.
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* Prénom d'emprunt
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