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Triple meurtre à Angers. Récit de trois ans de polémique, autour de l’esplanade Cœur-de-Maine... |
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Malgré un temps radieux, dimanche 18 septembre 2022, personne ne s’est aventuré sur l’esplanade Cœur-de-Maine, à Angers (Maine-et-Loire), ceinturé par un haut grillage métallique. © Ouest-France
En introduction d’un dossier en trois volets de la rédaction d’Angers (Maine-et-Loire), paru lundi 19 septembre, retour sur la chronologie de l’esplanade. De son ouverture en juin 2019 au triple meurtre de juillet 2022, Cœur-de-Maine n’a jamais vraiment été définie.
Depuis son ouverture en juin 2019, l’esplanade Cœur-de-Maine, à Angers (Maine-et-Loire), peine à trouver une identité. À plusieurs reprises, elle a été fermée par arrêté municipal, en raison de nombreux problèmes de sécurité : consommation d’alcool excessive, dégradation, rixes… Jusqu’au drame de cet été, où trois jeunes ont été tués à l’arme blanche.
À travers un dossier en trois volets, dès lundi 19 septembre 2022 dans notre édition, la rédaction de Ouest-France Angers analyse d’abord les échecs de cet aménagement urbain, en donnant la parole à un géographe. Elle se penche ensuite sur l’hyperalcoolisation, autour de ce « bar à ciel ouvert », en allant voir ce qui se cache parfois derrière certains débits de boissons, installés à proximité. Enfin, parole à celles et ceux qui côtoient ce lieu de vie nocturne.

L’accès à l’esplanade est réglementé, depuis le triple meurtre de juillet 2022. Ouest-France
Pour comprendre les enjeux de l’esplanade Cœur-de-Maine, retour trois ans plus tôt. L’étendue émeraude trouve son public dès son inauguration, en juin 2019.
Guinguette et bains publics
L’été est marqué par des animations, des cours de danse, et une guinguette éphémère. Le festival des Accroche-cœurs marque aussi les esprits avec l’installation de bains publics, par la compagnie 3615 Dakota, sur cette esplanade. Notre journaliste en avait narré l’épopée.
Mais déjà, le manque d’ombrage sur cet immense espace est pointé. « Il y a forcément des choses à améliorer, cela en fait partie », reconnaît à l’époque l’ancien maire Christophe Béchu, aujourd’hui ministre de la Transition écologique, et remplacé à la mairie par son premier adjoint, Jean-Marc Verchère.
L’avenir de la guinguette est aussi en sursis puisqu’elle occupe la place des futures halles gourmandes, prévue pour début 2023. Les discussions devaient tranquillement reprendre pour programmer l’été 2020, jusqu’à… l’arrivée du Covid-19.
Déconfinement : les premiers débordements
La pandémie bouleverse les plans de la Ville. Plus encore, les déconfinements attirent une foule d’habitants, las des restrictions, sur l’esplanade. Au point d’en faire l’épicentre des soirées angevines, et de ses débordements.
Alcool, dégradation du système d’arrosage, bagarre générale… En réaction, la mairie durcit l’arrêté interdisant la consommation d’alcool sur l’esplanade, en mai 2020. Insuffisant ? Elle ferme carrément l’esplanade le mois suivant, pour quatre semaines. Ce qui n’empêche pas la fête de se déplacer, quelques mètres plus loin, quai Ligny.
Mais les Angevins retrouvent les mêmes barrières autour de Cœur-de-Maine, quelques semaines plus tard : en avril et mai 2021, deux mois de fermeture. « Ils ne veulent plus nous voir », nous racontent alors des jeunes, désabusés.
Trois jours seulement après sa réouverture, une rixe éclate. Les forces de l’ordre sont accueillies par des jets de projectiles et répondent par des grenades lacrymogènes. Quatre personnes sont condamnées par la justice.
Éternels défauts
L’été suivant, la foule regagne l’esplanade. Et pointe les mêmes défauts. Manque d’ombrage, absence de mobilier urbain, pas de guinguette en vue, et peu d’animation, dans le contexte de crise sanitaire.
Éternelle question, posée à nos lecteurs en mai 2022 : « Avez-vous des idées pour améliorer l’esplanade Cœur-de-Maine à Angers ? » Et toujours les mêmes envies. Guiguette éphémère ou foodtrucks avec des transats, ombrage, jeux, et, pourquoi pas, un miroir d’eau ?
En réponse, Hélène Cruypenninck, adjointe à la mairie en charge de l’environnement et de la nature, rappelle la spécificité de l’esplanade. « C’est un espace construit au-dessus des voies sur berge avec peu de profondeur de sols donc, techniquement, on ne peut pas planter d’arbres. »
Patience, donc. « Attendons la livraison du tram et l’ouverture des halles, qui changeront la dynamique de l’esplanade, pour voir ensuite s’il y a lieu de modifier son aménagement. »
Triple meurtre : la question sécuritaire devient centrale
Mais de nouveau, un événement vient bouleverser l’avenir de Cœur-de-Maine. Dans la nuit du 15 au 16 juillet 2022, trois jeunes sont tués à l’arme blanche. Ils s’appelaient Ismaël (16 ans), Manuolito (18 ans) et Atama (20 ans).
Une partie de l’esplanade est recouverte de pancartes, de photos et de mots, inscrits à la craie sur le sol bétonné. Cœur-de-Maine est ceinturée de barrières métalliques et ouverte uniquement pour les deux marches blanches, organisées le week-end suivant.
La question sécuritaire devient alors centrale. La Ville ne voit plus d’autre solution que de clôturer définitivement l’esplanade. « On installera des barrières, comme pour un square », détaille Jeanne Behre-Robinson, adjointe au maire chargée de la sécurité, en juillet dernier. Avec des horaires d’ouverture.
Question originelle sans réponse
En attendant des aménagements pérennes, prévus pour « le printemps prochain », les hautes barrières de chantier grises font partie du paysage. Rares sont les Angevins qui s’y aventurent, lors de la réouverture de l’esplanade, le 1er août.
Trois ans après son inauguration, la question originelle reste donc suspendue : que faire de cette esplanade ?
Dossier en trois volets, à retrouver dès lundi 19 septembre 2022, dans les pages Angers de votre journal Ouest-France, et sur notre site.