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REPORTAGE. Ces biologistes ont descendu la Loire en canoë pour défendre le fleuve et sa biodiversité... |
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Biologistes, Barbara Réthoré et Julien Chapuis ont descendu la Loire en canoë pour dresser un état des lieux de sa biodiversité et de sa pollution. © Jean-Félix Fayolle
Barbara Réthoré et Julien Chapuis nous ont donné rendez-vous à Chalonnes-sur-Loire. Dans cette ville de confluence, le visiteur peut suivre les chemins de l’eau, de la rivière au fleuve. Là se dévoilent une riche faune et flore locales.
Le mieux est encore d’arriver en train à Chalonnes, depuis Angers par exemple, direction Cholet. C’est certainement la meilleure manière « d’approcher les paysages ligériens qui défilent à la fenêtre », confient Barbara Réthoré et Julien Chapuis, biologistes et médiateurs scientifiques. Ils attendent sur le quai, prêts à nous guider.
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Elle a grandi dans les Mauges, tout près d’ici. Lui a quitté Nantes pour s’installer dans cette ville de 6 500 habitants, il y a dix ans, au retour de travaux de recherche sur la biodiversité qui les ont menés à Madagascar ou en Amérique centrale. Depuis trois ans, c’est au fleuve de leur enfance qu’ils s’intéressent, à travers un projet hybride mêlant arts et sciences, baptisé « Loire Sentinelle ».
De la pollution partout dans le fleuve
En 2022, la descente intégrale du fleuve, de ses sources, au mont Gerbier-de-Jonc (Ardèche), à l’estuaire, leur a permis de cartographier les vivants de Loire et la pollution du fleuve en microplastiques. Depuis, les scientifiques font remonter les premiers résultats et ils sont inquiétants : le fleuve est pollué tout du long, dès les sources.
L’état de santé connu, Barbara Réthoré et Julien Chapuis, de pair avec un collectif d’artistes, d’auteurs, continuent de mobiliser, de fédérer pour comprendre la Loire et la défendre, au mieux. Du 1er au 23 septembre 2025, ils suivront la Loire, de Saint-Nazaire à Orléans, dans le cadre de la Grande Remontée organisée par l’association La Rabouilleuse et la Mission Val de Loire.
En attendant, c’est à Chalonnes-sur-Loire qu’on les retrouve. D’abord, face au Layon, rivière longue de 90 km qui prend sa source à l’autre bout du département. Tiens, dans nos jumelles, un grèbe huppé !
« Ça ne se ressemble jamais d’un jour à l’autre »
On longe la rivière vers sa confluence direction le centre-ville. « C’est une zone humide. Une zone d’expansion des crues, où le niveau d’eau varie très facilement. Ça ne se ressemble jamais d’un jour à l’autre », explique Barbara Réthoré. On tend l’oreille : pinson des arbres, mésanges bleue et charbonnière, pic-vert.
Sous nos yeux, une ligne d’arbres centrale marque le lit mineur du Layon. L’été, on marche le long de cette rivière. En face, une « mini-forêt » de saules blancs. « Depuis 2015 et l’enlèvement du seuil à sa confluence, le Layon a retrouvé directement la Loire. En libérant l’eau, les saules, qui attendaient de germer, sont apparus. C’est aussi là qu’on trouve désormais les castors et tout un cortège d’autres espèces », détaille Barbara Réthoré.
Dans la forêt de saules, les traces des rongeurs, qui voisinent les trente kilos adultes, sont bien visibles. Les branches dépourvues de leurs écorces, les coupes de troncs « toutes fraîches » en sablier (avant que la branche ne tombe) et en crayon (lorsque la branche est tombée).

Longtemps chassé pour sa fourrure, le castor d’Europe est protégé en France depuis 1968. Thierry Creux / Ouest-France
« Il n’y a jamais plus d’une famille de castors quelque part, jamais de chevauchement de territoire », éclaire Julien Chapuis. Contrairement aux ragondins. S’ils sont de la même famille, ces derniers ont été introduits d’Amérique du Sud pour leur fourrure (eux aussi) et longtemps piégés, chassés.
Le regard porté sur ces espèces, accusées d’être destructrices de berges, évolue doucement. Quasiment disparus des cours d’eau français dans les années 1970, les castors d’Europe ont aujourd’hui réinvesti la quasi-totalité du bassin-versant de la Loire. « Ce sont des alliés majeurs pour regagner tant en qualité qu’en quantité d’eau dans les années à venir », insiste la biologiste. Avant de partir, on tend une dernière fois l’oreille : un pic épeiche. Pas encore entendu celui-ci !

Le nouveau numéro du magazine « À l'Ouest » (juillet et août 2025) consacre un dossier aux bords de Loire. À l'Ouest
Cet article est issu du magazine À l’Ouest n° 18 (juillet - août 2025), disponible en kiosque, en version numérique et sur le site des Éditions Ouest-France.