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REPORTAGE. Après le gel du printemps, une cueillette de pommes peu abondante... |
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Jean-Jacques Pécot, arboriculteur à Saint-Mélaine-sur-Aubance (Maine-et-Loire), a démarré la cueillette des pommes gala ce lundi. © Émile Kemmel, Ouest-France
Ce n’est pas la catastrophe redoutée. Mais la vague de froid printanière marque de son empreinte la cueillette, peu abondante pour la deuxième année consécutive. Reportage à Saint-Melaine-sur-Aubance, en Anjou.
« Je voudrais être plus vieux de trois mois. En avoir terminé avec la cueillette pour savoir précisément les quantités récoltées, ce qui part sur le marché du frais, ce qui part sur le marché de la transformation pour faire des jus et de la compote. » Producteur de pommes et de poires à Sainte-Melaine-sur-Aubance, près d’Angers (Maine-et-Loire), Jean-Jacques Pécot rumine une foule de questions sous sa casquette en parcourant ses 24 hectares de vergers.
Des points d’interrogation angoissants
Certaines de ces questions reviennent chaque année. « Je démarre, je ne démarre pas ? » En prélevant des fruits, en analysant leur fermeté, leur teneur en amidon et en sucres, il détermine le top départ de la récolte, démarrée cette année le 31 août.
D’autres questions le tourmentent d’autant plus qu’elles sont inédites dans sa carrière. Ce sont les points d’interrogation angoissants laissés dans son sillage par le gel historique du printemps. Quelles sont les pertes de production ? Quelles conséquences sur la qualité ? Alors que les saisonniers s’avancent dans les rangs de gala, l’arboriculteur confirme ses estimations pessimistes du printemps.

À cause du gel, les pommes sont beaucoup plus dispersées que d’habitude dans les rangs de pommiers. Émile Kemmel, Ouest-France
« Il manque énormément de fruits pour avoir une récolte normale », jauge-t-il en observant la fructification hétérogène de ses arbres. La pink lady, dont la floraison précoce a coïncidé avec la vague de froid, a été particulièrement touchée, subissant des pertes de 50 % par rapport à une année normale. Des 70 à 80 tonnes de pommes par hectare habituellement récoltées pour cette variété prisée des consommateurs, il ne subsistera que 35 à 40 tonnes. « Il manque au moins 200 tonnes sur une production habituelle de 800 tonnes. Les calibres sont aussi plus petits, donc moins rémunérateurs », résume Jean-Jacques.
Des « trous » dans la production
Le gel a durement frappé les 2,5 hectares de poires bio angys, doyenné du comice et conférence, malgré la protection anti-gel par aspersion. « On a gorgé notre sol d’eau, ce qui a amplifié le stress du froid. Les arbres sont presque vides. À peine 2 à 3 tonnes par hectare, contre 35 tonnes sur une année normale. On a aussi des fruits déformés. Tout est vendable, mais il y aura du tri et des fruits partiront pour la transformation », déplore l’arboriculteur angevin.

Chez Jean-Jacques Pécot, à Saint-Melaine-sur-Aubance, en Anjou, le gel a presque anéanti la récolte de poires. Ouest-France
Ces « trous » dans la production compliquent la planification du travail des vingt saisonniers. « Habituellement, de fin août à fin novembre, la récolte est fluide, on garde un effectif identique. Là , on sera obligé d’arrêter du personnel à certaines périodes pour le reprendre par la suite », anticipe-t-il.

Jean-Jacques Pécot embauche chaque année une vingtaine de travailleurs saisonniers pour récolter ses 24 ha de pommes et de poires. Émile Kemmel, Ouest-France
Autre casse-tête : la trésorerie. « Des difficultés financières vont apparaître en février, quand il va falloir relancer la machine. Il faudra faire des choix, comme l’arrachage anticipé des vergers les moins rentables et le non-renouvellement du matériel. »
30 000 € de bougies commandées
Enfin, Jean-Jacques doit relever le défi de la protection de son verger, jusque-là épargné par le gel. Quelle stratégie adopter ? S’équiper de tours à vent ? Les nuisances sonores, le coût (50 000 € pièce), les délais de livraison (un an et demi !) l’ont dissuadé de recourir à cette technique. L’aspersion ? Elle a sauvé la récolte de pommes sur les 4 hectares équipés. Mais les Vergers de Haute Perche sont limités dans leur capacité de stockage de l’eau.

La récolte des Vergers de Haute Perche pourrait être amputée de plus de 200 tonnes sur 22 hectares de pommiers. Émile Kemmel, Ouest-France
L’assurance ? Elle est envisagée pour garantir un niveau minimum de rendement. Les bougies ? C’est la solution choisie, à court terme. « Ma décision est d’acheter, en commande groupée avec la coopérative, pour 30 000 € de bougies afin de couvrir les 5 ou 6 hectares les plus exposés pendant cinq à six nuits. Puis de consolider ce stock, année après année. » La cuirasse reste fragile. « Le dérèglement climatique ne va pas nous simplifier la vie ! »