Accueil Info Info en continu RÉCIT. « Un tourbillon d’émotions » : ces jours d’inondations majeures en Maine-et-Loire qui ont marqué les esprits

RÉCIT. « Un tourbillon d’émotions » : ces jours d’inondations majeures en Maine-et-Loire qui ont marqué les esprits

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photo  cheffes-sur-sarthe, le 17 février 2026. le millier d’habitants de la commune a été contraint par le préfet de maine-et-loire à évacuer les habitations.  ©  josselin clair 5

Cheffes-sur-Sarthe, le 17 février 2026. Le millier d’habitants de la commune a été contraint par le préfet de Maine-et-Loire à évacuer les habitations. © Josselin Clair

Le Maine-et-Loire a subi des inondations majeures en février. Le département n’avait pas connu un épisode de crue aussi intense depuis 1995. Bilan : une personne disparue, des villages évacués et des millions de dégâts. Retour sur ces jours qui ont marqué les esprits.

Que la Loire sorte de son lit l’hiver pour aller se prélasser au-delà de ses rives habituelles, c’est un fait presque acquis, une ravissante évidence qui réjouit ordinairement promeneurs et photographes. Mais ce mardi 10 février, le communiqué de Météo France annonce déjà bien plus qu’un simple débordement. Depuis des semaines, les rivières sont gonflées par les pluies incessantes et l’arrivée de la tempête Nils fait craindre une crue exceptionnelle.

Du jaune à l’orange, l’alerte des prévisionnistes se confirme rapidement. Le 11, la ville de Saumur interdit le stationnement sur les quais de Loire alors que le Thouet inonde déjà les terrains de football situés à proximité de la rivière. Dans les basses vallées angevines, la route de Briollay redevient sous-marine et celle de Juigné-sur-Loire, au sud d’Angers, est coupée à la circulation.

À Béhuard, les îliens habitués aux caprices du fleuve, mettent hors d’eau ce qui doit l’être et préparent les barques. Quand on peut se déplacer en bottes ou en cuissardes, ce n’est pas une vraie crue, s’amuse le maire, Bruno Richou en ramassant à la hâte les dernières courges de son potager.

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photo angers, le 23 février 2026. sous l’effet de la crue de maine, les voies des berges et le bas de la ville d’angers sont inondés. du jamais vu depuis 1995.  ©  josselin clair

Angers, le 23 février 2026. Sous l’effet de la crue de Maine, les voies des berges et le bas de la ville d’Angers sont inondés. Du jamais vu depuis 1995. Josselin Clair

Le 14, le climat vire à l’inquiétude lorsqu’une portion de la levée s’effondre sous la pression de l’eau entre Les Ponts-de-Cé, Mûrs-Erigné et Saint-Jean-de-la-Croix. Le préfet conseille aux 400 riverains de quitter leurs maisons. Ils n’en feront rien. À Saint-Hilaire-Saint-Florent, le musée troglodyte Pierre et Lumières est inondée par l’eau qui remonte d’une nappe phréatique.

À Angers, les habitants des nouveaux immeubles qui bordent la Maine voient leurs sous-sols envahis par les eaux et leurs ascenseurs rendus inopérants tandis que les arches du vieux pont de Verdun menacent d’être englouties. La circulation automobile y est interdite et le tramway qui franchit la rivière juste à côté est lui aussi contraint de suspendre son trafic.

Pour contrer la pression provoquée par l’impétueuse rivière sur les parois des tunnels, le conseil départemental décide de laisser l’eau noyer les voies des berges. Une opération qui n’avait pas été menée depuis la grande crue de 1995. La situation devient telle que les médias nationaux, délaissant le Lot-et-Garonne et la Gironde, affluent dans le département, focalisant sur le tourisme de crue qui préoccupe les autorités.

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photo les ponts-de-cé, le 23 février 2026. coincés entre la crue de la loire et celle du louet, les habitants de ce hameau étaient cernés par les eaux.  ©  josselin clair

Les Ponts-de-Cé, le 23 février 2026. Coincés entre la crue de la Loire et celle du Louet, les habitants de ce hameau étaient cernés par les eaux. Josselin Clair

Dans les magasins de bricolage, les parpaings, sacs de sable et autres pompes de relevage se vendent à la pelle. Depuis la semaine dernière, on tourne environ à 20 pompes qui partent chaque jour avec des clients qui ont besoin de vider leur cave ou une pièce inondée, ça n’arrête pas dans le rayon, confirme un vendeur du Saumurois le 17 février.

Ce même jour, c’est un kayakiste imprudent qui est sauvé de la noyade par des habitants de Rochefort-sur-Loire qui ont entendu ses cris de détresse. À Chalonnes-sur-Loire, dans la soirée, un homme de 53 ans, qui traversait le fleuve tourbillonnant avec deux amis, n’a pas la même chance. L’embarcation chavire, ses passagers parviennent à s’accrocher à des branches, mais pas lui. Son corps emporté par les flots n’a toujours pas été retrouvé.

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Béhuard, le 23 février 2026. Le village de Béhuard, habitué à être submergé par la Loire, s’est retrouvé entièrement sous l’eau. Josselin Clair

Le 18, la situation empire sous l’effet de la tempête Pedro, qui traverse la France d’ouest en est, alors que le Maine-et-Loire a déjà basculé en alerte rouge depuis deux jours. Les accès au centre hospitalier d’Angers situés au bord de la Maine sont fermés dans la soirée. Au sud ouest, c’est la liaison des trains qui longent la Loire entre Angers et Nantes qui est largement perturbée. Plus de quarante routes sont coupées à la circulation.

« On a surélevé tout ce qu’on a pu, mais là c’est la fin »

Au nord du département, Cheffes-sur-Sarthe est sous les eaux et l’évacuation des habitants n’est plus une option mais une nécessité estime le nouveau préfet de Maine-et-Loire, François Pesneau. On a surélevé tout ce qu’on a pu, mais là, c’est la fin. On n’a pas le choix. On laisse notre maison, c’est difficile. Il y a un tourbillon d’émotions. On vit cette situation anxiogène depuis huit jours. On passe du rire aux larmes, confie une habitante.

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photo angers le 19 février 2026. dans le bas de la ville, parpaings et bastaings étaient nécessaires pour circuler les pieds au sec.  ©  laurent combet

Angers le 19 février 2026. Dans le bas de la ville, parpaings et bastaings étaient nécessaires pour circuler les pieds au sec. LAURENT COMBET

Sur l’île de Chalonnes-sur-Loire, malgré les injonctions à partir du représentant de l’État, une petite partie des 350 habitants décide de rester. Les trois fermes de l’île sont situées sur un promontoire qui préserve les hommes et les animaux et le pic de la crue est enfin en vue. Il intervient le dimanche 22 en soirée. Le lendemain, les niveaux commencent enfin à baisser, dévoilant peu à peu les dégâts. Les quatre ministres venus à Angers pendant la crise ont assuré que l’état de catastrophe naturelle permettrait des indemnisations rapides mais il est encore trop tôt pour mesurer l’ampleur des préjudices subis par les habitants du Maine-et-Loire.

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Selon la géographe Magali Reghezza-Zitt, le changement climatique tend à doper les précipitations : il intensifie des phénomènes qui étaient auparavant très rares, voire presque impossibles. Et plus difficiles à prévoir à l’avenir : Ils ne seront pas forcément plus fréquents, mais probablement plus irréguliers et plus intenses.

 
Yves Tréca-Durand    Courrier de l'Ouest  

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