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Question du jour. Agriculture : faut-il interdire l’importation de denrées alimentaires déjà produites en France ?... |
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Dans les rayons, certains produits français sont en concurrence avec les marchés étrangers. © Illustration CO - Laurent COMBET
Dans une France agricole affaiblie, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a appelé ce lundi 8 décembre l’ensemble de la chaîne alimentaire « à agir » face à « la guerre agricole » qui « se prépare », en lançant des « conférences de la souveraineté alimentaire » destinées à définir une stratégie agricole nationale sur dix ans.
 La guerre agricole menace chaque jour un peu plus et il est temps d’agirÂ
, a martelé la ministre, estimant que l’actualité mondiale, avec la guerre en Ukraine, la politique douanière américaine ou les taxes chinoises, dissipe aujourd’hui  l’illusionÂ
d’une paix prospère durable, dans un discours appelant à un  grand réveil alimentaireÂ
depuis le marché de gros de Rungis.  Depuis 2014, le financement de la politique agricole et alimentaire chinoise par habitant a bondi de 40 % ; celle des États-Unis de 86 % ; celle de la Russie de 15 %. Et celle de l’Union européenne a reculé de 19 %. C’est une erreur historique à laquelle il faut faire barrageÂ
, a-t-elle développé, appelant à lutter en Europe  contre les tentations de la décroissance portées par quelques thuriféraires du décadentismeÂ
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Un retour « symbolique » à Rungis
Dans un discours martial, faisant écho à son appel au  réarmementÂ
alimentaire en févier dernier, la ministre a lancé officiellement une série de conférences, promises par la loi d’orientation agricole de mars 2025, qui se dérouleront sur plusieurs mois, par filières de production et au niveau régional, pour des conclusions en juin. Le lancement à Rungis, premier marché international de produits frais, du  grand réveil alimentaireÂ
, a été chaleureusement accueilli par des acteurs industriels, de la distribution ou les coopératives agricoles mais boudé par les syndicats agricoles - à l’exception des Jeunes agriculteurs (JA).
Le premier d’entre eux, la puissante Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), participe bien aux conférences - qui ont déjà démarré - mais a boycotté le rendez-vous de Rungis, vu comme  s’apparentant davantage à une opération de communicationÂ
qu’un acte politique majeur.  Cela fait 15, 20 ans qu’on dit qu’on va dans le mauvais sens. Ce qui nous intéresse maintenant, c’est ce qu’on va faire, […] comment on assure des revenus sur les exploitationsÂ
, a souligné auprès de l’AFP le secrétaire général de la FNSEA Hervé Lapie.
Le premier syndicat goûte assez peu ce retour  symboliqueÂ
à Rungis, où Emmanuel Macron avait en 2017 prôné une stratégie de  montée en gammeÂ
, depuis percutée par l’inflation et la concurrence accrue sur les marchés. Huit ans plus tard, l’ambiance est morose. Après deux hivers de colère dans les campagnes, le monde agricole reste au bord de l’explosion, entre crises sanitaires dans l’élevage et prix en berne.
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Des filières qui espèrent que des décisions soient prises
La colère gronde en France, où la mobilisation s’organise, portée par la Confédération paysanne et la Coordination rurale, contre la politique d’abattage systématique de bovins touchés par la dermatose. La FNSEA prépare, elle, une manifestation le 18 décembre à Bruxelles contre l’accord de libre-échange UE-Mercosur ou la taxe carbone aux frontières pour les engrais. La ministre s’est présentée comme protectrice de la France agricole, en premier lieu dans les négociations internationales.
Réitérant son opposition au Mercosur, elle a prévenu que si la Commission européenne ne le faisait pas, elle agirait :  J’interdirai moi-même les importations sur notre sol de produits contenant des substances interdites en Europe comme le droit européen me le permetÂ
, a-t-elle lancé. Elle a également plaidé pour la création d’un  fonds souverain agricoleÂ
et appelé les marchés publics à jouer leur rôle dans cette  reconquête alimentaireÂ
, notamment en consommant d’abord bio et durable français dans les cantines.
Plusieurs filières ont souligné que le temps n’était plus aux nouvelles consultations mais aux décisions, alors que des  plans de souverainetéÂ
ont déjà été lancés : pour les fruits et légumes en 2023, le blé dur et la viande en 2024. Qu’espérer donc de ces conférences ? L’idée est de construire à partir  de l’évolution de la demandeÂ
pour  élaborer un plan d’action de production et de transformation à dix ansÂ
en partant de  la demande du consommateur français, européen et mondialÂ
, explique le ministère.
Ludovic Spiers, ex-directeur général du géant coopératif agricole Agrial, a été nommé  coordinateur généralÂ
du chantier. Des groupes de travail sectoriels sont prévus (cultures, viandes blanches, viticulture…), réunissant les interprofessions, l’amont (l’agriculture) et l’aval (la transformation), l’établissement public FranceAgrimer, la recherche… mais pas les associations de consommateurs, ni de défense de l’environnement.