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Le fiasco d’Alinéa au cœur d’une polémique... |
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Comme ils l’ont fait à Rennes et ailleurs, des salariés de l’enseigne de meubles Alinéa manifestaient le 25 juillet à Beaucouzé, près d’Angers. © Archives Ouest-France
L’enseigne s’apprête à fermer 17 de ses 26 magasins représentants un millier de salariés. Qui considèrent que la famille Mulliez, seul repreneur sérieux, détourne les dispositifs légaux prévus pour le Covid-19.
La vitrine du magasin Alinéa, dans la zone commerciale de l’Atoll à Beaucouzé près d’Angers, s’est transformée en panneau de revendication. L’établissement est condamné depuis la cessation de paiements du 13 mai dernier. Et les 73 salariés résistent comme ils peuvent à l’échéance inéluctable. « Alinéa c’est notre deuxième famille, on s’est battus pour, on a explosé les chiffres en mai », lançait, lors d’une manifestation le 25 juillet, une déléguée angevine, les larmes aux yeux.
17 magasins et mille salariés menacés
L’enseigne d’ameublement va définitivement baisser le rideau dans la majorité des villes où elle est implantée. Au Mans, à Rennes et ailleurs. Dix-sept des vingt-six grandes surfaces pourraient disparaître, essentiellement dans la moitié nord de la France, selon l’unique offre de reprise. 1 000 des 1 974 collaborateurs sont menacés.
Primes insuffisantes, reclassements inadaptés
Les salariés espèrent encore pousser la famille Mulliez (Auchan, Décathlon, Leroy Merlin, Boulanger, Jules, Norauto, Kiabi, etc.), classée cette année par Challenges 6e fortune de France avec 26 milliards d’euros, à améliorer les primes de départ, 1 700 € pour l’instant. ?Ils ne comptent pas sur les 600 reclassements dans le groupe, jugés inadaptés. Le plan doit être détaillé ce mardi 18 août.
Crise conjoncturelle ou problème stratégique ?
Surtout, employés et direction s’écharpent sur l’origine du fiasco. Pour Alinéa, ?« les difficultés actuelles sont incontestablement dues à trois années successives marquées par des événements extérieurs et durables ». L’enseigne cite la crise des gilets jaunes, les grèves liées à la réforme des retraites et la pandémie du covid-19. Une lecture contredite par Me Nathalie Campagnolo, avocate des représentants du personnel. ?« Tous les experts s’accordent à dire qu’Alinéa a un problème stratégique. Les représentants du personnel n’ont eu de cesse de le dire. »
La vente des murs en 2017 interroge
Une analyse partagée par le cabinet Advance Capital, missionné par le tribunal de commerce de Marseille. ?« Nous observons des pertes d’exploitation structurelles sur une période de dix années avec une accentuation depuis le 1er janvier 2018, date du déploiement du plan de revitalisation », soulignent les experts. Qui interrogent, comme l’avocate, la cession en 2017 des murs des magasins à une autre filiale du groupe. ?« La scission entre le patrimoine immobilier et le fonds de commerce couplée avec les pertes structurelles écarte, à notre avis, la possibilité pour Alinéa de trouver des solutions de financement permanentes », observent-ils. « On était déjà en train de se projeter dans un plan de réorganisation », soupçonne Me Campagnolo.
Sauveur ou fossoyeur ?
Pas le seul grief. Pour se présenter à la reprise de sa société, Alexis Mulliez s’appuie sur l’article 7 de l’ordonnance du 20 mai, qui simplifie ce qui relevait de l’exception (lire ci-dessous). ?« Si les actionnaires actuels n’avaient pas fait d’offre de reprise, Alinéa serait en liquidation judiciaire, avec la fermeture définitive de tous les magasins, le licenciement de l’ensemble des collaborateurs et la disparition de la marque et de l’activité, puisqu’aucun autre repreneur ne s’est manifesté », défendent les communicants d’Alinéa. ?« Le covid-19, c’est l’effet d’aubaine, rétorque l’avocate du personnel. L’employeur fait financer par la collectivité un plan prévu depuis 2017. »
Audience à Marseille le 31 août
La marge de manœuvre semble étroite avant le comité social économique central du 28 août. L’audience devant le tribunal de commerce de Marseille est fixée au 31 août.