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La question du jour. L’audiovisuel public vous semble-t-il orienté politiquement ?... |
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La directrice de France Télévisions, Delphine Ernotte Cunci, sera convoquée en décembre prochain. © Archives AFP
Accusés de pencher à gauche, fragilisés économiquement, France Télévisions, Radio France et tout l’audiovisuel public font l’objet d’une commission d’enquête parlementaire qui a démarré mardi 25 novembre et examinera jusqu’en mars leur « neutralité », leur « fonctionnement » et leur « financement ». Dans le même temps, Reporters sans frontières (RSF) annonce « saisir » l’Arcom pour dénoncer une « triche » de la chaîne d’information de la galaxie Bolloré, CNews.
 C’est la première fois qu’il y a une commission d’enquête sur l’audiovisuel public à l’Assemblée nationaleÂ
, se félicite auprès de l’AFP son rapporteur, Charles Alloncle, député du groupe UDR d’Eric Ciotti. C’est ce groupe, allié du Rassemblement national (RN), qui a souhaité créer cette commission dans la foulée de l’affaire Thomas Legrand/Patrick Cohen. Ces deux journalistes du service public ont été accusés de connivence avec le Parti socialiste après la diffusion, début septembre, d’une vidéo les montrant au restaurant avec deux de ses responsables.
M. Alloncle dit vouloir mener  un travail de transparence au nom des FrançaisÂ
pour évaluer  l’utilisation de leurs impôtsÂ
par l’audiovisuel public et le respect de son  obligation de neutralitéÂ
, qui a selon lui connu  des entorsesÂ
.
Cela passe par un programme  extrêmement denseÂ
, avec  au minimum une cinquantaine d’auditionsÂ
jusqu’à début mars, pour une remise du rapport espérée quelques semaines plus tard.
De Hollande à Patrick Sébastien
Martin Ajdari, le président de l’Arcom, le régulateur du secteur, a ouvert le bal mardi. Les patronnes de France Télévisions et Radio France, Delphine Ernotte Cunci et Sibyle Veil, seront respectivement reçues les 10 et 17 décembre. Thomas Legrand et Patrick Cohen sont également au programme de ces auditions tous azimuts.
M. Alloncle souhaite aussi entendre la présentatrice du 20 h de France 2 Léa Salamé, dont le compagnon Raphaël Glucksmann est un candidat potentiel de la gauche pour la présidentielle de 2027,  peut-êtreÂ
les animateurs Julien Lepers et Patrick Sébastien, écartés de France Télévisions par Mme Ernotte Cunci, et même l’ancien président de la République François Hollande. En 2024, un ex-patron du CSA (ancêtre de l’Arcom), Olivier Schrameck, avait déclaré que M. Hollande lui avait déconseillé  deux nomsÂ
de potentiels candidats à la présidence de France Télévisions quand il était chef de l’État. Or, en théorie, l’Élysée n’intervient pas dans cette nomination.
À gauche, on redoute une  instrumentalisation politiqueÂ
.  C’est une commission d’enquête contre l’audiovisuel public et pas sur l’audiovisuel public !Â
, a tonné la députée écologiste Sophie Taillé-Polian, qui en sera l’un des quatre secrétaires, sur le site de la chaîne de télévision LCP. M. Alloncle s’en défend :  Je ne suis pas là pour être le porte-parole d’une crémerieÂ
, assure-t-il, en jugeant que la  sous-représentation chronique de certains partisÂ
sur des antennes de l’audiovisuel public concerne aussi bien le RN que La France insoumise (LFI).
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« Pas un tribunal »
La commission sera présidée par le député Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), qui dit à l’AFP vouloir  tout faire pour qu’elle ne soit pas dévoyéeÂ
.  Ce n’est pas le lieu de la politique spectacle ni un tribunal, il ne s’agit pas de faire le procès de l’audiovisuel publicÂ
, insiste-t-il.
Cette commission s’ouvre dans une période très tendue pour le service public, que la ministre Rachida Dati veut regrouper sous une holding commune. L’affaire Legrand-Cohen a été le catalyseur d’une guerre ouverte avec les médias privés dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, CNews, Europe 1 et le Journal du dimanche (JDD). Ces derniers ont vu dans cette affaire un signe de partialité du service public en faveur de la gauche.
France Télévisions et Radio France ont contre-attaqué en poursuivant ces médias en justice pour  dénigrementÂ
début novembre. Et mi-septembre, Mme Ernotte Cunci a qualifié CNews de  chaîne d’extrême droiteÂ
dans un entretien au Monde. L’an dernier, CNews avait été au cœur des débats d’une commission d’enquête sur la télévision numérique terrestre (TNT), voulue par LFI.
Outre les critiques sur sa neutralité, l’audiovisuel public s’inquiète pour ses finances car la dotation de l’État va baisser, en raison du contexte budgétaire difficile. Fin septembre, un rapport de la Cour des comptes a conclu que France Télévisions était dans une  situation financière critiqueÂ
.
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RSF accuse CNews de « tricher » sur le pluralisme politique et va saisir l’Arcom
La gauche la nuit, l’extrême droite le jour : l’organisation Reporters sans frontières (RSF) « va saisir » l’Arcom pour dénoncer une « triche » de la chaîne d’information de la galaxie Bolloré, CNews, pour contourner le respect de l’obligation de pluralisme dans les temps de parole, a-t-elle annoncé ce mercredi 26 novembre 2025.
Dans une enquête rendue publique mercredi, RSF assure avoir passé au crible les antennes des quatre chaînes françaises d’information en continu (BFMTV, CNews, franceinfo, LCI) du 1er au 31 mars 2025, à l’aide d’un outil automatique de capture d’écran qui a permis d’analyser 700 000 bandeaux.  CNews, loin de respecter le pluralisme à l’antenne comme elle s’en targue, tricheÂ
, affirme l’organisation de défense des droits de la presse, en indiquant à l’AFP qu’elle  va saisirÂ
l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel.
Selon RSF, la chaîne utilise un stratagème de  rattrapages nocturnesÂ
pour donner  l’illusion du pluralisme politiqueÂ
et  rendre une copie propre à l’ArcomÂ
, chargée de faire respecter l’obligation de pluralisme politique dans les temps de parole. Une  stratégie de contournementÂ
qui passe par des  tunnelsÂ
de conférences ou discours de responsables LFI ou PS.  La gauche arrive largement en tête pendant que les Français dorment et l’extrême droite occupe, et de loin, la première position aux heures de forte audienceÂ
, assure RSF.
L’ONG chiffre ce  grand écart vertigineuxÂ
 : aux heures de grande écoute, 7 h - 10 h et 18 h - 21 h, l’extrême droite (dans laquelle elle range le RN et Philippe de Villiers) cumule 40,6 % d’exposition contre 15,4 % pour la gauche (LFI, PS, PCF, EELV), tandis que la nuit (00 h-7 h), la gauche grimpe à 60,1 %, contre 1,6 % pour l’extrême droite. D’après RSF,  au cours du mois étudié, aucune autre chaîne n’a opéré une telle différence de traitementÂ
. Contactée par l’AFP, CNews, devenue la première chaîne d’information de France en part d’audience, n’a pas réagi.

Vincent Bolloré. Photo AFP.
CNews accusé de promouvoir les idées d’extrême droite par certains
RSF s’est aussi penchée sur les thématiques traitées par les chaînes, et relève qu’au mois de mars, CNews a couvert plus d’une centaine de faits de violence,  deux fois plus que l’ensemble de ses trois concurrentes réuniesÂ
.
Quant à la condamnation de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants de parlementaires européens le 31 mars, l’analyse de RSF montre que sur CNews, 147 minutes de temps de parole ont été consacrées à la critique de la décision de justice, contre 11 minutes pour la défendre. Sur BFMTV, les temps sont quasiment à l’équilibre (64 minutes de défense, 65 de critique).
CNews, chaîne du groupe Canal+ dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, est accusée par de nombreux politiques de gauche de promouvoir les idées d’extrême droite, ce dont elle se défend. De leur côté, des politiques de droite et du RN accusent l’audiovisuel public (France Télévisions, Radio France) de partialité en faveur des idées de gauche, une thématique au centre d’une commission d’enquête parlementaire dont le coup d’envoi a été donné mardi.
RSF a déjà saisi l’Arcom dans le passé au sujet de CNews, en considérant la chaîne comme  un média d’opinionÂ
. À la suite d’une de ses saisines, le Conseil d’État avait sommé l’Arcom en février 2024 de renforcer ses contrôles et ne pas limiter le décompte des temps de parole aux seules personnalités politiques mais aussi à l’ensemble des participants aux programmes diffusés, y compris les chroniqueurs.