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Doué-en-Anjou. « J’aime être surpris et l’imprévu »... |
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Robin Batard au moment de son arrivée à Doué, le 19 décembre 2025, marquant la fin de la boucle. © ROBIN BATARD
Robin Batard a parcouru plus de 55 000 km lors d’un long voyage.
Interview
Parti en auto-stop en 2023 pour parcourir 12 000 km jusqu’en Mongolie, le Douessin Robin Batard en parcourra finalement plus de 55 000. De retour à Doué-la-Fontaine pour Noël, en ce début d’année Robin Batard évoque ces deux ans et demi de voyage en autostop, sans itinéraire précis, qui ont profondément transformé son regard sur le monde et sur lui-même.
Pourquoi être parti à l’aventure en autostop ?
Robin Batard :  Cette envie a mûri pendant près de dix ans. J’avais le sentiment d’être trop enfermé dans une routine, trop ignorant de ce qui se passait hors de France. J’étais enseignant-chercheur à Albi, et chaque jour se ressemblait. Voyager sans plan, c’était accepter l’imprévu. J’aime être surpris, c’est dans ces moments-là que je me sens vraiment vivantÂ
À quel moment le voyage a-t-il pris une autre dimension ?
 En Grèce d’abord, où je me suis arrêté plusieurs mois, puis surtout en Turquie. En quittant l’Europe, j’ai ressenti une vraie rupture. Je suis tombé amoureux de la route, du fait de ne jamais savoir ce que la journée allait m’apporter. C’est là que j’ai compris que le voyage durerait bien plus longtemps que prévu. J’ai renoncé à rentrer au bout d’un an, puis même aux Jeux olympiques. À partir de là , plus rien ne me retenait. Il y a eu ce moment un peu difficile d’annoncer à ma famille, notamment à mes parents, que je n’allais pas revenir au bout d’un an et que j’allais peut-être revenir qu’au bout de deux ans, voire plusÂ
Comment se sont passées les retrouvailles familiales ?
 C’était bouleversant, parce que c’est un moment que j’ai imaginé mille fois pendant le voyage. En marchant seul, je me demandais souvent comment ce serait : poser le pied dans la rue à Doué, frapper à la porte de mes parents… On l’imagine beaucoup, et évidemment, ce n’est jamais exactement comme prévu. Je pensais embrasser mes deux parents en même temps, mais ce jour-là , mon père n’était pas là . Le moment le plus intense a été quand ma mère et moi avons éclaté en sanglots. Je l’ai prise dans mes bras, et nous sommes restés enlacés pendant cinq minutes à pleurer. C’était très fort. Mon père est arrivé dans la soirée. Quelques jours avant, j’avais aussi fait une surprise à mon frère à Paris ; je lui avais offert des places de théâtre et je l’attendais à la sortie. Puis, très vite, on est retombés dans la routine : préparer Noël, cuisiner, organiser les fêtes. J’ai eu l’impression que tout était déjà redevenu normal, comme si tout le monde avait oublié que je revenais d’une grande aventure. C’était un peu étrange à vivreÂ
Quels sont vos projets ?
 Je traverse une phase où je veux m’affirmer, prendre confiance en mes capacités physiques et mentales, et accepter que je mérite ma place dans ce monde, avec mes amis ou dans le monde professionnel. J’ai passé mes deux premières semaines de retour en France à Doué, et maintenant je suis descendu pour revoir des amis et créer des contacts professionnels. Je souhaite partager mon vécu sous forme de mini-conférences. En ce moment, je suis à Toulouse, dans une communauté qui met l’accent sur une bonne hygiène de vie et mentale pour se concentrer sur des projets personnels. Mon projet de la semaine est de commencer à écrire un livre. J’ai des centaines de notes à organiser, et j’aimerais aussi les illustrer, car le dessin peut transmettre des sensations. Je souhaite me rapprocher de maisons d’édition, un univers que je découvre avec curiosité et envie.Â
Un message pour ceux qui rêvent de partir ?
 Ne pas trop planifier. Accepter de ralentir. Parfois, ne rien faire est déjà un voyageÂ
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