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Dérives des géants de la tech américaine : quelles boîtes mail pour les remplacer ?... |
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Quels outils pour remplacer les services des géants de la Silicon Valley (photo d’illustration) ? © AFP
Alors que les grandes entreprises de la high-tech aux États-Unis se sont rapprochées de Donald Trump, quelles sont les alternatives pour utiliser internet de façon plus éthique ? Le Courrier de l’Ouest vous répond.
Nomination d’une ancienne conseillère de Donald Trump à la tête de Meta (Facebook), menaces sur le Groenland et ses terres rares si précieuses pour la Silicon Valley, dons massifs des entreprises du secteur lors de l’investiture du Républicain, ou encore, bien sûr, Elon Musk ancien haut conseiller… La Maison blanche et les acteurs de la tech américaine ne cachent plus leur alliance. Joëlle, une lectrice nous interroge : Si on veut éviter l’emploi des boîtes mail américaines, et favoriser les technologies françaises ou européennes, quels choix s’offrent à nous ?
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Le Courrier de l’Ouest vous répond :
Ravie de la question, Agnès Crepet, responsable de la longévité logicielle et de l’informatique chez Fairphone, cofondatrice de Ninja Squad en France et activiste au sein de MiXiT, qui travaille à plus de diversité et d’éthique dans la Tech, appelle chacun à se réapproprier les questions technologiques. Choisir sa boîte mail ou son moteur de recherche, c’est dire à qui on donne le pouvoir, car les datas, aujourd’hui, c’est le pouvoir. Et c’est aussi parler souveraineté. Et ça, ça dépasse le clivage gauche-droite.
Pour les courriels, elle cite Framasoft, qui référence des alternatives plus vertueuses que les géants américains. Cette association vise à contribuer à une société empreinte de justice sociale où le numérique permet aux humain·es de s’émanciper, à contre-courant des imaginaires du capitalisme de surveillance
. Les outils listés peuvent être européens, mais surtout, leur code est plus transparent, ce qui permet aux usagers de savoir comment leurs datas sont utilisées
, précise Agnès Crepet. Parmi eux : Proton (Suisse), Infomaniak (Suisse), Tuta (Allemagne), K-9 Mail, Claws Mail, Evolution, FairEmail, Thunderbird, Geary, Interlink, Mutt, Rambox, Retroshare, Roundcube, Sylpheed, Trojita. Tous ne sont pas gratuits ou peuvent être limités dans leur version gratuite.
« Il est aussi possible d’accéder à un ensemble de services hébergés sur des serveurs locaux grâce aux Chatons ». Ce collectif regroupe des Hébergeurs alternatifs, transparents, ouverts, neutres et solidaires
à Angers (Roftlcopter), Nantes (Numéricloud) et Tours (A-hébergement) par exemple.
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Agnès Crepet invite à « être vigilant aux datas qui partent en permanence de nos téléphones » (photo d’illustration). AFP
La sobriété numérique, c’est avant tout s’interroger sur ses besoins
En revanche, les systèmes de messagerie français et/ou européens ne sont pas plus durables ou éthiques que les mêmes initiatives dans d’autres pays du monde
, indique Frédéric Bordage, fondateur de Green IT, qui réunit des experts à l’origine de démarches de sobriété numérique. Il est important de se rappeler que ce n’est pas le choix de notre boîte mail qui fait la différence d’un point de vue environnemental, mais plutôt notre taux d’équipement numérique (moins on possède d’appareils et mieux c’est) et la durée pendant laquelle nous conservons ces appareils (la plus longue possible). À titre de comparaison, conserver 2 ans de plus sa télévision est, en moyenne, 150 fois plus efficace que de supprimer ses mails (en plus c’est nettement moins difficile puisqu’il n’y a rien à faire).
Davantage que désencombrer sa boîte mail, Agnès Crepet invite à être vigilant aux datas qui partent en permanence de nos téléphones, comme les appels, les réseaux sociaux, les services de géolocalisation, et qui coûtent beaucoup plus qu’un stockage statique
. Au-delà, elle appelle à un choix démocratique du numérique : quels sont les usages importants et de quoi a-t-on vraiment besoin ? L’important c’est avant tout d’arrêter de créer des besoins délirants. La tech américaine nous a toujours fait croire que derrière l’apparente immatérialité du cloud ou nuage, il y a une vraie matérialité et les ressources ne sont pas infinies.
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