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Décès de Brigitte Bardot, la femme qui ne voulait pas être actrice

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Brigitte Bardot sur le tournage de "Don Juan 73" dirigé par Roger Vadim. © AFP

L’ancienne actrice et chanteuse Brigitte Bardot est morte ajourd’hui à l’âge de 91 ans. Sex-symbol et star planétaire dans les années 1950 et 1960, elle avait mis fin à sa carrière d’actrice en 1973 pour se consacrer à la grande cause de sa vie : la protection des animaux.

Bruxelles, 1958. À l’exposition universelle, le pavillon du Vatican réalise une mise en scène censée illustrer le bien et le mal : d’un côté, une allégorie de la vie des saints, de l’autre une photo de Brigitte Bardot dans « Et Dieu créa… la femme. » Quelques mois auparavant, sur trois cinémas des Champs-Élysées, les affiches du film promettaient bien des discussions et bien des tourments à l’Église catholique : « Dieu créa la femme… et le diable inventa BB » !

Brigitte Bardot a dansé le mambo et plus rien ne sera jamais comme avant

À l’été 1957, la sortie est timide en France, mais de l’autre côté de l’Atlantique, le film de Roger Vadim fait un tabac, comme rarement pour un film étranger. Brigitte Bardot a conquis New York en trois semaines. Marilyn peut retourner à ses calendriers, écrit le New York Times. Aux États-Unis, des ligues de vertu montent au front et sonnent la justice pendant que pasteurs ou archiprêtres tentent d’acheter toutes les places de cinéma pour préserver les âmes de leurs fidèles.

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À Angers, cette année-là, un fait divers défraie la chronique : des fils de bonnes familles angevines ont tué un retraité dans le train Quimper-Paris pour lui dérober son portefeuille. Des parents d’élèves interpellent alors le préfet pour faire interdire le film afin de protéger la jeunesse. Voilà une paire de jambes accusée de corrompre la jeunesse, au point de lui faire commettre l’irréparable. Brigitte Bardot a dansé le mambo et plus rien ne sera jamais comme avant.

photo brigitte bardot et son mari jacques charrier lors du baptême de leur fils nicolas en 1960.  ©  upi / afp

Brigitte Bardot et son mari Jacques Charrier lors du baptême de leur fils Nicolas en 1960. UPI / AFP

Ambassadrice de la France d’après-guerre

Pieds nus – parfois les fesses – et moue boudeuse, Brigitte Bardot, adulée par les Beatles et Andy Warhol, s’affranchit de son époque, portant bien haut l’étendard de l’émancipation et de la liberté sexuelle. C’est la plus belle gonzesse que j’aie jamais vue, dit Jean Gabin pendant le tournage de En cas de malheur, (1958), après l’avoir vue remonter sa jupe jusqu’à l’extrême limite de ce que l’époque peut supporter. On me regarde en France comme une putain, dit Bardot. La voir marcher, c’est comme écouter de la grande musique, raconte aussi Jeanne Moreau, qui a tourné avec elle dans Viva Maria, de Louis Malle.

Dans les années 1960, Brigitte Bardot rapporte autant de devises que la Régie Renault. La formule du ministre des Finances de De Gaulle Antoine Pinay raconte quelque chose de cette France de l’après-guerre qui a trouvé là sa plus glorieuse ambassadrice. Sensible au rayonnement de la France, le général lui demande en 1969 de prêter ses traits à la République pour servir de modèle à Marianne. Environ 8 000 communes sur 36 000 installeront dans les murs de leur mairie le buste de BB.

Celle qui incarnait tant la liberté en jouissait-elle comme elle l’aurait voulu ? À quoi pensait Brigitte Bardot pendant la Mostra de Venise en 1958, où elle venait présenter En cas de malheur, alors que des avions la survolaient en dessinant les initiales B B ? J’étais bousculée, étouffée. Je me sentais leur chose. Ils me tenaient enfin, écrit-elle dans sa biographie. Ce n’est qu’un début. En 1965 à New York où elle est venue faire la promotion de Viva Maria, la voilà prisonnière pendant deux jours d’un hôtel envahi par les photographes qui veulent une image de la star. Cette célébrité ne me convenait plus. Ce côté futile… On me mettait en avant comme dans un cirque, je ne pouvais plus bouger, je ne pouvais plus vivre. C’était tout ce que je détestais. J’étais juste heureuse quand j’allais passer mes week-ends à Bazoches [sa maison dans les Yvelines, ndlr]. Là, je n’avais plus de maquillage, ni rien du tout. J’étais au milieu de mes écureuils, mes chats, mes chiens et là, enfin, j’étais heureuse, confie-t-elle au Monde.

Brigitte Bardot, qui a grandi à Paris, a-t-elle jamais voulu devenir actrice ? C’est son père qui la met devant une caméra amateur alors qu’elle vient de naître. Ces tournages dureront pendant plus de quinze ans. J’ai été élevée par des parents de droite, d’une bourgeoisie austère, qui m’ont donné une éducation assez stricte. J’ai connu la cravache… J’allais dans une école catholique, j’étais surveillée avec une gouvernante. Je ne sortais jamais dans la rue toute seule. J’ai été très tenue jusqu’à l’âge de 15 ans.

photo brigitte bardot est décédée à l'âge de 91 ans.  ©  afp

Brigitte Bardot est décédée à l'âge de 91 ans. AFP

«Le cinéma me gonflait depuis longtemps. En une seconde, j’ai décidé d’arrêter »

Le 2 mai 194 8, l’adolescente, qui pratique la danse assidûment, réalise sa première couverture de Elle, grâce à sa mère, amie de la famille Lazareff. Deux ans plus tard, Brigitte Bardot fait une nouvelle couverture du magazine. « Le destin se mit en marche contre ma volonté car le réalisateur Marc Allégret vit cette deuxième couverture Elle et demanda à me rencontrer », écrit-elle dans autobiographie « Initiales BB » (Grasset) en 1996. Le cinéaste missionne son assistant Roger Vadim pour faire passer une audition à l’adolescente. Ils se marieront deux ans plus tard.

Brigitte Bardot fait sa première apparition sur grand écran dans Le Trou normand en 1952, avec Bourvil. Suivront quarante-cinq films jusqu’en 1973, parmi lesquels Le Mépris, La Vérité, Babette s’en va en guerre ou Les Pétroleuses.

Les années passant, sa carrière cinématographique s’étiole, sans ligne directrice, avec des choix de rôle illisibles. Elle qui semble trouver refuge dans la chanson – elle a enregistré plus de soixante-dix titres – refuse des rôles dans les comédies musicales Les Parapluies de Cherbourg ou Les Demoiselles de Rochefort, après avoir éconduit James Bond. Elle préfère l’improbable L’Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemise, surtout resté dans la postérité pour avoir été le dernier film de BB.

Le 6 juin 1973, pendant le tournage, elle annonce à l’équipe qu’elle raccroche. Ce jour-là, elle se regarde dans la glace, en costume. Je me suis demandé ce que je foutais fagotée de la sorte. Je me suis trouvée franchement ridicule, tellement cruche. C’est comme ça que j’allais vieillir ? Le cinéma me gonflait depuis longtemps. En une seconde, j’ai décidé d’arrêter, déclare-t-elle au Monde. Ce jour-là, elle sauve aussi une petite chèvre, qui figurait au menu du repas de communion du fils d’une figurante. Au moment où je ressentais le plus l’envie de tout arrêter, cette petite chèvre a été le déclencheur confie-t-elle à Vogue en 2020.

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Elle aura donné « le meilleur d’[elle-même] aux animaux »

Un coup de tête ? Pas vraiment. Dès 1955, elle déclarait à la revue Cinémonde : J’aimerais vivre à la campagne, dans une ferme, et élever des animaux sans jamais les tuer. J’en ferais le refuge de toutes les pauvres bêtes de la région. En 1962, sur le plateau de l’émission de télé Cinq colonnes à la Une, elle milite pour l’utilisation des pistolets d’abattage indolores dans les abattoirs.

Comment on peut les tuer ? C’est dégueulasse s’insurge BB en 1977, alors qu’elle est filmée sur la banquise avec un bébé phoque dans les bras. En 1986, elle crée la Fondation Brigitte Bardot et la Madrague à Saint-Tropez devient une arche de Noé. J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes. Que je donne ma sagesse et mon expérience et le meilleur de moi-même aux animaux, confie-t-elle dans un documentaire de 2006, Et Brigitte créa Bardot.

Mais son combat est moqué. Parmi ses contempteurs, Marlene Dietrich qui confie au Monde en 1987 : Brigitte Bardot est encore une légende vivante mais elle est devenue tellement bizarre qu’il est impossible de lui garder intacte son aura d’autrefois. L’admiration qu’elle voue aux chiens est effarante, quand on pense à l’horreur dans laquelle se bat le monde, face à la mort, la douleur, la misère et au désespoir des enfants malades et affamés.

« Une reine, on peut la délaisser, pas la détrôner » (Marie-Dominique Lelièvre, biographe)

Isolée à La Madrague depuis plusieurs décennies, la parole de Brigitte Bardot se faisait rare. Et ne passait pas inaperçue. Bardot renoue avec le scandale mais le souffle de liberté et d’insouciance des années 1960 s’en est allé.

En 1996, dans une Lettre ouverte à ma France perdue, elle critique l’abattage rituel des moutons pratiqué par les musulmans lors de l’Aïd-el-Kébir. D’année en année, nous voyons fleurir les mosquées un peu partout en France alors que nos clochers d’églises se taisent faute de curés. […] Serai-je obligée de fuir mon pays devenu terre sanglante pour m’expatrier ?. Dans Un cri dans le silence (2003), voici ses propos : Des clandestins, ou des gueux, profanent et prennent d’assaut nos églises pour les transformer en porcheries humaines, chiant derrière l’autel, pissant contre les colonnes, étalant leur odeur nauséabonde sous les voûtes sacrées du chœur. Bardot sera condamnée cinq fois par la justice pour incitation à la haine raciale.

Ses déclarations sur les homosexuels lézardent encore un peu le portrait de l’icône : Certains homosexuels ont toujours eu un goût et un talent plus subtil, une classe, […] jusqu’à ce que tout ça dégénère en lopettes de bas étage, travelos de tous poils, phénomènes de foire.

En 1992, elle épouse Bernard Dormal, un ami de la famille Le Pen. Française de souche lointaine et fière de l’être comme elle se définit elle-même, Brigitte Bardot ne reste pas à distance du débat politique, elle qui soutiendra Catherine Mégret lors de municipales de Vitrolles en 1997, Marine Le Pen en 2012 et 2017, puis Éric Zemmour en 2022.

Sous le bonnet phrygien qu’elle enfila autrefois, l’étoile de l’ancienne égérie a pâli. Mais comme l’écrit Marie-Dominique Lelièvre dans la biographie de Brigitte Bardot. Plein la vue, (Flammarion, 2022), une reine, on peut la délaisser, on ne peut pas la détrôner.

 
William MAUXION    Courrier de l'Ouest  

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