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Chiara Danieli dirige la fonderie Bouhyer à Ancenis : « Il faut créer un esprit européen »

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photo chiara danieli : « les gens ne se rendent pas compte que c'est l'europe qui nous permet de vivre en démocratie et d'être libres. » © franck dubray, ouest-france 1

Chiara Danieli : « Les gens ne se rendent pas compte que c'est l'Europe qui nous permet de vivre en démocratie et d'être libres. » © Franck Dubray, Ouest-France

Chiara Danieli dirige depuis 2007 la fonderie Bouhyer, à Ancenis, en Loire-Atlantique. Née italienne, elle a fait de la France sa « deuxième patrie ». Mais elle dit se sentir partout chez elle en Europe. « Je rêve d’avoir un passeport européen », explique cette Piémontaise qui parle quatre langues.

Si vous souhaitez rencontrer une authentique Européenne, vous pouvez vous arrêter à Ancenis, entre Nantes et Angers. En sortant de l’autoroute, passez devant la fonderie Bouhyer, que Chiara Danieli dirige avec maestria. Née italienne, devenue française, elle a la double nationalité depuis 2012. Mais elle en voudrait davantage. « Je rêve d’avoir un passeport européen. C’est ce qui nous manque aujourd’hui. »

Cheveux noirs et yeux bleu-vert, Chiara Danieli parle d’une voix fluette sans agiter les mains. On ne devinerait rien de ses racines transalpines, n’était cet accent cantando qui s’obstine à transformer le « u » en « ou ». « J’ai fait le test ADN récemment. Je me croyais 100 % Italienne et j’ai découvert que je ne l’étais qu’à 60 %, et pour 40 % je suis du reste de l’Europe. N’importe quel citoyen européen devrait faire le test, je suis persuadée qu’il se retrouverait avec un sang très mélangé. »

Il faut dire que Chiara Danieli est originaire d’une région soumise à des influences multiples, le Piémont, le nord-ouest de l’Italie. Enfance à Ivrée, près du Val d'Aoste, études d’économie à Turin, quinze ans d’audit dans le groupe Fiat qui l’ont amenée à sillonner l’Europe et le monde. « J’ai été éduquée dans un esprit européen. Mon père disait qu’il fallait savoir au minimum l’anglais, le français et l’allemand pour vivre en Europe. C’est ma culture de base. »

 Elle a passé une partie de son adolescence dans un lycée allemand. Mais la France, qu’elle a souvent visitée en famille, a toujours été sa « deuxième patrie ». Elle se souvient d’un temps où c’était « compliqué » pour les Italiens de passer la frontière. « Pour nous, tout était cher. La monnaie unique nous a changé la vie. Quand on me dit que l’Europe n’est pas sociale, ça me fait rire. Grâce au marché unique, le niveau de vie des Italiens s’est amélioré de façon considérable. »

C’est le hasard qui l’a amenée sur les bords de la Loire, bien des années plus tard, en 2007. Ou plutôt l’envie de se mettre à son compte. « Avec un collègue français, nous souhaitions racheter une entreprise. Nous avons regardé cinquante-quatre dossiers, dans tous les secteurs d’activité. » C’est la fonderie Bouhyer, alors en quête de nouveaux actionnaires, qui l’a emporté. « Nous étions des économistes, sans compétences techniques. Nous voulions nous appuyer sur une équipe de cadres et d’agents de maîtrise de qualité. »

« On est devenus un peu Allemands »

Spécialisée dans la fabrication de contrepoids en fonte pour les engins de travaux publics, Bouhyer a toujours eu une vocation européenne. La fonderie (250 salariés) exporte aujourd’hui encore 90 % de sa production vers les pays de l’UE. À commencer par l’Allemagne. « On s’est adapté à nos clients et on est devenu un peu Allemands nous-mêmes. C’est important de bien connaître la culture de ses clients pour répondre à leurs besoins. »

La fonderie, qui tourne à plein régime, recrute à tour de bras. Faute de candidats dans son bassin d’emploi, elle a dû se tourner vers la main-d’œuvre étrangère. D’abord en Pologne. « Mais les ouvriers polonais ne voulaient pas s’engager au-delà de quelques mois. » Chiara Danieli s’est alors rabattue sur un pays qu’elle connaît bien, l’Italie. « Nous venons de recruter une vingtaine de personnes avec l’objectif de leur proposer un CDI. Nous leur dispensons des cours de français pour les aider à s’intégrer et leur permettre d’évoluer dans l’entreprise. »

On ne saurait mieux faire pour donner du sens à l’idée d’Europe, qu’elle sent menacée par la montée des populismes. « Je me rends compte que l’Europe reste une grande inconnue pour la plupart des gens. Ils ignorent tout de ses valeurs, de sa raison d’être. Ils ne se rendent pas compte que c’est l’Europe qui nous permet de vivre en démocratie et d’être libres. »

Une liberté qu’elle voit s’effriter depuis qu’elle doit de nouveau montrer ses papiers à la frontière (la France a rétabli les contrôles après les attentats du 13 novembre 2015). « C’est un pas en arrière, des barrières qu’on commence à remettre. » Pour dire son désarroi, elle s’en remet à l’écrivain autrichien Stefan Zweig qui, dans Souvenirs d’un Européen, son livre de chevet, regrettait ce monde sans passeport d’avant 1914 : « Chacun allait où il voulait et y demeurait aussi longtemps qu’il lui plaisait. »

Quand on lui fait remarquer que l’Europe nomade qu’elle incarne n’est peut-être pas à la portée de toutes les bourses, elle s’emporte. « Ce n’est pas le problème. Ça coûte moins cher aujourd’hui de faire Nantes-Turin en avion que Nantes-Paris. Ce n’est pas une question de moyens, mais d’ouverture d’esprit. Le moment est venu de créer un esprit européen. Il fallait commencer par le marché, pour que les esprits se libèrent des difficultés économiques. Mais la renaissance européenne passera par la culture. »

Chiara Danieli met le doigt sur ce qui devrait être le principal enjeu de ce siècle, la construction d’une conscience européenne. « L’Italie est faite, reste à faire les Italiens », disait en 1871 Massimo d’Azeglio, l’un des pères de l’unité italienne. Un objectif qui vaut désormais pour tous les Européens.

 
Thierry Richard.   Ouest-France  

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