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Cet Angevin est sélectionné pour le prix du Bibliothécaire de l’année 2024... |
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Daniel Bourrion, 57 ans, conservateur aux bibliothèques de l’Université d’Angers (Maine-et-Loire) participe au prix du Bibliothécaire de l’année 2024. © Ouest-France
Daniel Bourrion participe au prix du bibliothécaire de l’année 2024, organisé par Livres Hebdo. Ce conservateur des bibliothèques de l’Université d’Angers n’était pas destiné à le devenir.
« Je me suis coiffé pour l’occasion. » Chauve, yeux noirs et pétillants, Daniel Bourrion, 57 ans, se marre à gorge déployée quand il revient sur son parcours. Ce conservateur des bibliothèques de l’Université d’Angers (Maine-et-Loire) est sélectionné pour devenir le Bibliothécaire de l’année 2024, un concours organisé par Livres Hebdo.
« Je ne m’y attendais pas, et ça fait plaisir. » Daniel Bourrion concourt auprès de quatre autres professionnels pour un titre purement honorifique. Pourtant, après près de dix-sept ans dans la profession, le quinquagénaire se demande toujours un peu comment il en est arrivé là.
« Rien ne me prédestinait à ce métier. » Petit-fils de cantonnier et de mineur de fond, fils d’un routier et d’une mère au foyer, « sociologiquement, je ne venais pas vraiment d’un milieu lettré ». Meusien d’origine, Daniel Bourrion ne parlait que le patois à la maison. « J’ai appris le français avec deux bonnes sœurs. »
« J’avais pris un bac S alors que j’aimais les lettres »
« Mes parents achetaient toujours des livres, se souvient-il. Et bien travailler à l’école, c’était très important pour eux. » Bon élève au collège, Daniel Bourrion s’enferme dans les bouquins… au point d’oublier ses petits frères dont il devait s’occuper. Au lycée, il rate deux fois son baccalauréat avant de l’avoir. « J’avais pris un bac S alors que j’aimais les lettres. Quand je suis arrivé à la faculté, c’était le paradis. Je passais mon temps à lire. »
Les yeux dans le vague, il se souvient de tout. Comme si, à 57 ans, il avait déjà eu mille existences. De sa thèse pas complètement terminée à 27 ans à ses aventures comme pion dans un collège, en passant par son parcours comme CPE (conseiller principal d’éducation).
« Ça parait loin tout ça , songe-t-il en traçant un fil avec sa main, comme si sa vie avait été une suite linéaire. À un moment, je divorce. Je ne peux plus continuer à être surveillant et on me propose de passer le concours pour devenir principal. Je l’ai. » Il exerce le métier pendant sept ans. « C’était marrant parce que je rencontrais plein de gamins. Mais à la fin, je perdais trop vite patience. »
Un coup de chance
Le conservateur attrape son expresso, en boit quelques gorgées avant de reprendre le fil de ses souvenirs. « C’est à 40 ans que je tombe par hasard sur le concours des bibliothèques. Je me dis que je vais le passer pour voir où je me situe et savoir comment il faut que je travaille. » Il l’a. Du premier coup. Il part à Lyon (Rhône) dans la foulée pour une formation.
Passionné, il suit des blogs sur Internet. Notamment celui d’un homme qui s’occupe du numérique et des bibliothèques de l’Université d’Angers. « Je répétais à mes copains que c’était ce métier-là que je voulais faire. Et deux semaines avant que la formation se termine, il dit que son poste se libère » , sourit encore Daniel Bourrion.
« L’occasion de prendre un apéro à Paris »
Un coup de chance, une aubaine – appelez ça comme vous voulez. Daniel Bourrion prend le poste en 2007. Depuis, il travaille à la transition numérique de l’Université d’Angers. « Un accompagnement transversal sur tous les projets numériques, des données et publications de la recherche à l’accompagnement des étudiants. »
À 57 ans, il n’espère pas forcément remporter le prix du Bibliothécaire de l’année. Pour celui qui a toujours été plongé dans les livres au point de devenir lui-même une œuvre romanesque, c’est surtout « l’occasion de prendre un apéro à Paris, et ça, ça fait toujours plaisir ».