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Bruno Retailleau prend les devants... |
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Boulogne-Billancourt, 11 mai 2025. Bruno Retailleau a voulu couper l’herbe sous le pied de ses rivaux à droite. © AFP
Le président de LR et ancien ministre de l’Intérieur a déclaré sa candidature à la présidentielle.
Privé de lumière depuis sa sortie du gouvernement, Bruno Retailleau joue son va-tout : le président des Républicains a annoncé hier sa candidature à l’élection présidentielle de 2027, avec l’espoir de prendre de vitesse ses concurrents.
« Je tenais à t’informer personnellement que je m’apprête à déclarer ma candidature à l’élection présidentielle » : c’est par un message à chaque parlementaire de son parti que le patron de LR a mis fin au suspense.
L’annonce était attendue depuis quelques jours. Le voici donc officiellement lancé dans la course à l’Élysée, à 65 ans. « C’est une décision que j’ai beaucoup mûrie », a ajouté l’ex-ministre de l’Intérieur, avant un passage au 20 Heures de TF1.
« Les dérives de l’État de droit qui s’est retourné contre les Français »
L’ex-ministre de l’Intérieur dit s’engager non «  par obsession du pouvoir, mais par sens du devoir  », convaincu que «  seule l’élection présidentielle permet d’agir vraiment  ». Fidèle à ses convictions, il a promis en cas de victoire de «  soumettre directement par référendum plusieurs grands textes de loi  », en particulier sur la justice pénale et l’immigration.
Qu’importe si la Constitution ne permet pas de consultations sur ces thèmes, M. Retailleau affirme qu’il « ne promettra rien qu’il ne pourra tenir », quitte à se dresser face « aux dérives de l’État de droit, qui s’est retourné contre le droit des Français à vivre en paix et en sécurité ».
« Moi, je serai le défenseur de nos coutumes, de notre mode de vie, de notre culture, de notre civilisation », a-t-il également assuré au journal télévisé.
Un positionnement très droitier, couplé à une déclaration précoce, à 14 mois de l’échéance, pour mieux couper l’herbe sous le pied de ses rivaux qui se réservent pour le printemps, à l’exception d’Édouard Philippe.
L’initiative de M. Retailleau est accueillie positivement par son successeur à la tête du groupe LR au Sénat, Mathieu Darnaud, qui y voit « l’occasion de peser par les idées dans le débat public ».
Au contraire, une ministre en exercice, qui l’a côtoyé au gouvernement, juge « le timing hyper mauvais » et considère que son ancien collègue est « dans une logique très perso ».
Dans son cercle rapproché, certains le pressaient de se dévoiler dès janvier, d’autres d’attendre le soir du 22 mars et de possibles conquêtes aux dépens de la gauche à Paris, Lyon ou Besançon.
Bruno Retailleau traversait « un trou d’air » depuis son départ de Beauvau en octobre, comme le reconnaît l’un de ses proches. Sa cote a fondu de moitié en quelques mois, de 16 % au printemps à 8 % en fin d’année. « Il a beaucoup perdu mais n’est pas revenu au point de départ », avant son passage au ministère de l’Intérieur, se rassure son entourage.
Désormais seul aux commandes des Républicains, il fait « l’acte d’autorité » souhaité par un autre proche, partisan du « fait accompli » pour imposer cette candidature à un parti fortement divisé.
En interne, les rivalités s’exacerbent : Xavier Bertrand est déjà en lice tandis que Michel Barnier se pose en rassembleur de la droite et du centre et que David Lisnard menace de se présenter directement s’il n’y a pas de primaire. En embuscade, le patron des députés Laurent Wauquiez plaide pour une primaire allant du macroniste Gérald Darmanin à Sarah Knafo, du parti d’extrême droite Reconquête.
Pour les départager, Bruno Retailleau avait confié à un groupe de travail le soin de définir le mode de désignation du candidat de LR. Ses conclusions étaient attendues d’ici la fin du mois mais le patron a pris les devants.