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Aux Archives départementales de Maine-et-Loire, le plus ancien document date du IXe siècle... |
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C’est dans les magasins, dont le dernier a été agrandi en 2021, que sont stockés les 48 kilomètres linéaires d’archives. « Ces dernières années, on a davantage détruit de documents qu’on en a accueillis », précise Arnaud Blond. Les ressources, dont la date de conservation est dépassée, sont en effet placées dans la « salle du pilon » avant d’être détruits ou recyclés. © Ouest-France
Il n’a pas pignon sur rue mais le service est ouvert à tous. On y vient pour remonter la trace d’un ancêtre, d’une activité économique. Parfois aussi pour s’immiscer en coulisses aux côtés des professionnels qui collectent, classent et conservent des milliers de documents. Reportage.
« Que vous ayez une thèse en physique nucléaire ou un CAP plomberie, on s’en fiche. Si vous avez envie d’accéder à un manuscrit du XIIIe siècle, foncez ! Le seul risque, c’est que vous ne soyez pas capable de le lire », sourit Arnaud Blond, médiateur culturel aux Archives départementales de Maine-et-Loire.
L’image a la vie dure, et pourtant : le service implanté au 106 de la rue de Frémur, à Angers, est public, ouvert à tous et gratuit. À l’intérieur, les archivistes n’ont rien « de professionnels ronchons, à la longue barbe et aux ongles trop longs », et les conservateurs « n’enfilent pas de grands gants blancs ».
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Les 4C
Ce vendredi 15 mars, Arnaud Blond entraîne une douzaine de personnes, retraités du groupe d’assurance Axa, pour la dernière visite du lieu programmée dans le cadre de Made in Angers. Ici, les temps forts sont réguliers. La veille au soir, le spectacle Pièce manquante , mis en scène par Clara-Luce Pueyo, était joué dans la salle de conférences par Céline Dely. À deux pas de l’exposition Visages d’Anjou , visible jusqu’au 22 mars.
La communication, c’est l’une des quatre missions du site avec la collecte, le classement et la conservation. On parle des 4C. En 2023, 1 200 visiteurs se sont installés en salle de lecture. Cette dernière, comme la salle d’exposition, ce sont les faces visibles du site mais celle qui reste cachée vaut le détour.
Un écrit du IXe siècle
Les magasins de conservation des Archives départementales du Maine-et-Loire renferment 48 kilomètres linéaires de classeurs, remplis de documents. Les plus récents ? Les quotidiens locaux du jour. Le plus ancien ? Un document du IXe siècle, « une donation du petit-fils de Charlemagne à l’abbaye de Saint-Florent-lès-Saumur », précise Arnaud Blond.

Cyril Evène a été bercé dans les bibliothèques et les musées. C’est à l’université qu’il a découvert le service des archives. Ouest-France
Ici, les fonds anciens qui s’étalent jusqu’en 1790 représentent presque 1 000 ans d’histoire, mais seulement 2 % des fonds. Pas de papyrus à Angers, trop compliqué à conserver, mais des parchemins. Viennent ensuite les fonds modernes, jusqu’en 1940. Les fonds contemporains représentent quant à eux 50 % de la collection. On parle essentiellement de ressources publiques, versées par des administrations, collectivités…
« Les 176 communes du Maine-et-Loire sont responsables des archives qu’elle produise », rappelle le médiateur culturel. Aucune obligation pour les documents privés qui peuvent être librement légués, donnés ou achetés dans un intérêt historique, « parce qu’ils disent quelque chose de la vie du territoire ». La dernière chapelière d’Anjou a transmis quelques ressources, la société des Ardoisières d’Angers aussi.
« L’hôpital des archives »
Dans la salle de tri n° 1, Cyril Evène a ressorti ce jour-là des documents émanant de la sous-préfecture de Cholet, où il a notamment appris que l’aviateur Roland Garros avait fait étape dans la cité du mouchoir rouge. Ce diplômé en histoire médiévale fait partie de la quarantaine d’agents de la fonction publique territoriale et d’État qui œuvrent rue de Frémur, et de la dizaine de responsables de fonds. Son rôle, c’est notamment de trier, classer pour aboutir à « un instrument de recherche » qui facilitera l’investigation des chercheurs.

Hélène Degres-Lafitte mène également des missions de conservation préventive pour que les ressources restent « en état manipulable ». Ici, on veille particulièrement aux matériaux utilisés. Ouest-France
Dans l’atelier de restauration et de reliure voisin, un collègue chargé des archives communales vient de déposer le contenu d’un carton, découvert dans l’ancienne mairie de Montreuil-sur-Loir : des registres de délibération communale de 1844. Une nouvelle mission en perspective pour Hélène Degres-Lafitte, qui s’attache à donner un nouveau souffle aux livres et documents abîmés.
Devant elle ce jour-là , un plan de l’ancien hôpital d’Angers, un registre d’immatriculation pour lequel il faut combler certaines pages, d’anciens parchemins qu’il faut nettoyer, défroisser. « On appelle cet endroit l’hôpital des archives, informe Arnaud Blond, qui insiste : tous les documents qui arrivent en magasins doivent être sains. »
Un site internet très suivi
Pour accéder à la salle de lecture, il faut oublier « le manteau mouillé, la bouteille mal fermée, le stylo qui fuit », égrène le médiateur. Ce jour-là , une poignée de chercheurs sont installés, des papiers jaunis à portée de mains. D’autres sont branchés sur le site des archives, « le site institutionnel le plus consulté du département », souligne Arnaud Blond.
Tout n’a pas encore été numérisé, mais 315 Go de données numériques sont disponibles. Un chiffre appelé à gonfler et qui pose, au-delà des problématiques de conservation de la donnée informatique, d’importantes questions de sécurité.