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Affaire Bétharram. Une victime du Bon Pasteur à Angers et au Mans témoigne devant l’Assemblée... |
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Éveline Le Bris, ancienne pensionnaire du Bon Pasteur à Angers (Maine-et-Loire) et au Mans (Sarthe), et présidente de l’association des filles du Bon Pasteur, a témoigné devant l’Assemblée nationale. © Capture d’écran LCP/YouTube
Dans le sillage de l’affaire Bétharram, la commission d’enquête sur la prévention des violences dans les établissements scolaires a auditionné plusieurs victimes, à l’Assemblée nationale, jeudi 20 mars 2025. Parmi elles, Éveline Le Bris, ancienne pensionnaire du Bon Pasteur, à Angers (Maine-et-Loire) et au Mans (Sarthe).
« Les bonnes sœurs nous martyrisaient », pose d’emblée Éveline Le Bris, devant la commission d’enquête sur la prévention des violences dans les établissements scolaires, lors de la première journée d’audition, jeudi 20 mars 2025, à l’Assemblée nationale. À 77 ans, la présidente de l’association des filles du Bon Pasteur a été invitée à témoigner des exactions qu’elle a subies, enfant, au sein de la congrégation de Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur.
Le travail forcé et le mitard
Violée à 11 ans, Éveline Le Bris est envoyée, par la justice, en « maison de correction » . « J’étais au Mans du 17 octobre 1963 au 24 décembre 1966, rue de la Blanchisserie. Auparavant, j’ai passé quatre mois à Angers », nous détaille-t-elle avec précision, par téléphone. À la question des contrôles, posée par la commission, Éveline Le Bris leur répond simplement : « Il n’y en avait pas. En quatre ans, j’en ai vu un qui a duré… allez… dix minutes ? »
Evelyne Le Bris (Victimes du Bon pasteur d’Angers) explique que les filles devaient chercher la nuit, avec les chiens des "bonnes sœurs", celles qui avaient fugué : "Quelques fois, elles tombaient par terre, comme à Nancy… les chiens l'ont mangé en fait." #Bétharram #DirectAN pic.twitter.com/r2yVMk4KD8
— LCP (@LCP) March 20, 2025
Elle pointe « le travail forcé et les kilomètres de Jour Venise [broderie] qu’on devait faire avant d’aller en cours » . Et le sort réservé aux filles qui tentaient de fuguer : « On leur tondait les cheveux à ras […] et on les enfermait au mitard. » Ce trou, à peine meublé, devenait un lieu d’humiliation et d’abandon. « Quand le seau était plein, on faisait nos besoins dans le coin. »
« Les chiens l’ont mangée »
Un peu plus tard, l’ancienne pensionnaire évoque les bergers allemands et la mise à contribution des autres pensionnaires pour retrouver les fugueuses dans les bosquets et les arbres. « Et quelquefois, elles se rataient, elles tombaient par terre. [Une fille qui tentait de fuir] a râlé toute la nuit et les chiens… » Sa voix s’arrête net, la main devant la bouche.
À la stupéfaction des parlementaires, elle poursuit : « Les chiens l’ont mangée. Et, au matin, c’est pas le corbillard qui est venu, c’est un tombereau avec un cheval, et ils l’ont bennée dedans. » La présidente de la commission, manifestement choquée, indique que ce décès nécessitera des investigations complémentaires.
Lire aussi : Un documentaire raconte la souffrance d’ex-pensionnaires du Bon Pasteur, à l’Estival d’Angers
Devant la commission, et par téléphone, Éveline Le Bris le martèle : « On ne les lâchera pas. » Elle et les autres membres de l’association veulent que leur statut de victime soit reconnu et que la congrégation leur présente des excuses. « On se sera jamais tout à fait satisfaites, étant donné ce qu’on a vécu, reconnaît-elle. Mais la plus petite avancée est la bienvenue, comme c’est le cas de cette commission. »