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Thomson : les salariés défendent leur compétitivité... |
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Paulette, 36 ans de Thomson, s'était réinvestie dans la fabrication des régies de télévision. Hier, elle a débrayé, inquiète pour son avenir.
Plus d'une soixantaine ont débrayé, hier midi. Désappointés par le choix du groupe de se séparer de la branche rentable caméra et régie télévision.
La situation catastrophique de l'emploi à Angers plombe encore plus leur moral. « Aujourd'hui, beaucoup de salariés sont complètement résignés. Ils refusent même de se battre, persuadés qu'ils n'ont plus d'avenir. » Ce constat de deux syndicalistes, Odile Coquereau, de la CGT, et Valérie Comte de la CFDT, en dit long sur l'amertume et le découragement des salariés de la Thomson. Elles précisent : « La plupart sont fatigués et usés. »
Pourtant, hier, ils étaient encore plus d'une soixantaine à débrayer, sur un effectif global de 400. « Nous sommes tous inquiets de la stratégie générale et des choix de la direction. » La décision de se séparer des activités « Grass-Valley » est mal comprise et déconcertante. « La fabrication de cartes pour les caméras professionnelles et tout ce qui concerne la régie des camions de télévision étaient notre valeur ajoutée. Et voilà que la direction veut s'en séparer et cherche un repreneur. » Odile Coquereau et Valérie Comte de s'interroger : « Comment trouver, au milieu de cette crise mondiale, un repreneur fiable ? Et si fin avril, faute de recapitalisation, le groupe sombrait à son tour ! »
Paulette : « J'y croyais ! »
A Angers, les Thomson fabriquent surtout des décodeurs. Seulement une trentaine a en charge l'activité professionnelle « Grass-Valley ». Paulette, 52 ans, est des leurs : « Nous sommes tous étonnés. On nous a dit et redit que cette branche était l'avenir. Et on apprend qu'elle est à vendre ! Je ne comprends pas. » Paulette a derrière elle trente-six ans de Thomson. Elle a rejoint l'usine juste après l'école. « Depuis deux ans, j'ai suivi des formations pour me spécialiser dans les cars régie. J'y croyais ! »
Alors que la direction ne laisse rien filtrer sur un éventuel repreneur, Paulette et ses collègues sont en pleine incertitude. Et en plein désarroi. « Avec un salaire de 1 300 €, deux grands fils au chômage, je vais faire les frais d'une situation qui me dépasse et dont je ne suis pas responsable. »
Hier, en débrayant, Paulette a lancé un message à sa direction : « Même si le rapport de force est inégal, je vais me battre ! »