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200 ans plus tard, la digue René-Laennec, élément du patrimoine de Pont-l’Abbé... |
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Il y a exactement 200 ans, la digue René-Laennec était achevée. Elle allait provoquer bien des remous. © Serge Duigou
Dans les années 1820, le célèbre médecin de Quimper (Finistère) a l’idée d’assécher vingt-cinq hectares à Pont-l’Abbé. Deux cents ans plus tard, la digue Laennec, longue de 77 m et épaisse de cinq mètres, reste un élément original du patrimoine du Pays bigouden.
Dans les années 1820, le Quimpérois René Laennec est à l’apogée de sa carrière.
Depuis l’invention du stéthoscope jusqu’à l’évolution de la pathologie pulmonaire, le célèbre médecin obtient la consécration de ses mérites.
On lui confie la charge de médecin de la duchesse de Berry (1821), la chaire de médecine au Collège de France (1822), un siège à l’Académie royale de médecine (1823), la chaire de médecine interne à l’Hôpital de la Charité et la croix de la Légion d’honneur (22 août 1824).
« L’idée de conquérir de nouvelles terres agricoles »
De ses ancêtres bigoudens, René Laennec a hérité de plusieurs fermes dans les parages de la palue du Cosquer à Pont-l’Abbé, au sud, au fond de l’anse du Pouldon.
« Sur ces terres figure un cirque de 25 hectares environ que les flots envahissent à chaque marée. En se retirant, celle-ci découvre vasières, marécages, ajoncs et maigres bruyères. En ces années 1820, l’idée de conquérir de nouvelles terres agricoles par assèchement de zones humides est dans l’airÂ
, rappelle l’historien Serge Duigou.
En 1818, Laennec est propriétaire de la quasi-totalité des exploitations qui ceinturent l’anse du Cosquer. Il estime que les 25 ha peuvent lui rapporter des revenus importants en fermages.
Création de polders
Sur un plan sanitaire, ce projet d’assèchement ne peut que venir éradiquer un milieu putride et nocif. Enfin, la pression démographique impose la conquête de nouvelles terres via la création de polders.
 Cette opération fructueuse, d’intérêt général de surcroît, déclenche les foudres d’un voisin, l’opiniâtre docteur Bohan, ancien chirurgien de la Marine.Â
 Derrière ce projet de digue, le docteur Bohan soupçonne une manière de s’approprier une partie du domaine maritime. Laennec a beau faire vérifier et authentifier ses titres de propriété, Bohan ne lâche pas prise et finit par ébranler les bureaux du ministère.
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Droits de propriété incontestables
Les hostilités culminent en septembre 1825, alors que les travaux de la digue sont déjà très avancés. Finalement, chacun reconnaîtra que les droits de propriété de Laennec sont incontestables. Mais le docteur Bohan a instillé le doute dans les esprits, ce qui mine le docteur Laennec,  rongé par ce soupçon infondé de malhonnêtetéÂ
, dont la santé décline.
Laennec s’éteint le 13 août 1826. Deux ans plus tard, le conflit connaît son épilogue. Donnant raison au docteur Bohan, l’État accorde la concession de la palue aux héritiers de Laennec moyennant la somme de 3 000 francs. Il avait été vendu à Laennec des terres ne lui appartenant pas.Â
Deux cents plus tard, la digue Laennec (77 m de long, 5 m d’épaisseur) est toujours là , élément original du patrimoine pont-l’abbiste.