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« Notre nuit en amoureux a tourné au cauchemar » : bloqués sur une île bretonne en pleine tempête, ils racontent... |
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« En fin de journée, petit à petit, les touristes quittent l’île. Nous nous replions dans un coin de la plage… » Ici, l’île de Cézembre, au large de Dinard et Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), en juillet 2023. © DAVID ADEMAS / OUEST-FRANCE
Courrier des lectrices et des lecteurs. « Ce soir-là, après avoir laissé repartir la dernière navette vers le continent, nous nous sommes retrouvés comme seuls au monde sur l’île de Cézembre, mon épouse et moi. La vue sur Saint-Malo et Dinard était imprenable. Mais lorsque la nuit est tombée, alors que l’on déroulait nos duvets, il s’est mis à pleuvoir… et nous n’avions pas de tente ! Le début d’une folle épopée nocturne… »
Dans le cadre de notre rubrique « Courrier des lectrices et des lecteurs », Éric Huynh (Ille-et-Vilaine) nous livre cette histoire singulière :
« Mon épouse et moi avons souhaité marquer le coup pour notre cinquième anniversaire de mariage en 2011. En vacances à Saint-Malo, nous nous sommes dit que nous pourrions aller passer la nuit sur l’île de Cézembre. C’était interdit à l’époque et ça l’est toujours aujourd’hui (le bivouac est interdit dans ce site naturel protégé appartenant au Conservatoire du littoral, d’autant que la zone reste dangereuse du fait de la présence d’engins explosifs datant de la Seconde Guerre mondiale ).
Nous sommes mi-août et nous embarquons, tout joyeux, sur la navette qui nous emmène sur la belle île qui fait face à la cité corsaire. La journée se passe parfaitement bien, l’eau est fraîche mais claire, le soleil donne bien, il faut beau et chaud.
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En fin de journée, petit à petit, les touristes quittent l’île. Nous nous replions dans un coin de la plage, on sait que Franck Meslier, le restaurateur et conservateur autoproclamé de l’île, guette. Nous nous échappons de la plage en enjambant les barbelés qui séparent la plage de la partie militaire de l’île (le barbelé est déjà quasiment à terre : nous ne sommes pas les premiers à passer par là). On se retrouve alors seuls au monde, au milieu des oiseaux qui crient autour de nous… malgré nos efforts pour rester discrets, peut-être les dérangeons-nous.
Nous trouvons une plateforme en béton, face à Dinard et Saint-Malo, la vue est imprenable. Nous débouchons un magnum de Saint-Emilion Grand Cru dont j’ai fait personnaliser l’étiquette, nous mettons un peu de musique, pas trop fort pour ne pas déranger les oiseaux ni attirer l’attention du gardien. Il fait doux, on est bien, on s’aime.
Et puis la nuit tombe, on commence à dérouler nos duvets et… il se met à pleuvoir ! Tant pis, nous allons nous réfugier sous la tente. Sauf qu’on n’a pas de tente ! Eh oui, pourquoi prévoir une tente en plein mois d’août ? Il ne pleut jamais en plein mois d’août en Bretagne. D’ailleurs, pour être franc, on n’a même pas regardé la météo avant de partir…

« Il y a ces blockhaus allemands qui ont fleuri sur l’île ; on décide d’aller s’y réfugier. » Archives Ouest-France
On se réfugie dans des anfractuosités de rochers, en se disant que quelques gouttes finiraient par passer. Mais non, elles ne passent pas. Elles redoublent même d’intensité ! Il faut trouver un refuge. Il y a ces blockhaus allemands qui ont fleuri sur l’île ; on décide d’aller s’y réfugier. Mais il fait nuit, on ne voit rien, il n’y a pas de route goudronnée, ni même de chemins et on sait que l’île, malgré les nombreux déminages, est encore très dangereuse, mais on n’a pas le choix.
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« Le sol est jonché de cadavres d’oiseaux »
À la lumière du téléphone, on finit par rallier un blockhaus dans lequel on peut se protéger de la pluie. On va planquer notre bouteille de vin personnalisée au fin fond de notre blockhaus, en se disant qu’on reviendrait la chercher. On étend nos duvets, il doit être minuit, on est un peu mouillés. On comprend alors que le sol du blockhaus est jonché de cadavres d’oiseaux en état de décomposition plus ou moins avancé. On les pousse du pied, mon épouse est un peu horrifiée, mais, fatigués, nous nous endormons sans peine.
L’aventure ne s’arrête pas là. Car, au petit matin, loin d’avoir cessé, la pluie tombe de plus belle et le vent s’en mêle, c’est à présent une vraie tempête ! On se dit : Vivement l’arrivée de la première navette qui rentrera sur Saint-Malo
. En plus, on n’a plus ni à boire ni à manger.
Nous retournons donc sur la plage, sous la pluie et le vent, et nous nous posons en embuscade derrière des rochers pour attendre la navette. L’heure dite arrive ; pas de navette. Les minutes passent, pas de navette. Je prends mon téléphone – il ne reste plus beaucoup de batterie – et j’appelle la compagnie : on me répond qu’il n’y aura pas de navette aujourd’hui, à cause de la tempête !
Bon. On est coincés là pour la journée, sans eau ni nourriture et presque plus de batterie dans le téléphone. L’aventure romanesque tourne au cauchemar. J’appelle un ami qui possède un petit bateau de pêche, pour qu’il vienne nous chercher. C’est son épouse qui décroche : le bateau est en panne. Quand ça veut pas, ça veut pas…
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De guerre lasse, je finis par contacter une agence qui organise des expéditions privées vers Cézembre et qui propose de venir nous rechercher contre belle somme d’argent. Pas d’autre choix que d’accepter. Nous devons alors attendre discrètement l’heure du rendez-vous avec la navette privée pour éviter que monsieur Meslier nous tance vertement, ce dont personne n’a envie, le personnage étant aussi haut en couleur que fort en gueule. Et soudain, de derrière notre rocher, nous voyons arriver la navette au loin, dans la tempête.
Mon épouse et moi, dégoulinants et sales, traversons la plage en courant avec tout notre barda. C’est alors que le chien du gardien, sans doute attiré par le bruit de la navette, se met à nous courser. On court le plus vite qu’on peut, on se jette dans la navette qui démarre en trombe (le pilote doit être coutumier de la situation). Le chien n’était pas loin de me croquer le mollet.
Et voilà comment notre épopée qui devait être romanesque a failli tourner au drame. Notre magnum est-il encore au fond du blockhaus à Cézembre ? Avec l’ouverture du chemin touristique dans l’île, c’est assez incertain… »
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