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« Me faire engueuler de temps en temps » : face aux inondations, ce maire se retrouve aux premières loges... |
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Pour son troisième mandat aux Ponts-de-Cé (Maine-et-Loire), Jean-Paul Pavillon affronte une crue historique de la Loire. © Ouest-France
Depuis plus d’une semaine, le maire des Ponts-de-Cé, près d’Angers (Maine-et-Loire) est sur tous les fronts. Pour son troisième mandat, Jean-Paul Pavillon affronte une crue record de la Loire. Reportage à ses côtés, lors d’une matinée encore bien chargée.
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il faut le suivre. Le pas rapide, un œil rivé sur son téléphone, l’autre sur la Loire, Jean-Paul Pavillon, maire des Ponts-de-Cé près d’Angers (Maine-et-Loire), ne s’arrête jamais. C’est sportif, ça c’est sûr
, élude-t-il sans jamais s’arrêter, quitte à perdre la journaliste au détour d’une rue.
Pour son troisième mandat, l’édile affronte une des crises les plus spectaculaires de la décennie dans sa commune. La Loire est en crue, Les Ponts-de-Cé sont sous les eaux.
Une crue de 5,40 mètres
À chaque matinée, sa réunion de crise à la mairie. Face à la cellule communication et aux agents de la ville, ce vendredi 20 février 2026, Jean-Paul Pavillon fait un point d’étape. Ça monte moins haut que prévu, mais ça monte encore. On prévoyait une crue à 5,46 mètres, finalement nous sommes autour de 5,40 mètres. C’est nous qui empêchons la Maine de s’évacuer, on a l’impression d’être le problème »,
plaisante-t-il.

Pour son troisième mandat aux Ponts-de-Cé (Maine-et-Loire), Jean-Paul Pavillon affronte une crue historique de la Loire. Ouest-France
Deux dossiers majeurs sont sur la table : la levée de Saint-Jean-de-la-Croix, rendue inaccessible, et les plaines. On a encore douze personnes qui ne veulent pas évacuer sur place,
détaille le maire à la petite assemblée. Il faut qu’ils sachent que c’est un événement qui va durer longtemps, on aura une décrue moins rapide que la dernière fois.
« Vous ne devez pas vous ennuyer »
Les digues tiennent, les pompes sont réparées et la liste des bénévoles s’allonge. Voilà pour le tout premier bilan de la matinée. Pas le temps de traîner, Jean-Paul Pavillon enfile les bottes et le manteau imperméable, direction le port des Noues.
Un trajet interrompu par les coups de téléphone et les salutations de quelques habitants. On pense beaucoup à vous, on se dit que vous ne devez pas vous ennuyer
, souligne l’un. À chaque fois, la réponse du maire est plus ou moins la même : Je prends des forces, je mange des pâtes et c’est comme au sport, je joue avec l’adrénaline
.
Au chevet des habitants
Être maire en pleine crue, ce n’est pas que prendre des décisions. Il faut aussi rassurer les habitants et conforter les équipes
, précise Jean-Paul Pavillon.
Sur le port des Noues, la Loire menace le jardin d’une nonagénaire. Juché sur la passerelle improvisée le long des habitations, le maire prend de ses nouvelles. C’est bon, vous avez de la visite, les voisins viennent vous voir ?
L’habitante le rassure de loin. En tout cas, j’espère bien qu’elle va baisser ! »,
prie-t-elle.

Jean-Paul Pavillon surveille notamment les pompes qui servent à évacuer l’eau dans les rues des Ponts-de-Cé (Maine-et-Loire). Ouest-France
« Elle », c’est la Loire, sa voisine devenue un peu trop envahissante. Un batardeau protège son habitation, mais le fleuve vient toquer dangereusement à son portail.
La commune de 13 000 âmes n’avait pas connu une telle crue depuis 1982. C’est d’une intensité assez forte,
confirme Jean-Paul Pavillon en balayant du regard le Port des Noues, sous les eaux. C’est rare que la Loire remonte aussi haut. On voit qu’on a une légère décrue qui commence à s’annoncer, mais soyons prudents, car on ne sait pas ce qui peut arriver.
Les naufragés de Saint-Jean-de-la-Croix
Quelques salutations plus tard, place au dossier brûlant de la journée. Jean-Paul Pavillon s’installe dans une voiture de service, direction la levée de Saint-Jean-de-la-Croix. Impossible de la franchir à bord d’un quelconque véhicule depuis samedi 14 février.
La scène est surréaliste. Des habitants patientent le long des barrières, sacs de courses remplis à ras bord. D’autres franchissent la levée à pied avec leurs caddies. C’est la seule solution pour se ravitailler.
Sept jours de galère, depuis cette fermeture décidée par le Département. Les travaux commencent à peine ce vendredi 20 février. Alors forcément, Jean-Paul Pavillon ne s’attend pas à un accueil chaleureux. Si je viens voir, c’est aussi pour me faire engueuler de temps en temps
, glisse-t-il à un habitant mécontent d’avoir trop attendu ces travaux. On m’a dit d’évacuer mais mes affaires étaient dans la cave. Quand je suis revenu, il y avait de l’eau partout, j’ai fait ce que j’ai pu pour sauver ce que j’avais
, bougonne-t-il.
Savoir se « faire engueuler »
Le ton monte, le maire répond avec calme, un brin ironique : Bien sûr, nous sommes des irresponsables…
. Les deux hommes finissent par se réconcilier. Je préfère les gens francs qui me disent ça en face plutôt que les gens qui font ça sur les réseaux sociaux
, concède Jean-Paul Pavillon.
Être maire en pleine crise, c’est aussi affronter les critiques et les interrogations des habitants. Près de la levée, ils affluent autour de Jean-Paul Pavillon et le bombardent de questions. Combien de temps les travaux vont-ils durer ? Quand la route va-t-elle rouvrir ? Les véhicules vont-ils pouvoir circuler dans les deux sens ?
Le maire n’a pas toutes les réponses mais prend le temps… Avant d’enchaîner avec d’autres réunions, coups de fil, interviews et rendez-vous auprès des habitants. Pas besoin de faire de sport à côté, donc je ne vais plus à la salle de sport !