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« On ne pouvait plus rester »: les pompiers ont évacué les habitants de ce village du Maine-et-Loire envahi par les eaux... |
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Cheffes-sur-Sarthe, rue du Port, vendredi 20 février. À bord de leur canot de sauvetage, les pompiers volontaires parlent avec un habitant qui va être évacué. © Ouest-France
Le village de Cheffes (Maine-et-Loire), où plus des trois quarts des habitations se trouvent en zone inondable, a été évacué, ce vendredi 20 février 2026. Une opération qui s’est faite sans panique avec le secours des pompiers et des bénévoles de la commune. Au total, une centaine de personnes sont parties d’elles-mêmes ou ont été évacuées. Seule une dizaine ont refusé de partir.
Le retraité est chaussé d’un pantalon de pêche comme tout le monde ici. Alain Colin ouvre la porte de son logement inondé et installe deux gros sacs dans un canoë qui flotte dans un mètre d’eau, à l’entrée de sa maison. « Je quitte mon logement. À un moment, il faut arrêter. L’électricité sera coupée ce soir dans tout le village. Ce n’était plus tenable. » Comme lui, les derniers habitants de Cheffes-sur-Sarthe, au nord d’Angers, (Maine-et-Loire) doivent quitter leur village devenu une presqu’île, en ce vendredi 20 février. Comme au moment de la crue de 1995.
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Dans le bas du bourg, la rue du port est transformée en canal. Les pompiers, Sylvain et Vincent, patrouillent en canot à moteur pour aider les derniers habitants à quitter leur logement. Les évacuations se sont faites au compte-goutte à partir du début de la semaine, mais devant la montée des eaux, les élus se sont rendus à l’évidence. Et la cellule de crise montée par la mairie a sollicité la préfecture de Maine-et-Loire pour procéder à une évacuation générale, ce vendredi matin.
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« C’est la première fois que je quitte mon logement »
Beaucoup d’habitants partent par leurs propres moyens. Comme Alain qui déménage ses dernières affaires aidées de sa fille, Stéphanie, venue de Grez-Neuville. Mais il avoue avoir eu l’arme à l’œil avant de fermer la porte de sa maison. « C’est la première fois que je suis forcé de quitter mon logement. Mais je comprends la décision des élus. Je l’ai été moi-même, alors restons sages… »

Une habitante de la rue du port, à Cheffes-sur-Sarthe, est évacuée en bateau par les pompiers. Ouest-France
Le canot de Sylvain et Vincent continue sa route. Ces deux pompiers volontaires sont venus du Morbihan depuis mardi. En main, ils ont la liste et les adresses des habitants encore chez eux. Ils frappent aux portes et aux fenêtres, jusqu’à ce que les occupants donnent signent de vie. « Les gens sont sympas, ceux qui partent comme ceux qui restent », sourit Sylvain.
En face de chez Alain, les pompiers prennent en charge une femme et son petit chien. Un homme est avec elle, mais il entre dans l’eau plutôt que de sauter dans le bateau. Lui aussi est chaussé d’un pantalon de pêche. « On a eu le temps de voir l’eau monter et de tout protéger, raconte Pascal Brassy. Mais on ne pouvait plus rester. Le plus difficile est de savoir quand est-ce qu’on pourra revenir dans notre maison. »
Le référent de quartier : « Nous sommes les yeux de la mairie »
Les pompiers arrivent devant le logement de Derreck, qui leur ouvre la fenêtre. Ce trentenaire qui travaille dans l’informatique, était en congé quand la Sarthe a débordé de son lit. Lui aussi a dû se résoudre à quitter son logement. « Je vivais à l’étage, après avoir protégé tous mes meubles du rez-de-chaussée. Je vais partir chez mes parents en Sarthe. »
Au même moment, élus, pompiers et volontaires de la commune font le point. Cécile Guillerm, référente de quartier, discute avec un pompier de la Manche : « Je fais le lien entre les habitants et la mairie. Le but est d’informer la mairie sur les habitants qui restent à évacuer, ceux qui sont partis, les personnes handicapées, les animaux de compagnie. » À côté, le pompier opine. « Leur rôle est très précieux. On ne doit oublier personne… ».
À la fin de la journée, cinquante maisons ont été évacuées par les pompiers, les gendarmes et les services de la commune. « En tout, une centaine de personnes ont quitté le bourg grâce aux secours ou par leurs propres moyens, précise le maire Marc Dutruel. Seule une bonne dizaine de personnes ont refusé de quitter leur habitation. » Sous leur propre responsabilité, ces derniers habitants restent dans leur village englouti.