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« La Loire c’est un océan » : isolé par la crue, il organise une gare maritime chez lui pour transporter ses voisins... |
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Steve et Aurélie, avec leurs filles Lilou et Maddie, ont navigué avec Hugues pour rejoindre la terre ferme. © CO – Laurent Combet
Entre Rochefort-sur-Loire et Béhuard (Maine-et-Loire), la Loire est sortie de son lit et a inondé champs, prairies et voies de circulation. Les habitants de nombreux hameaux sont coupés du reste du monde. La solidarité s’organise et les embarcations permettent à chacun de se déplacer.
À Rochefort-sur-Loire (Maine-et-Loire), ce lundi 16 février 2026 au matin, le Louet et la Loire ne font plus qu’un. Une vaste étendue d’eau, à travers arbres et bâtiments submergés, à perte de vue. Au pied de Rochefort, le Louet, rivière devenue fleuve, lèche le pied des premières habitations. L’accès au pont qui mène à la Vallée de la Loire et Béhuard est fermé à la circulation. Un tracteur le traverse néanmoins, halant l’un des nombreux mobile homes évacués du camping inondé. Des piétons, curieux, s’aventurent jusqu’à la guinguette du Port Gogane et la piscine du Louet. Impossible d’aller plus loin.
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La Loire est un océan
, soufflent, impressionnés, Arlette et Bruno. Ce couple de retraités est venu de Saint-Lambert-du-Lattay pour admirer le débordement du fleuve royal. Chez nous, le Layon est dans les champs
, compare le couple. Une année, le panneau Rochefort, juste là, on n’en voyait plus que le haut
, pointe Bruno, qui vient contempler l’impressionnant spectacle à chaque crue. C’est haut, là, mais on a vu pire
, affirme-t-il. Bottes en caoutchouc aux pieds, Alana (7 ans) et Aloïs (4 ans) ont été accompagnés là par leur père, Arnaud. Eux vivent dans les hauteurs
, à Ardenay, à côté de Chaudefonds-sur-Layon. J’ai habité à Rochefort, c’est toujours impressionnant quand la Loire passe par-dessus la route
, constate le jeune père, alors que sa fille teste la bonne étanchéité de ses bottes.

La route département D106, entre Rochefort-sur-Loire et Béhuard, est sous les eaux. CO – Laurent Combet
Sous les yeux des badauds, le courant file vers l’ouest. Grâce aux panneaux et aux arbres largement immergés, on devine encore l’habituel emplacement des routes. La D106, qui mène à Béhuard, a été submergée dimanche. Idem pour la route de la Vallée, qui mène aux hameaux de La Chapelle, Les Robins, Le Creuzil, Le Grand-Ayrault, etc. Avec les Lombardières, en face de Béhuard, ce sont environ 80 maisons qui étaient, lundi midi, isolées, coupées de la terre ferme. Si les voitures ne peuvent plus circuler, quelques bruits de moteurs subsistent tout de même : ceux des bateaux.
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Claude descend justement d’une embarcation. Il vit à La Chapelle depuis 35 ans. Samedi soir, j’ai encore pu passer à pied. Depuis dimanche, ça n’est plus possible.
Avant que le fleuve ne prenne ses quartiers au-delà de son lit, Claude a emmené ses trois chevaux en lieu sûr, au-dessus de Rochefort-sur-Loire. Là, je vais leur donner du foin
, explique-t-il en descendant de son embarcation. En habitué, il constate : Des crues, il y en a parfois trois, quatre la même année, puis il peut ne pas y avoir pendant cinq ou six ans.
Et se souvient : En 1994, l’eau était montée jusque dans ma maison. Là ça n’est pas encore le cas, mais je me demande si ça ne va pas arriver.

Les habitants des Lombardières, face à Béhuard, sont isolés de la terre ferme. CO – Laurent Combet
S’il n’est pas surpris par la crue, on le savait en s’installant là
, Claude confie néanmoins : Il y a toujours un brin d’angoisse quand on voit l’eau monter. Et cette fois-ci, c’est arrivé très vite, c’est un truc de fou.
Habitués, Aurélie et Steve Largeau vont peut-être le devenir, mais il s’agit là d’une première pour ce jeune couple. On a emménagé à La Chapelle mi-septembre
, explique Aurélie. On savait que c’était inondable, mais on ne l’avait pas encore vécu.
Avec leurs deux filles, Maddie (9 ans) et Lilou (12 ans), ils ont été jetés dans le grand bain. On n’était pas équipés alors nos voisins nous ont prêté une barque et des vêtements étanches.
C’est quelque chose que chacun souligne à Rochefort : en période de crue, la solidarité s’installe naturellement.
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Grâce à la petite embarcation qui leur a été confiée, les Largeau ont pu se rendre chez leur voisin, Hugues. Comme Claude, ce dernier vit à La Chapelle depuis une trentaine d’années. Et à chaque crue, sa propriété se transforme en une sorte de gare maritime. On a lancé ça il y a trente ans
, se souvient Claude.On a acheté des tracteurs et des bateaux et on les stocke chez Hugues.
Les deux hommes savent naviguer et les chemins ont été balisés. On rend ce service aux habitants, on passe les gens qui doivent aller travailler
, sourit Hugues. Mieux que ça, des horaires de départ ont été mis en place : J’ai fait un premier passage à 7 h 30, puis à 8 h 30, 9 h 30. On reprend cet après-midi à 15 heures, puis 17, 18 et 19 heures, pour ceux qui rentrent du boulot.
Et pour le ravitaillement ? On va faire nos courses et on les met dans le bateau.
Tout simplement.