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Petite histoire : Curnonsky, l’Angevin qui a marqué la gastronomie

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Petite histoire : Curnonsky, l’Angevin qui a marqué la gastronomie

De l’humour à la haute gastronomie, le parcours de Maurice-Edmond Sailland, alias Curnonsky, est celui d’un autodidacte visionnaire. Né à Angers et devenu l’une des figures les plus emblématiques de la gastronomie française, il a su conjuguer esprit caustique, amour des plaisirs simples et ferveur pour les traditions régionales.

L’ascension littéraire d’un humoriste

Né Maurice-Edmond Sailland le 12 octobre 1872 à Angers, au 10 avenue de Contades, celui que le monde connaîtra comme Curnonsky a non seulement marqué l’histoire de la gastronomie française, mais aussi porté haut les couleurs de son Anjou natal, qu’il qualifiait d’« âme de la vieille France ». Orphelin de mère dès sa naissance et délaissé par un père qui finit par disparaître avec sa maîtresse, le jeune Maurice est élevé par sa grand-mère, Alphonsine Mazeran, une figure lettrée et pleine d’esprit. Cette dernière, passionnée de littérature, initie son petit-fils à Balzac et à l’art des lettres, forgeant les bases de son immense culture.

« Son influence culinaire atteint son apogée lorsqu’il est élu Prince des Gastronomes »

L’ascension littéraire d’un humoriste

En 1890, il quitte Angers pour Paris, où il entame des études de lettres. Mais très vite, il abandonne le cursus académique pour se consacrer au journalisme humoristique. À partir de 1895, il collabore avec les célèbres « ateliers Willy », signant des articles parfois payés cent francs or. Colette, alors épouse de Willy, se souvient de leur collaboration : « Cur et moi avons bougrement travaillé pour Môssieur Willy ».

C’est à cette époque qu’il adopte le pseudonyme Curnonsky, un clin d’oeil à la mode russe du moment et aux racines latines de l’expression
« Cur non » (« pourquoi pas »). Sous ce nom, il publiera plus de 65 ouvrages, allant de romans humoristiques à plusieurs collaborations en tant que « prête-plume ».

Un chroniqueur noctambule

À Paris, Curnonsky devient une figure du Tout-Paris littéraire et festif. Il fréquente Chez Maxim’s et les salons de Veber, où il brille par son esprit caustique.
Les soirées interminables dans la salle qu’ils baptisent « L’Omnibus » réunissent les esprits les plus brillants de l’époque. Ces rassemblements forgent sa réputation d’homme d’esprit, mais aussi de bon vivant, amateur de plaisirs simples et raffinés.

Curnonsky excelle également dans l’art de la réclame, créant des slogans pour des marques emblématiques. C’est lui qui baptise le bonhomme Michelin « Bibendum », associant son nom à l’idée qu’il « boit tout, même l’obstacle ». Fidèle à ses convictions, il refuse les compromis pour l’argent, comme lorsqu’il répond à une marque de margarine : « Rien ne remplace le beurre ».

Le prince des gastronomes

En 1919, il se tourne vers une nouvelle passion : la gastronomie. Avec son ami Marcel Rouff, il sillonne la France pour redécouvrir les trésors culinaires des régions et promouvoir ce qu’il appelle « la sainte alliance du tourisme et de la gastronomie ». De leurs voyages naît La France gastronomique, une série de 28 guides recensant les meilleures auberges et spécialités locales.

En 1927, son influence culinaire atteint son apogée lorsqu’il est élu « Prince des Gastronomes par les lecteurs de Paris-Soir ». Cette distinction, obtenue grâce au soutien des Angevins de Paris, vient couronner son travail de promotion des cuisines régionales. Un an plus tard, il fonde l’Académie des Gastronomes, inspirée de l’Académie française, pour préserver et valoriser cet art culinaire.

Curnonsky prône une cuisine simple et authentique, à contre-courant des extravagances culinaires de son époque. Sa célèbre maxime « La cuisine, c’est quand les choses ont le goût de ce qu’elles sont » résume sa philosophie. Grand défenseur des cuisines régionales, il évoquait souvent avec gourmandise les rillauds, les fouées ou encore les vins de Loire, qu’il considérait comme des joyaux de son Anjou natal.

En 1947, il crée la revue Cuisine et Vins de France, qui deviendra une référence dans le domaine.

Un attachement indéfectible à l’Anjou

Bien qu’il ait adopté Paris comme lieu de vie, Curnonsky n’a jamais oublié ses racines angevines. Il décrit l’Anjou comme « l’âme de la vieille France » et y revient régulièrement pour retrouver les paysages et saveurs de son enfance. En 1956, la ville d’Angers décide de lui rendre hommage en rebaptisant la place Saint-Martin en place Maurice- Sailland, soulignant ainsi l’attachement de l’Anjou à l’un de ses plus célèbres ambassadeurs.

Le 22 juillet 1956, à l’âge de 83 ans, Curnonsky s’éteint à Paris, victime d’un malaise qui le fait chuter par la fenêtre basse de son appartement.

Sa mort marque la fin d’une époque, mais son héritage perdure. Une plaque commémorative dans le 8e arrondissement de Paris, rappelle sa contribution exceptionnelle à la gastronomie française.

Curnonsky n’était pas seulement un gastronome ; il était un ambassadeur de l’art de vivre à la française. Ses guides, ses aphorismes et son amour des plaisirs simples continuent d’inspirer les amateurs de bonne chère. Aujourd’hui encore, son œuvre perpétue cette idée que la gastronomie est une culture, un patrimoine, et un plaisir à partager.

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