Michèle Planaud-Garnier : la calligraphie entre rigueur du geste et poésie de l’âme
À Angers, Michèle Planaud-Garnier vit la calligraphie comme un art du silence et du souffle. Enseignante de français langue étrangère (FLE) et artiste passionnée, elle a découvert cet art de l’écriture chinois à l’âge adulte, au détour d’une vie d’expatriation. De l’intuition au trait, elle trace un chemin exigeant et poétique, entre rigueur du geste et profondeur intérieure.
Il y a des choix qui ressemblent à des évidences. Pour Michèle Planaud-Garnier, la calligraphie a surgi comme une réponse intime à un manque, un besoin de se reconnecter à une part d’elle-même révélée à l’autre bout du monde. Artiste calligraphe et enseignante à l’Institut municipal d’Angers, elle a découvert cet art exigeant à l’âge adulte, sans l’avoir cherché, mais avec l’intuition qu’il deviendrait essentiel.
Tout commence loin d’ici. Après des années passées au Soudan et à Singapour, Michèle atterrit avec sa famille en Nouvelle-Calédonie. Un choc. L’accueil y est rude, les tensions sociales omniprésentes. Le contraste avec la chaleur humaine rencontrée à Khartoum ou à Singapour est brutal. Elle s’y sent étrangère, isolée. C’est dans ce creux existentiel qu’émerge un désir impérieux : se reconnecter avec l’Asie. Mais comment, quand on vit à des milliers de kilomètres ? Par la calligraphie. « Je ne connaissais rien à cet art. Je voulais juste retrouver un lien, quelque chose de l’Asie. »
Quelques années plus tard, installée à Sydney, elle rencontre Liang Xiao Ping, calligraphe renommée formée aux Beaux-Arts, connue pour sa rigueur. Michèle postule à ses cours, passe un entretien. « Elle voulait savoir si j’étais prête à m’y consacrer pleinement. Ce n’est pas un art que l’on effleure. »
Et la rigueur s’installe. Elle travaille debout, pinceau tenu à la verticale, plusieurs heures par jour. Elle passe un mois sur un seul caractère, recommençant sans relâche jusqu’à la justesse. « Ce n’est pas seulement écrire, c’est incarner le trait. Chaque geste doit être habité. » La calligraphie devient une danse silencieuse. Debout face au papier, l’amplitude du bras dicte le rythme. Tout le corps est engagé. Le souffle, la posture, l’intention : chaque élément compte. « Travailler debout change tout. On ne guide plus le pinceau avec le poignet, mais avec l’épaule, le dos, le centre. Le geste doit être juste et précis. »
Dans cette pratique minutieuse, Michèle découvre aussi une forme de méditation. Le geste répété devient rituel. Le silence devient complice. « J’ai toujours aimé les arts manuels. Mais avec la calligraphie, j’ai trouvé autre chose : une forme de concentration qui apaise. »
Très vite, son maître la distingue. Après seulement trois mois de pratique, elle est invitée à participer à une grande exposition à la Galerie du New South Wales. Elle pense d’abord à un geste de bienveillance. Mais non. Son trait dit quelque chose. « Liang me disait que j’avais une intuition du geste. Et un jour, elle m’a dit en riant : “Tu as dû être chinoise dans une autre vie”. »
C’est peut-être là que réside la force de Michèle Planaud-Garnier : dans cette capacité à s’abandonner à un art qu’elle ne connaissait pas, mais qu’elle a abordé avec une grande fidélité intérieure. La calligraphie devient pour elle un langage sans mots, une poésie du mouvement. Un pont entre les cultures, mais aussi entre le visible et l’invisible. Aujourd’hui encore, elle calligraphie, expose, collabore avec des artistes, toujours avec la même exigence, la même générosité. À travers son métier d’enseignante, elle partage le monde vivant et foisonnant des mots, de la culture et du dialogue.
« Quand j’enseigne le FLE, je suis dans le partage : des mots, de la culture française, et surtout de l’échange. C’est un métier très sociable. À l’inverse, la calligraphie est un travail solitaire qui demande de la concentration, du silence, même lorsque je collabore avec d’autres artistes. »
L’artiste calligraphe explore un langage sans paroles, fait de souffle, de rythme et de silence. Deux langages, deux gestes : l’un pour dire et partager, l’autre pour ressentir et méditer. Dans chaque œuvre, il y a un peu de son histoire, de ses voyages, de ses ancrages. La calligraphie, pour Michèle Planaud-Garnier, est bien plus qu’un art visuel : c’est une manière d’habiter le monde avec justesse et poésie.
Les premières calligraphies apparaissent en Chine il y a plus de 3 000 ans. Avant même l’apparition du pinceau, les premiers caractères figuratifs sont gravés sur des carapaces de tortues, des os d’animaux ou des objets en bronze.
L’écriture chinoise a la particularité d’être à la fois image, signe et son. La calligraphie est donc tout naturellement le premier des arts, qui lie peinture et poésie par la grâce du pinceau.
L’acte calligraphique s’inscrit simultanément dans trois traditions : l’une issue de l’art du copiste de sûtras bouddhiques, une autre de la culture aristocratique des cours de la Chine du Sud, la troisième du taoïsme mystique.
Itinéraire artistique
Michèle Planaud-Garnier a vécu en Afrique, en Asie du Sud-Est, en Nouvelle-Calédonie, en Australie, au Japon et aux États-Unis. De 2007 à 2011, elle étudie la calligraphie chinoise avec Maître Liang Xiao Ping avant de poursuivre sa formation en calligraphie japonaise avec l’artiste Yukako Matsui. Ancienne membre de l’Académie australienne de calligraphie orientale, l’artiste expose depuis 2008. Elle débute à Sydney avec « Homage to the Olympic Spirit » au Parliament House, aux côtés de son maître Liang Xiao Ping. L’année suivante, son travail est remarqué au Royal Easter Show, avant qu’elle ne participe à plusieurs expositions collectives organisées par les associations australiennes de calligraphie et de peinture chinoise.
Entre 2010 et 2011, elle réalise des œuvres sur commande pour des entreprises et des particuliers. En 2013, elle expose à Tokyo avec l’artiste Y. Matsui une série inspirée de La Peste d’Albert Camus, qui lui vaut de nouvelles commandes. Elle poursuit ensuite son parcours au Japon, notamment à Tokyo et au Kyushu (2015), puis en France : à Paris avec Autour du Japon V (2015), Mémoires olfactives (2017) et à Lescure-d’Albigeois en 2018. En 2020, elle participe à l’exposition internationale Inspired by Masters à la Sagamore Gallery de Miami Beach (États-Unis). Elle pose ses valises à Angers en 2022. En février 2023, elle illustre le recueil de poésie Tales from the Garden écrit par Dominique Lancastre.