Louise Kauffer : « Travailler avec eux fait ressortir les meilleurs côtés de moi »
Alors que seules 39 % des personnes en situation de handicap ont un emploi en France (source : DREES, 2023), le Café Joyeux d’Angers montre qu’un autre modèle est possible. Depuis son ouverture le 29 avril 2024, plus de 34 000 convives ont franchi ses portes, accueillis par des équipiers porteurs de trisomie ou d’autisme, tous en CDI. À leurs côtés, Louise Kauffer, responsable de cet antre de la bonne humeur, vit bien plus qu’un métier : une aventure humaine et exigeante, portée par une mission essentielle.
Louise Kauffer : « Travailler avec eux fait ressortir les meilleurs côtés de moi »
À Angers, un café pas comme les autres a soufflé sa première bougie. Au Café Joyeux, installé boulevard Foch, sept équipiers en situation de handicap mental ou cognitif travaillent en CDI dans un cadre à la fois exigeant et profondément humain. Aux commandes, Louise Kauffer, 28 ans, ingénieure agroalimentaire de formation, a trouvé ici bien plus qu’un métier : un lieu de transformation personnelle.
Alors que seules 39 % des personnes en situation de handicap ont un emploi en France (source : DREES, 2023), le Café Joyeux d’Angers montre qu’un autre modèle est possible. Depuis son ouverture le 29 avril 2024, plus de 34 000 convives ont franchi ses portes, accueillis par des équipiers porteurs de trisomie ou d’autisme, tous en CDI. À leurs côtés, Louise Kauffer, responsable de cet antre de la bonne humeur, vit bien plus qu’un métier : une aventure humaine et exigeante, portée par une mission essentielle.
« Je suis entrée pour le poste, je suis restée pour la mission »
Originaire de Lille, rien ne la prédestinait à la restauration. « J’ai fait une école d’ingénieur agro, je n’avais jamais travaillé dans un restaurant ni avec des personnes en situation de handicap. » Ce qu’elle cherche alors, c’est la polyvalence du poste, le concret du terrain, le management humain. Mais très vite, c’est le sens qui la retient. « Je suis entrée pour le poste, je suis restée pour la mission. »
Une mission simple et essentielle : rendre visible le handicap mental et cognitif, en proposant un emploi digne à des personnes trop souvent écartées du monde du travail. « Je n’y étais pas du tout confrontée avant. C’était comme s’il n’existait pas à mes yeux », confie-t-elle. Aujourd’hui, elle voit bien ce que ses équipiers — c’est ainsi qu’on appelle les employés en situation de handicap — apportent : de la joie, de l’humanité, et une incroyable capacité à évoluer.
« Ils sont capables de faire bien plus que ce qu’on imagine. Il faut juste leur faire confiance. »
« On ne se fait pas un check en arrivant, on se fait des câlins »
Louise se forme à Paris, Bordeaux, puis Montrouge, où elle ouvre un Café Joyeux au sein du Crédit Agricole. « Ce que j’attendais depuis trois ans et demi », souffle-t-elle. À Angers, elle pilote l’ouverture du premier établissement en province. « Accompagner toutes les étapes, du recrutement à l’ouverture. Aujourd’hui, je suis à ma place. »
Elle recrute elle-même ses sept équipiers. Quatre sont porteurs de trisomie 21, trois présentent des troubles du spectre de l’autisme. « Je ne cherchais pas les profils les plus expérimentés, mais les plus complémentaires. Je voulais une vraie diversité, entre handicaps visibles et invisibles, entre personnalités introverties et extraverties. » Il y a Victor, très expansif, et Gaspard, tout en discrétion. Ils sont très différents, mais très copains.
Le lien est immédiat. « On ne se fait pas un check en arrivant, on se fait des câlins. » Une ambiance très famille, renforcée par une communication sans détour : « Tout est simple. On se dit les choses, et basta. » Même les petites histoires de cœur n’ont jamais perturbé l’équipe.
La vie au Café Joyeux est rythmée par le service, le bruit, les interactions constantes. Ce n’est pas tout repos. « Ce sont des métiers physiques, exigeants, et il faut être résistant. » Mais Louise ne tarit pas d’éloges : « Ils donnent tout. Personne ne râle. Ils sont heureux de venir travailler, ils nous disent merci. Ils ne traînent jamais la patte. »
Leur spontanéité, leur bienveillance, leur joie de vivre transforment Louise. « Travailler avec eux fait ressortir les meilleurs côtés de moi. Je suis obligée d’être plus patiente, plus attentive… Ça me fait grandir. »
« C’est un peu notre défi : ne pas faire à leur place, mais faire avec eux (...) »
Ce regard sans filtre modifie aussi ses relations personnelles. « Je suis moins dans le calcul, plus dans la spontanéité. C’est une vraie leçon de vie. »
Le Café Joyeux d’Angers n’est pas seulement un lieu de travail. C’est un lieu de rencontres, fidèle à la vision de Yann Bucaille. « C’est un peu notre défi : ne pas faire à leur place, mais faire avec eux, en leur laissant la place. » Certains convives reviennent chaque semaine, parfois simplement pour discuter. « Ce sont souvent des personnes seules, qui trouvent ici une oreille, une chaleur. »
Et plus qu’un café, c’est aussi un restaurant : « On fait des toasts, des croque-monsieur, des salades... Tout est fait maison, avec des produits de saison. Mais les gens ne le savent pas toujours. »
« C’est super ce que tu nous fais vivre, mais je vais rentrer chez moi et je n’ai pas de travail »
Cette mission, c’est celle portée par Yann Bucaille, fondateur du Café Joyeux. Avant d’imaginer un restaurant, il crée l’association Emeraude Solidaire pour emmener en mer des personnes en fragilité — âgées, en réinsertion, ou porteuses de handicap — sur un catamaran adapté. Un jour, un jeune porteur de trisomie 21 lui dit : « Capitaine, il paraît que tu es patron, fais-moi travailler. Ce n’est pas juste, je suis handicapé c’est vrai, mais je veux être utile. » Cette phrase bouleversante a l’effet d’une bombe. Yann décide d’aller plus loin : créer un lieu d’embauche stable, valorisant et accessible à tous. Un café-restaurant.
Le 13 juin dernier, l’équipe a fêté la signature des sept CDI, entourée des familles, mécènes, anciens stagiaires et convives fidèles. Une belle fête, ponctuée par les sourires, les accolades et les souvenirs partagés.
Louise, qui attend un bébé pour fin août, ne sait pas encore ce que l’avenir lui réserve. « Ce rythme-là, je ne sais pas comment je vais le gérer avec une vie de famille… » Mais elle le dit sans détour : « Ce n’est peut-être pas pour toute ma vie, mais c’est le meilleur métier du monde. »
Sur un panneau coloré, derrière le comptoir, une phrase choisie avec les équipiers résume l’esprit du lieu : « Vous entrez heureux, vous sortez joyeux. » Elle résume tout.
Infos Pratiques
- Café Joyeux
- 36 Bd du Maréchal Foch
- 01 87 53 64 80
- cafejoyeux.com
- @cafejoyeux