L’Oisellerie, la maison qui donne des ailes
C’est une maison captivante, riche d’un héritage prestigieux et passionnant. Cette demeure discrète, devant laquelle chaque Angevin est déjà passé, renferme un patrimoine exceptionnel. Son histoire, qui remonte au 16e siècle, se poursuit aujourd’hui grâce au courage et à l’ambition de Johanna et Marlène. Un voyage à travers les siècles en immersion dans une bulle de douceur.
L’essor des maisons à pan de bois
À la fin du Moyen Âge et au début du XVIe siècle, de nombreuses maisons à pan de bois sont construites, dont une quarantaine subsiste encore le long des anciens axes commerçants. Parmi elles, la célèbre Maison d’Adam, érigée en 1491, appartenait à un apothicaire nommé Jean Lefèvre.
En 1580, une autre magnifique bâtisse fut construite à proximité, dans la rue de la Poulaillerie. On y vendait principalement des volailles, et les marchands d’oies, ainsi que les aubergistes, venaient s’y approvisionner.
Toutefois, au XVIe siècle, les marchands de volailles quittèrent la zone pour s’établir dans le quartier de la Poissonnerie, où, moins isolés, ils pouvaient conclure des affaires plus lucratives. Ils furent rem placés par les «oiseleurs », qui vendaient des oiseaux de compagnie, souvent ramenés d’Afrique ou d’Amérique par des voyageurs intrépides. Des perroquets aux plumages éclatants et des perruches côtoyaient les serins traditionnels et les rossignols au chant cristallin.
C’est ainsi que la rue prit le nom de «l’Oisellerie ». Ce commerce, très actif jusqu’à la Révolution, s’interrompit, et la rue fut rebaptisée rue de la Frugalité. Après les troubles, elle retrouva son nom d’origine, bien que le commerce des oiseaux n’y ait jamais repris.
« L’ amour et la passion qu’on amis dans ce projet transpire de nous. C’est aussi cela que les voyageurs viennent chercher »

Au 5 rue de L’Oisellerie
Cette splendide bâtisse classée au titre des Monuments Historiques aurait appartenu à un riche boucher, comme en témoignent ses deux corps de logis, sa superbe façade sculptée, et son escalier monumental en bois de chêne datant du XIVe siècle.
Acquise dans les années 60 par une famille angevine d’étainistes, cette demeure au charme intemporel a été restaurée par Henri Enguehard. Cet illustre architecte angevin, alors chef des services des bâtiments de France, est passionné par les maisons du XVIe siècle. Il en redessine les vitraux, installe des sols inspirés du style Chenonceau, et sculpte les cariatides et atlantes qui ornent la façade.
Grâce à cette restauration minutieuse, la maison est dans un état remarquable lorsque deux jeunes femmes de 25 ans en tombent amoureuses. Johanna et Marlène, toutes deux angevines se rencontrent lorsqu’elles sont au lycée. Un coup de foudre amical qui s’enracine au fil des soirées festives qu’elles partagent avec leurs amis communs.

Johanna entreprend des études dans le secteur du tourisme et de l’hôtellerie, tandis que Marlène se dirige vers des études de communication publique. La première démarre sa carrière dans les hôtels parisiens tandis que la seconde termine sa licence sur Angers. Attirée par la vie parisienne, Marlène décide de rejoindre Johanna, qui l’accueille dans son appartement de 19 m². Elles s’entendent si bien qu’elles commencent à voyager à travers le monde.
Elles explorent la Grèce, parcourant les plages d’Andros, Mykonos et Santorin. Un voyage à Marseille en 2015 marque un tournant décisif dans leurs aspirations : portées par leur passion commune des voyages et des rencontres, elles souhaitent entreprendre ensemble dans le tourisme.
Au détour de la rue Toussaint, une pancarte suspendue à la porte du numéro 5rue de l’Oisellerie attire leur attention. La mention « À vendre » s’étire en toutes lettres. Elles décident alors d’appeler le propriétaire et visitent la maison dès le lendemain.
Émerveillées par ce joyau de la Renaissance, elles n’ont plus qu’une idée en tête : investir les lieux pour y créer un nid chaleureux et redonner à cet endroit toute sa splendeur.

Un voyage en Mongolie viendra sceller ce projet, et c’est à leur retour en France qu’elles quitteront leurs emplois respectifs pour démarrer un nouveau voyage : celui de l’Oisellerie, des chambres de caractère au cœur d’Angers.
Johanna entame une formation à la CCI et obtient avec brio tous les diplômes nécessaires à la création et la reprise en hôtellerie-café restaurant. En avril 2016, armées de leur courage et de leur détermination, les deux aventurières font leur proposition d’achat, bien en deçà du prix demandé.
La famille, charmée par leur projet et leurs personnalités accepte de vendre la maison de leur défunte maman, persuadée « qu’elle aurait adoré leur démarche ». Commence alors une période longue et fastidieuse de travaux, dirigée par un architecte des bâtiments de France. Neuf mois de travaux durant lesquels elles s’impliquent corps et âme pour ouvrir les portes de l’Oisellerie en juillet 2018.
Un soutien familial indéfectible
Leurs familles respectives les aident et les accompagnent dans cet ambitieux projet qui semble un peu fou. Un soutien inestimable pour ces deux jeunes entrepreneuses pour qui la famille est indispensable et précieuse. Elles puisent leur force dans leur collaboration et dans l’entourage bienveillant qui les porte. Un esprit de famille qu’elles valorisent et qui s’inscrit dans la lignée des premiers acquéreurs des lieux.
Leur authenticité et leur ténacité leur permet de sculpter un nid à leur image où se dessinent de magnifiques chambres : la Volière, le Nid, le Perchoir, le Refuge, le Pigeonnier et les Inséparables. Une maison familiale où l’hospitalité chaleureuse et les échanges avec les voyageurs imprègnent les murs et façonnent l’histoire de ce lieu emblématique.

« L’Oisellerie est notre plus grande chance et notre plus grande richesse, on se nourrit de nos rencontres »
C’est une histoire d’amour, d’amitié et de passion que cette maison nous raconte. Dans l’intimité de son antre, ce sanctuaire de beauté et de bonne humeur nous transmet l’indicible joie du partage et du voyage. Longue vie à l’Oisellerie !
« Ce fut très intéressant de travailler avec les architectes des Bâtiments de France car il y a une vraie recherche historique »
Une atmosphère unique
À peine entré, vous êtes happé par le cachet et l’authenticité du lieu. Les tomettes, poutres apparentes, vitraux et colombages qui ornent la demeure lui confèrent charme et authenticité.
La cour intérieure et ses hauteurs vertigineuses sont envoûtantes de beauté. Chaque espace de vie de la maison a été transformé en cinq chambres confortables et uniques, chacune équipée d’une salle de bain privative et de toilettes séparées, tout en conservant l’âme du lieu.
Les hôtesses sont méticuleuses et avenantes et le soin accordé au petit déjeuner est exceptionnel. Si vous souhaitez voyager dans le temps et vous dépayser, c’est bien à l’Oisellerie qu’il faut vous arrêter !
Le pouvoir de l’Histoire
« Que diront nos arrières neveux si nous leur léguons qu’une grande ville vulgaire, ressemblant à toute autre, ne conservant aucun asile, aucun refuge pour un souvenir, une pensée de reconnaissance et d’amour, où la vie s’écoule froidement sans traces des ancêtres et sans affection d’enfance ? Ils nous accuseront d’avoir décoloré notre héritage et glacé tout leur avenir. N’auront-ils par raison de proférer ces plaintes, que nous n’entendrons plus, il est vrai, mais qui pèseront sur notre mémoire ? » (Crosnier Léon « La rue de l’Oisellerie » Revue de l’Anjou, [Fin du XIXe siècle], page 365)
L’Oisellerie
5 Rue de l’Oisellerie
06 42 43 70 32
loisellerie.com - @oisellerieangers