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L’histoire mouvementée des archives d’Angers

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photo l’histoire mouvementée des archives d’angers © sylvain bertoldi
L’histoire mouvementée des archives d’Angers © Sylvain Bertoldi

Depuis plus de cinq siècles, les archives municipales d’Angers ont connu un destin mouvementé, entre préservation et pertes irréparables. De la création de la mairie sous Louis XI aux déménagements chaotiques du XIXe siècle, leur histoire reflète les défis de la mémoire collective. Entre oublis, sauvetages et modernisation, elles sont aujourd’hui un précieux témoin du passé angevin.

Une mairie et un greffier pour préserver la mémoire

En février 1475, le roi Louis XI accorde à la ville d’Angers le droit de se gouverner librement en instituant une mairie. Dès sa création, un greffier, également chargé de la conservation des archives, est nommé. Ces documents précieux sont placés dans un coffre à triple serrure, garantissant leur protection. Lors de l’installation d’un nouveau maire, un rituel symbolique se met en place : le greffier reçoit une bourse de velours rouge ornée des armes de la ville, contenant les sceaux et clés des archives.

Des inventaires précoces mais un classement fragile

Les premières traces d’inventaires apparaissent en 1521 puis en 1533, date à laquelle les archives sont déposées dans la salle du conseil municipal. De cet inventaire de 1533, seul un fragment de vingt-deux feuillets nous est parvenu. Malheureusement, au cours des deux siècles suivants, ces documents subissent de nombreux déplacements, entraînant leur dispersion et leur désorganisation. Certains historiens les consultent, mais souvent en dehors de l’hôtel de ville. Ainsi, en 1689, l’érudit Pétrineau des Noulis emporte une grande partie des registres de délibérations pour rédiger une histoire de l’Anjou et ne les restitue qu’en 1699, après l’intervention du maire.

Tentatives d’organisation et pertes irréparables

Face au chaos grandissant, un archiviste contractuel, Fombeure, est recruté entre 1773 et 1786 pour remettre de l’ordre et établir un inventaire détaillé. Si la Révolution ne semble pas avoir causé de pertes majeures, des pillages ponctuels sont néanmoins signalés. En 1825, un déménagement désastreux vers la nouvelle mairie provoque une véritable catastrophe. Sans précaution, les documents sont transportés pêle-mêle, les cartons éclatent sous leur poids et leur contenu se disperse, rendant leur réorganisation quasi impossible. Une grande partie des archives se retrouve dans des pièces humides où elles se détériorent rapidement. Parmi les pertes les plus regrettables figure le grand cartulaire de la ville, dont il ne reste que 15 volumes sur 151. Fort heureusement, un index manuscrit établi par Fombeure, surnommé le cartulaire analysé, permet de garder une trace de ces documents disparus.

Face à ce désastre, l’archiviste Jacques-Gabriel Foucqué, ancien responsable des archives d’Indre-et- Loire, est sollicité pour restaurer un semblant d’ordre. Les documents sont finalement déplacés vers 1855 dans une salle sous les combles de l’hôtel de ville, où ils resteront jusqu’en 1980.

Vers une organisation moderne des archives angevines

L’impulsion d’une véritable politique d’archives ne survient qu’à la fin du XIXe siècle. En 1857, une circulaire ministérielle fixe les cadres de classement des archives communales. C’est Célestin Port, archiviste du département, qui se charge de leur inventaire entre 1858 et 1861. Mais après son départ, elles retombent dans l’oubli.

En 1881, sous l’impulsion du maire Jules Guitton, un service est enfin créé et confié à Louis Aubert, notaire honoraire. Visionnaire, il met en place une organisation rigoureuse : un règlement général, un bordereau de classement et une procédure de versement des archives. Toutefois, une altercation avec un adjoint le pousse à démissionner en 1885, laissant le service dans l’instabilité. Sans responsable dédié, les archives s’amoncellent à tel point qu’elles menacent de s’effondrer dans le bureau du maire ! Une partie est alors transférée en 1916 à la bibliothèque municipale, où elles resteront jusqu’en 1980.

En 1933, sous l’impulsion de l’archiviste départemental Jacques Levron, un archiviste municipal est nommé, mais le manque de moyens empêche une gestion efficace. En 1947, les archives sont même totalement fermées faute de personnel. Il faut attendre 1966 et la volonté du maire Jean Turc pour voir le service renaître, avec le recrutement d’un historien angevin, André Sarazin, et d’un employé. Mais ce n’est qu’en 1980 que les archives quittent leur grenier pour être installées dans le sous-sol du nouvel hôtel de ville, rue des Ursules.

Un essor remarquable à partir des années 1980

L’évolution des archives municipales prend une nou-velle dimension sous l’ère du maire Jean Monnier. En 1981, elles deviennent un service de première catégorie, dirigé dès 1984 par un archiviste-pa-léographe. L’informatisation débute en 1988, per-mettant un traitement plus efficace des fonds.

Le fonds iconographique, encore embryonnaire, prend son essor en 1990, grâce au don de Robert Brisset, qui lègue 16 000 clichés et cartes pos-tales sur Angers. Une photothèque municipale est créée en 1996, enrichie par les fonds du ser-vice Information et Relations publiques, portant le total à 280 000 clichés. En 1999, une section spécifique est ouverte pour collecter les objets de communication édités par la ville. Le service connaît une réorganisa¬tion importante en 2002, avec l’in¬troduction des logiciels spécialisés Arkhéia pour les archives et Cadic pour la documentation. En 2011, la photothèque est à son tour moderni-sée avec une gestion informatisée.

Des archives toujours en mouvement

Depuis les années 2000, les fonds continuent de s’enrichir grâce à des donations et des acquisitions d’ar¬chives publiques et privées : fonds Lemaire sur l’agriculture biologique, opérations d’urbanisme, Associa¬tion Présence de l’Art Contemporain, compagnie Jo Bithume, ou encore archives de Christine Brisset, fonda¬trice des Castors angevins en 1950.

Malgré cet essor, le service reste dispersé dans cinq sites à travers la ville. Un projet ambitieux de démé¬nagement des archives patrimoniales est initié en 2018, visant un transfert dans l’ancien restaurant universitaire du jardin des Beaux-Arts, à proximité de la bibliothèque municipale et des musées. Ce projet accompagne la sé¬paration du service en deux entités : 

1) Les Archives patrimoniales, rat¬tachées à la direction Culture-Patri¬moines-Créations. 
2) Les Archives vivantes, liées aux documents contemporains et inté¬grées au pôle Ressources internes.

La documentation et la photothèque de communication sont quant à elles désormais rattachées au service de communication interne.

Un patrimoine accessible à tous

L’objectif du service des archives municipales ne se limite pas à la conservation, mais s’étend aussi à la valorisation du patrimoine écrit angevin. Conférences, expositions et publications se multiplient. L’exposition Trésor d’Archives, organisée avec Brest, Nantes et Rennes, a attiré 60 000 visiteurs.

D’autres événements, comme Au bonheur des Angevins sur le commerce local (2004) ou Jean-Adrien Mercier, les couleurs du rêve (2010), ont également rencontré un grand succès. L’Association des Amis des Archives d’Anjou, fondée en 1996, participe activement à cette mission avec la publication de la revue annuelle Archives d’Anjou.

Après des siècles de tumultes, les archives municipales d’Angers se sont imposées comme un véritable trésor de mémoire, au service des chercheurs, des passionnés d’histoire et du grand public. 

D’après un article de Sylvain Bertoldi, directeur des Archives patrimoniales de la ville d’Angers.

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