Angers. La curieuse histoire de Sainte Babille et la mystérieuse boule aux rats
Dans son livre Anjou insolite et secret, qui vient de paraître aux éditions Jonglez, le journaliste Pierre-Louis Augereau raconte le Maine-et-Loire hors des sentiers battus. Il nous présente ici la curieuse sainte Babille et la mystérieuse boule aux rats que l’on peut voir dans l’église Saint-Maurille des Ponts-de-Cé.
Sainte Babille, la bavarde cadenassée
Dans l’église Saint-Maurille des Ponts-de-Cé, une spectaculaire miséricorde de stalle représente sainte Babille qui réalise l’exploit d’avoir à la fois la langue bien pendue et la bouche cousue, solidement fermée par un cadenas à serrure. L’impénitente bavarde, qui a été canonisée par la tradition populaire, a même l’insigne honneur d’illustrer la couverture de l’indispensable Dictionnaire des saints imaginaires et facétieux de Jacques E. Merceron, un pavé de 1 298 pages publié au Seuil, dans lequel on apprend qu’on la priait pour se protéger des ragots et qu’on la surnommait parfois « la Babillarde ».
« Cette figure peut également revêtir une tout autre signification en symbolisant l’adepte initiée, détentrice muette des secrets sacrés »
L’auteur rappelle que « l’un des thèmes récurrents de nombre d’oeuvres de la littérature médiévale vis-à-vis des femmes concerne l’accusation de bavardage inutile, voire nocif. Babillages, caquetages et trahisons de secrets sont le lot commun de la gent féminine dans les fabliaux, dits et farces, voire dans certains lais et romans ». Il cite par ailleurs deux consoeurs de Babille : les saintes imaginaires Quaquette et Caquita, « emblématiques du caquetage féminin ».
Certains, plus prosaïquement, voient plutôt dans sainte Babille une religieuse novice qui a tout simplement besoin d’avoir la langue cadenassée pour parvenir à respecter son voeu de silence. Dans une perspective ésotérique, cette figure peut également revêtir une tout autre signification en symbolisant l’adepte initiée, détentrice muette des secrets sacrés.
« Il n’en existe plus qu’une petite dizaine d’exemplaires dans les églises et cathédrales de France »
Une énigmatique boule aux rats
Dans cette même église des Ponts-de-Cé, une autre miséricorde de stalle représente l’énigmatique « boule aux rats ». Elle est ici composée de plusieurs rongeurs qui grignotent un globe terrestre posé dans une paume ouverte et surmonté d’une croix. Il n’en existe plus qu’une petite dizaine d’exemplaires dans les églises et cathédrales de France.
Différentes interprétations ont été données au fil du temps à cette mystérieuse représentation qui est apparue aux XVe et XVIe siècles. La plus courante ex-plique qu’elle pourrait symboliser la religion catholique rongée par l’impiété et les hérésies, ou bien le monde gangrené par le mal, la maladie et la misère.
Les rats, qui grouillent dans les entrailles de la terre, furent (à cause de leurs puces) les principaux vecteurs de la grande peste qui fit environ 25 millions de victimes en Europe au XIVe siècle. On ignorait alors leur responsabilité dans cette pandémie mondiale, ce qui n’empêchait pas cet animal de faire déjà partie du bestiaire maléfique, au même titre que le crapaud ou le serpent. Dans une étude sur « Le rat employé comme symbole dans la sculp¬ture du Moyen Âge », Adolphe Duchalais explique pourquoi il voit dans les rats les symboles de tous les vices : « Ces animaux sont l’emblème d’un agent destructeur, d’un mal quelconque que chacun doit fuir. Or, quelle chose est plus à fuir que les vices qui mènent au péché et à la damnation éternelle ? »
« Les stalles de l’église des Ponts-de-Cé proviennent du prieuré de La Haye aux Bonshommes d’Avrillé »

Des stalles sauvées in extremis
Datées de la fin du XVe siècle - début du XVIe siècle, les stalles de l’église des Ponts-de-Cé proviennent du prieuré de La Haye aux Bonshommes d’Avrillé qui abrite à présent un couvent dominicain, mais dont les bâtiments avaient été vendus comme biens nationaux à la Révolution. À la fin du XIXe siècle, le mobilier et les éléments de décoration avaient été entassés dans une cour et promis à la destruction. Une douzaine de stalles ont cependant été récupérées et restaurées en 1802 par le curé Gazeau qui a ainsi pu remeubler son église Saint- Maurille des Ponts-de-Cé, celle-ci ayant été mise à sac à la Révolution.
Anjou Insolite
Ce texte est tiré du livre Anjou insolite et secret qui vient de sortir aux éditions Jonglez. Il est écrit par Pierre-Louis Augereau qui vit à Angers et qui a été durant 40 ans journaliste au Courrier de l’Ouest, principalement à Cholet, Saumur et Angers.

Présentes dans une quarantaine de pays avec des livres écrits en neuf langues, les éditions Jonglez publient ici le 60e titre de leur collection « Insolite et secret » qui fait le tour du monde.
Après New York, Londres, Tokyo, Buenos Aires ou Venise, ainsi que des régions telles que la Normandie ou la Provence, l’Anjou vient donc de re¬joindre cette longue liste. Le livre-guide, abondamment illustré, présente plus de 170 sites, objets, oeuvres d’art, édifices et bien d’autres trésors mé¬connus du patrimoine et de l’histoire du Maine-et-Loire.
Anjou insolite et secret (éditions Jonglez), 378 pages, 18€95
editionsjonglez.com