8 mai 1945 : Angers en fête pour la Victoire
Après cinq années d’occupation, d’angoisses et de privations, la ville d’Angers s’apprête, en ce printemps 1945, à vivre un événement historique : la capitulation de l’Allemagne nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. Dès le lundi 7 mai 1945, l’effervescence gagne la ville. Le bruit de la capitulation signée à Reims circule déjà et une foule im¬patiente déferle dans les rues. Les Angevins, encore marqués par les épreuves de la guerre, attendent fébrilement l’annonce of¬ficielle. Les terrasses des cafés se remplissent ; drapeaux tricolores, guirlandes et fanions commencent à fleurir aux balcons.
Une attente fébrile avant l’annonce officielle Le mardi 8 mai, à 15 heures précises, la popu-lation suspend son souffle. Autour des postes de radio, les Angevins écoutent solennellement l’allocution du général de Gaulle. Sa voix grave annonce enfin la victoire : « La guerre est ga-gnée. Voici la victoire. C’est la victoire des Na¬tions Unies et c’est la victoire de la France. »
À l’annonce officielle, les rues d’Angers se trans¬forment en un immense lieu de fête. Les clo-ches de toutes les églises de la ville sonnent à toute volée, précédées d’un bref coup de sirène, et les carillons résonnent sans interruption pen¬dant une heure entière, marquant symbolique-ment le passage de l’oppression à la liberté.
Une nuit d’allégresse populaire
Dès l’après-midi et jusqu’au petit matin du 9 mai, une foule estimée à près de 100 000 personnes envahit les boulevards et les principales places de la ville.
Sur la place du Ralliement, un piano est hissé sur le kiosque des tramways. Autour, la musique s’élève : tangos, blues et valses accompagnent la liesse générale. De nombreux bals de quartier s’improvisent également place du Lycée, place des Halles, rue des Lices, à la Madeleine. Par¬tout, les gens dansent, chantent, échangent leur bonheur dans une explosion de joie spontanée.
Les bâtiments publics participent à l’illumination générale : la préfecture, l’hôtel de ville, la poste, le théâtre, les grands magasins s’illuminent pour célébrer la paix retrouvée. Le château d’Angers est embrasé pour l’occasion, et un feu d’artifice est tiré, apportant une touche spectaculaire à cette nuit historique.
Les cérémonies officielles du 9 mai
Le lendemain, mercredi 9 mai, la fête prend une tonalité plus solennelle. Les autorités organisent une série de cérémonies officielles pour honorer les victimes et les héros de la guerre. La journée débute par un dépôt de gerbes au monument aux morts du jardin du Mail. Une revue militaire a lieu rue du Haras, rassemblant militaires, anciens combattants et corps constitués.
Des cérémonies religieuses marquent également cette journée de commémoration : un office est célébré au temple protestant, suivi d’un Te Deum solennel à la cathédrale Saint-Maurice. Ces moments de recueillement traduisent à la fois la reconnaissance envers les sacrifices consentis et l’espérance d’un avenir de paix.
La journée se conclut par un événement marquant : l’accueil à la gare Saint-Laud du chanoine-colonel Panaget, figure emblématique du monde combattant angevin, salué comme un héros par une foule reconnaissante.
Un 8 mai gravé dans la mémoire angevine
À Angers, comme dans toute la France, le 8 mai 1945 reste gravé dans les mémoires comme un jour de victoire et de renaissance. Entre la joie populaire et l’hommage aux disparus, cette journée historique a marqué la fin d’un chapitre douloureux et l’espoir d’une reconstruction collective.

Le commissaire de la République, Alain Savary, remercie le maire pour l’organisation des fêtes de la Victoire, 12 mai 1945. Archives municipales Angers, 1 I 255.
LE SAVIEZ-VOUS ?
À Angers, la Libération avait eu lieu plusieurs mois avant la Victoire officielle. La ville avait été libérée dès le 10 août 1944 par la 5e division d’infanterie américaine, soutenue par des groupes de résistants locaux. Le 8 mai 1945, les Angevins célébraient donc non seulement la fin de la guerre, mais aussi près de neuf mois de liberté retrouvée.

CHIFFRES CLÉS
1945 : près de 150 000 habitants à Angers. Après des années de privations, de bombardements et d’exode, la popula¬tion angevine recommence à se stabiliser en 1945. Malgré les blessures de la guerre, la ville se reconstruit progressivement.

LA FIN DU COUVRE-FEU
Le couvre-feu levé pour la première fois. Durant toute l’Occupation, Angers avait vécu sous couvre-feu : interdiction de circuler la nuit tombée. En mai 1945, pour la première fois depuis 1940, les Angevins pouvaient faire la fête dans les rues sans contrainte horaire.
