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TÉMOIGNAGE. Les éleveurs passionnés renouent avec le Salon de l’agriculture... |
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Bruno Lambert, éleveur de limousines à La Cornuaille (Maine-et-Loire), ses filles Léa et Sarah emmènent à Paris Nutella et son veau Sucre, un duo qui pourrait faire fondre le juge du concours de la race au Salon de l’agriculture. © Jérôme Fouquet/Ouest-France
Après l’annulation de l’édition 2021 à cause de la crise sanitaire, les éleveurs retrouvent le souffle épique des concours du Salon de l’agriculture de Paris. Avec fierté, nous raconte Bruno Lambert, éleveur dans le Haut-Anjou.
Un vent tempétueux secoue le bocage et déferle sur les prairies du Gaec Beauchêne, à La Cornuaille (Maine-et-Loire), dans le Haut-Anjou. Des intempéries, Nutella et Sucre n’en ont cure. La vache et son veau se prélassent en bout d’étable, dans leur appartement privé confortablement paillé et gracieusement chauffé par leurs congénères, groupées, elles, dans des cases collectives.
Mercredi 2 mars 2022, le duo défilera sur le grand ring du Salon de l’agriculture, à Paris, en quête des lauriers du concours de la race limousine. Bruno Lambert est aux petits soins. Douche et shampoing aux œufs toutes les semaines pour une robe soyeuse et luisante ! Huit kg d’aliment concentré haut de gamme distribués au seau pour Nutella et ses 988 kg de muscles
, décrit l’éleveur.
« Paris, c’est le summum ! »
Les coupes sur l’armoire de son bureau et les plaques rouges, vertes et jaunes accrochées comme un arc-en-ciel à l’entrée de la stabulation témoignent de ses nombreux succès dans les concours.
Dernier en date, un premier prix au National de la limousine, remporté en septembre, dans le berceau de la race, à Limoges (Haute-Vienne), dans la section des jeunes femelles suitées. Quand j’ai gagné, j’ai crié, j’ai explosé de joie
, se remémore Bruno.
Sur la photo qui immortalise l’exploit, Nutella et Sucre, la tête enfouie dans le flanc maternel. Le tandem rééditera-t-il son exploit à Paris ? Le premier obstacle, celui de la commission de sélection, a été franchi. Deux éleveurs et deux inspecteurs sont venus à la ferme, lors de leur tournée nationale. Il y avait 160 animaux en lice pour 40 places.
Paris, c’est le summum
, savoure l’éleveur. Ses deux filles l’accompagneront dans cette aventure exaltante. Sarah conduira Nutella au licol, Léa guidera le veau et moi, je serai derrière, brosse en main, pour faire ressortir la largeur du bassin, les muscles du dos et l’arrondi de la culotte.
Le miraculé devenu champion
Derrière cette belle histoire, la passion de l’éleveur. Bruno connaît la généalogie de chacune de ses 150 vaches. Il défend pied à pied le prix de sa viande Label rouge en invitant à la ferme, les tables au milieu de la stabu
, les directeurs des grandes surfaces pour un barbecue.
Et surtout, il ne compte pas son temps
. Sans une surveillance de tous les instants, Sucre n’aurait jamais vu le jour. Le 14 août, il est né cul le premier. Il faut être là, sinon, le veau boit la tasse. Tu mets le palan, tu places la queue entre les pattes et tu tires tranquillement.
Sucre, le miraculé devenu champion symbolise la résilience face à l’adversité du Gaec Beauchêne et ses trois associés. « En 2008, le Gaec était dans le rouge, à cause de la crise porcine. Le banquier nous a dit :
Faut arrêter, raconte Bruno, la voix tremblante sous l’émotion. Aujourd’hui, être à Paris, c’est une victoire, une fierté, on a tenu bon, on a remonté la pente, on est avec mes frangins la quatrième génération d’agriculteurs et on espère transmettre à nos enfants !