|
Segré et le Haut-Anjou. Eau du robinet : non conforme mais potable... |
3
Renan Bourgeais et Christophe Tripet, du Syndicat d’eau de l’Anjou, le martèlent : « L’ARS précise qu’il n’y a pas de risque pour la santé malgré le fait que l’eau soit non-conforme. » © Ouest-France
Jeudi 25 novembre, des représentants du Syndicat d’eau de l’Anjou ont participé au conseil communautaire de la CCVHA (Vallées du Haut-Anjou), au Lion-d’Angers (Maine-et-Loire). Pour présenter leur rapport d’activité mais aussi faire le point sur la qualité de d’eau du robinet, sujet débattu ces derniers mois.
Jeudi 25 novembre, au Lion-d’Angers, Christophe Tripet, directeur du Syndicat d’eau de l’Anjou (SEA), et Renan Bourgeais, responsable du suivi d’exploitation, ont présenté leur rapport d’activité 2020 lors du conseil communautaire des Vallées du Haut-Anjou (CCVHA).
Ils ont également effectué un focus plus global, évoquant, notamment, la qualité du service d’eau potable. Un sujet source d’inquiétude après la parution, en avril dernier, d’une étude réalisée par UFC-Que choisir révélant une pollution aux pesticides dans 24 communes du Maine-et-Loire.
Fin septembre, des habitants de Juvardeil et Châteauneuf-sur-Sarthe (commune déléguée des Hauts-d’Anjou) ont fait part de leurs craintes. Un mois plus tard, ils ont pu échanger avec des membres du SEA et de l’Agence régionale de santé (ARS), mais restent sceptiques. Dans leur collimateur principalement : l’ESA métolachlore, résidu d’un désherbant utilisé surtout pour le traitement du maïs.
Ce grand écart entre conformité et potabilité
« Aujourd’hui, dans l’eau, on ne retrouve plus de pesticides en tant que tel mais des métabolites de pesticides, un sous-produit de dégradation, explique Renan Bourgeais. Ces sous-produits, on connaît mal leurs effets sur la santé. »

Dans son rapport accompagnant la facture d’eau, l’Agence régionale de santé mentionne que l’eau est de bonne qualité à l’exception des pesticides. Et qu’elle ne présente pas de risque pour la santé des consommateurs. Ouest-France
Après des études menées par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation), il a été décidé de maintenir la norme de conformité pour l’ESA métolachlore à 0,1 microgramme par litre, « soit le seuil de détection ».
Quant à la norme de potabilité, elle a été fixée à 510 microgrammes par litre. Soit 5 100 fois plus ! Un grand écart source d’interrogations pour une partie des consommateurs.
À l’échelle de la CCVHA, la valeur maximale mesurée est de 0,3 microgramme. « Ce n’est donc pas conforme mais c’est très largement en dessous de la norme de potabilité, martèle Renan Bourgeais. Donc l’eau reste consommable pour tous, y compris les enfants et les femmes enceintes. »
Trois ans pour se mettre aux normes
L’autre crainte des utilisateurs est liée à la fréquence des dépassements de conformité pour ces métabolites. Dans certaines communes, cela atteint même les 365 jours par an. Cela dépend essentiellement de la capacité des usines de traitement à agir sur ces résidus, grâce à l’utilisation de charbon actif, en poudre notamment.

En 2020, à Châteauneuf-sur-Sarthe, la valeur maximale mesurée a atteint 0,22 microgramme par litre et a dépassé à 184 reprises le taux de conformité de 0,1. En revanche, il est bien en deçà de la valeur sanitaire de consommation fixée à 510 microgrammes. Ouest-France
Quoi qu’il en soit, même si les taux relevés sont bien en deçà de la limite de potabilité, le Syndicat d’eau de l’Anjou devra respecter les normes de conformité d’ici à 2024.
« Notre objectif est de rentrer dans les clous. Il va falloir dépenser des millions d’euros pour ça, on y travaille, appuie Étienne Glémot, président de la CCVHA et vice-président du SEA. On était dans l’attente des décrets de l’ARS pour que les contraintes soient claires. On va pouvoir dépenser l’argent en conséquence. »
Quelles actions vont être mises en place ?
La situation diffère considérablement sur le territoire de la CCVHA. Les communes de Miré et d’une partie des Hauts d’Anjou sont les mieux loties, étant approvisionnées par l’usine de Morannes, capable de traiter les métabolites grâce à un réacteur de charbon actif en poudre.
Pour les autres, les actions engagées divergent : au Louroux-Béconnais (Val d’Erdre-Auxence) et à Vritz-Candé (eaux souterraines), « on va privilégier la protection des ressources ». Le 25 octobre, un contrat territorial a été signé avec la volonté, notamment, d’accompagner les agriculteurs dans l’évolution des pratiques et de sensibiliser les habitants.
À l’usine du Lion-d’Angers, ce seuil de 0,1 microgramme par litre pourrait être atteint en 2022, la Saur (le distributeur d’eau) devant renouveler le charbon actif en grains plus fréquemment.
Plus compliquée est la situation du site de Châteauneuf-sur-Sarthe, pas conçu pour traiter les métabolites : « Le charbon actif en grains sera renouvelé prochainement, on espère que ça fonctionnera. »
Quant à l’usine de Saint-Georges-sur-Loire, qui alimente notamment Erdre-en-Anjou et Bécon-les-Granits, elle sera totalement reconstruite à l’horizon 2025, pour un coût probablement supérieur à 8 millions d’euros.
D’ici là, l’usine actuelle et vieillissante bénéficiera d’apport de charbon actif en grains afin de faire baisser le taux au maximum. Même s’il apparaît peu probable que cela permette de passer sous le seuil du 0,1 microgramme par litre.