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Saint-Melaine-sur-Aubance. Récit au temps de la Seconde Guerre mondiale... |
Dans son livre Un Village en Anjou, Bernard Cordier a collecté les témoignages d’habitants aujourd’hui disparus, comme Pierre Girardeau, du hameau de Haute Perche. Le long chapitre consacré au temps de la Seconde Guerre mondiale lui donne souvent la parole. Plusieurs anecdotes relatent la dure période que vivaient les habitants lors de la libération d’Angers, à l’été 1944. Bernard Cordier les transcrit.
« La maison Girardeau dut à nouveau héberger des hôtes indésirables : une compagnie de poseurs de mines. Ils avaient réquisitionné la buanderie pour y stocker leurs munitions et pointé sur la porte un écriteau dissuasif : Achtung Minen, attention mines, avec une tête de mort. Un obus allié explosa à quelques mètres du local. Chaque matin, les sapeurs partaient à bicyclette vers Érigé et Les Ponts-de-Cé, avec leur chargement de petites mines, antipersonnel. Ils allaient dissimuler ces surprises, sur les voies de passage, dans les habitations… Il y avait aussi les grosses, les antichars, qu’on dissimulait sous les routes. »
Plus loin, il écrit : « L’euphorie de la Libération fit oublier trop vite les dangers. Dans ces jours-là, Clément Joulain, agriculteur à Mûrs, livrait du bois aux Ponts-de-Cé. Sa charrette sauta sur une mine devant le Bosquet et son jeune fils qui l’accompagnait fut tué. Un autre agriculteur, Gustave Raimbault, décide d’aller chercher du fourrage pour ses vaches dans un champ au-delà du village de Haute Perche, avec son cheval et son tombereau. Une patrouille FFI (Forces françaises de l’intérieur) lui barre la route. “On ne passe pas, monsieur. Il y a des mines plus loin.” L’ancien se fâche, prétendant qu’il en a vu bien d’autres en 14. Hue ! L’attelage repart. Quelques minutes plus tard, une terrible explosion retentit à l’orée du bois, sur la grand-route. De son jardin, Pierre Girardeau voit s’élever à plusieurs mètres, une gerbe de débris et de planches. Le véhicule a sauté sur une mine antichar… Tombereau et conducteur sont déchiquetés. Il faut abattre le cheval blessé. Dans les jours suivants, le père Béchu, du Cordon Bleu à Érigé, veut, en passant, montrer à un ami le lieu de l’accident. Il a le pied malheureux et est littéralement scalpé par un éclat de mine dont il a provoqué l’explosion. »